{"id":3795,"date":"2017-07-13T14:53:13","date_gmt":"2017-07-13T13:53:13","guid":{"rendered":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/?page_id=3795"},"modified":"2018-03-27T16:22:51","modified_gmt":"2018-03-27T15:22:51","slug":"philippe-alexandre","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/en\/philippe-alexandre\/","title":{"rendered":"Philippe Alexandre"},"content":{"rendered":"<p>[vc_row][vc_column][vc_column_text]<strong>Philippe Alexandre<\/strong><br \/>\nCentre d\u2019\u00e9tudes germaniques interculturelles de Lorraine<br \/>\nUniversit\u00e9 de Lorraine<br \/>\nF-54000<br \/>\nphilippe.alexandre[at]univ-lorraine.fr<\/p>\n<h1>Lorraine mythique et lorraine du terroir chez Maurice Barr\u00e8s, les \u00e9crivains r\u00e9gionalistes et Maurice Pottecher (1889-1939)<\/h1>\n<hr \/>\n<p>La Lorraine, celle qui, de 1982 \u00e0 2015, a constitu\u00e9 une r\u00e9gion administrative, est une entit\u00e9 complexe, la r\u00e9sultante d\u2019une \u00e9volution historique et le fait d\u2019une construction mentale \u00e0 laquelle les \u00e9crivains ont, chacun \u00e0 sa mani\u00e8re, particip\u00e9 depuis le milieu du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Dans les ann\u00e9es 1900, s\u2019est affirm\u00e9 un mouvement <em>n\u00e9o-lotharingiste<\/em> s\u2019appuyant sur des acad\u00e9mies, l\u2019universit\u00e9 de Nancy, des associations, la presse, et qui allait s\u2019amplifier et perdurer. Des circonstances historiques\u00a0: l\u2019annexion par l\u2019Allemagne d\u2019une partie de la Lorraine en 1871, la situation de ces territoires sur une ligne de fracture entre la France et l\u2019Allemagne, la guerre de 1914-1918 et ses cons\u00e9quences dans l\u2019Est de la France ont donn\u00e9 \u00e0 ce lotharingisme une orientation particuli\u00e8re, dans laquelle r\u00e9side une de ses sp\u00e9cificit\u00e9s par rapport \u00e0 d\u2019autres mouvements r\u00e9gionalistes.<\/p>\n<p>Le climat et la dynamique dans lesquels s\u2019est, peu \u00e0 peu, \u00e9labor\u00e9e l\u2019identit\u00e9 de la Lorraine le montrent bien, pour exister une entit\u00e9 a besoin d\u2019un mythe, d\u2019un r\u00e9cit fondateur qui cr\u00e9e un sentiment d\u2019appartenance commune, donne un sens \u00e0 la vie de la communaut\u00e9 imagin\u00e9e, en l\u2019occurrence au \u00ab\u00a0peuple\u00a0\u00bb ou \u00e0 la \u00ab\u00a0race\u00a0\u00bb lorraine, pour annoncer des termes que nous allons rencontrer dans les pages qui suivent. Une entit\u00e9 ne peut vivre sans pouvoir revendiquer une \u00ab\u00a0\u00e2me\u00a0\u00bb, un ou des \u00ab\u00a0caract\u00e8res\u00a0\u00bb, qui sont cens\u00e9s \u00eatre l\u2019\u00e9manation de la \u00ab\u00a0terre\u00a0\u00bb, du \u00ab\u00a0sol\u00a0\u00bb ou encore du \u00ab\u00a0terroir\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn1\" name=\"_ednref1\">[1]<\/a>. Cet imaginaire a \u00e9t\u00e9 dans une large mesure nourri par la litt\u00e9rature r\u00e9gionaliste. Le cas de la Lorraine en est une illustration. Mais force est de constater que cette litt\u00e9rature r\u00e9gionaliste s\u2019est d\u00e9clin\u00e9e de mani\u00e8re diff\u00e9rente selon l\u2019id\u00e9ologie des auteurs et leurs conceptions esth\u00e9tiques. L\u2019\u00e9tude qui suit se propose de montrer tout ce qui, de ce double point de vue, diff\u00e9rencie Maurice Barr\u00e8s, les \u00e9crivains lorrains du terroir et Maurice Pottecher, fondateur du Th\u00e9\u00e2tre du Peuple de Bussang.<\/p>\n<h2>Maurice Barr\u00e8s\u00a0: la Lorraine de l\u2019\u00e9gotiste et du nationaliste, ou le roman d\u2019une id\u00e9e<\/h2>\n<p>Ce que Maurice Barr\u00e8s appelait sa \u00ab\u00a0pens\u00e9e lorraine\u00a0\u00bb fut \u00e0 la fois l\u2019aboutissement d\u2019une qu\u00eate personnelle et l\u2019articulation entre deux p\u00e9riodes de sa vie, celle du culte du Moi individuel et anarchiste et celle du culte du Moi collectif et nationaliste. Le corollaire de cette \u00e9volution fut l\u2019engagement politique qui l\u2019amena, aux \u00e9lections l\u00e9gislatives de 1889, \u00e0 poser sa candidature \u00e0 Nancy, sous l\u2019\u00e9tiquette boulangiste. Il fut \u00e9lu. C\u2019est au moment o\u00f9 il allait devenir l\u2019un des inspirateurs du nationalisme fran\u00e7ais qu\u2019il commen\u00e7a \u00e0 construisre sa Lorraine mythique.<\/p>\n<p>En 1901, Maurice Barr\u00e8s notait dans ses <em>Cahiers<\/em> que pendant longtemps il n\u2019avait pas aim\u00e9 la Lorraine, qu\u2019il la consid\u00e9rait comme un exil (Barr\u00e8s, 1968\u00a0: XIII, 312)\u00a0; pourtant, d\u00e8s 1889, dans le chapitre \u00ab\u00a0En Lorraine\u00a0\u00bb (pp.\u00a0125-169) d\u2019<em>Un Homme libre<\/em>, il avait commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9laborer sa l\u00e9gende lorraine. Dans une \u00ab\u00a0r\u00eaverie\u00a0\u00bb, il reconstituait \u00ab\u00a0le d\u00e9veloppement de la race qui nous a laiss\u00e9 son esprit\u00a0\u00bb (Barr\u00e8s, 1889\u00a0: 125-126). Son r\u00e9cit s\u2019organise en cinq journ\u00e9es, correspondant \u00e0 chacune des p\u00e9riodes qu\u2019il distingue dans l\u2019histoire de la Lorraine\u00a0: la \u00ab\u00a0naissance\u00a0\u00bb, l\u2019\u00ab\u00a0enfance\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb, l\u2019\u00ab\u00a0agonie\u00a0\u00bb et la \u00ab\u00a0mort\u00a0\u00bb de la Lorraine (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 127-157). L\u2019\u00e9vocation de chacune de ces p\u00e9riodes a pour point de d\u00e9part un ou plusieurs lieux embl\u00e9matiques \u00ab\u00a0o\u00f9 cette race naquit, se constituant patrie dans un effort contre l\u2019\u00e9tranger\u00a0\u00bb. Le duc Ren\u00e9\u00a0II appara\u00eet comme le h\u00e9ros fondateur, dont la figure s\u2019oppose \u00e0 celle du T\u00e9m\u00e9raire, battu et tu\u00e9 par lui entre Saint-Nicolas-de-Port et Nancy\u00a0; avec Ren\u00e9\u00a0II, une race a pris conscience d\u2019elle-m\u00eame. De l\u2019\u00e9glise des Cordeliers de Nancy, \u00ab\u00a0le reliquaire des gloires de Lorraine\u00a0\u00bb, il fait un \u00ab\u00a0sanctuaire national\u00a0\u00bb. Dans cette \u00ab\u00a0l\u00e9gende lorraine\u00a0\u00bb apparaissent d\u2019autres h\u00e9ros, Jeanne d\u2019Arc, le g\u00e9n\u00e9ral Drouot, qui pr\u00e9sentent une caract\u00e9ristique commune\u00a0: l\u2019amour qu\u2019ils ont manifest\u00e9 envers leur peuple. Dans la \u00ab\u00a0ville vieille\u00a0\u00bb de Nancy, Maurice Barr\u00e8s cherche les \u00ab\u00a0origines de nos \u00e2mes\u00a0\u00bb, mais n\u2019en trouve que peu d\u2019\u00e9l\u00e9ments. Il va \u00e0 Scarpone, o\u00f9, dit-il, \u00ab\u00a0quelque chose de nous autres Lorrains vivait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 ces \u00e9poques lointaines\u00a0\u00bb, puis \u00e0 Savonne, Vendi\u00e8res\u2026<\/p>\n<p>\u00c0 partir de son affirmation de l\u2019existence de la \u00ab\u00a0race lorraine\u00a0\u00bb Maurice Barr\u00e8s expose ici sa doctrine du Moi collectif, qui n\u2019existe, \u00e9crit-il, qu\u2019\u00e0 partir du moment o\u00f9 il a \u00ab\u00a0conscience de soi\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 137-138). C\u2019est pourquoi sa visite au Mus\u00e9e lorrain, dans la Ville-Vieille de Nancy, l\u2019a attrist\u00e9\u00a0; si elle a \u00e9veill\u00e9 sa sensibilit\u00e9, elle lui a aussi r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l\u2019insuffisance de l\u2019\u00e2me de la race\u00a0: les artistes lorrains sont autrefois partis pour l\u2019Italie, la Lorraine n\u2019avait pas de riche bourgeoisie pour s\u2019enorgueillir d\u2019un art local\u00a0; quant \u00e0 la noblesse, elle se tournait vers des \u00e9trangers plus puissants, et, honteuse de se sentir provinciale, elle adoptait la mode de Paris. Pourtant, Ligier Richier, Jacques Callot, Grandville, Jean Lamour le montrent, un \u00ab\u00a0art particulier\u00a0\u00bb aurait pu se d\u00e9velopper en Lorraine, dont l\u2019agonie a commenc\u00e9 avec le r\u00e8gne de Charles\u00a0IV\u00a0; puis les ducs ont quitt\u00e9 le pays, le ch\u00e2teau de Lun\u00e9ville et le r\u00e8gne de Stanislas ont \u00ab\u00a0humili\u00e9\u00a0\u00bb la Lorraine et provoqu\u00e9 ainsi sa mort.<\/p>\n<p>La Lorraine n\u2019avait pas su affirmer sa personnalit\u00e9, elle avait succomb\u00e9 aux influences de Paris. Il y avait donc dans cette l\u00e9gende lorraine une opposition entre une \u00ab\u00a0conscience lorraine\u00a0\u00bb et une \u00ab\u00a0conscience fran\u00e7aise\u00a0\u00bb, habilement amen\u00e9e par son auteur. Maurice Barr\u00e8s expliquait en effet que la France a englob\u00e9 la Lorraine, mais que celle-ci lui a beaucoup donn\u00e9. L\u2019\u00ab\u00a0avortement de l\u2019\u00e2me lorraine\u00a0\u00bb n\u2019a pas emp\u00each\u00e9 une renaissance de la Lorraine (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 154), qui, en se fondant dans la France, l\u2019a enrichie. Cette pirouette permettait non seulement de lever l\u2019opposition, mais en m\u00eame temps de cr\u00e9er entre les deux consciences fran\u00e7aise et lorraine une articulation qui, \u00e0 son tour, devait permettre de d\u00e9finir la mission fran\u00e7aise de la Lorraine.<\/p>\n<p>Ce chapitre d\u2019<em>Un Homme libre<\/em> posait les bases de la \u00ab\u00a0pens\u00e9e lorraine\u00a0\u00bb de Maurice Barr\u00e8s, on y voyait son nationalisme prendre forme. Il r\u00e9utilisait en effet ici la notion de \u00ab\u00a0barbare\u00a0\u00bb, les barbares \u00e9tant ceux qui, tout au long de l\u2019histoire, ont cherch\u00e9 \u00e0 \u00e9touffer le Moi lorrain\u00a0: le T\u00e9m\u00e9raire vaincu par Ren\u00e9\u00a0II\u00a0; les \u00ab\u00a0Allemands\u00a0\u00bb, qui s\u2019\u00e9taient install\u00e9s dans les \u00ab\u00a0vides\u00a0\u00bb laiss\u00e9s dans la masse de la population lorraine d\u00e9cim\u00e9e par les guerres. Ces derniers, affirmait Maurice Barr\u00e8s, ont constitu\u00e9 un apport de \u00ab\u00a0domestiques et d\u2019hommes de bas m\u00e9tier\u00a0\u00bb qui ont \u00ab\u00a0\u00e9paissi\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0la verve naturelle de [s]a race, de cette noble race qui, en 1523, \u00e0 Saverne, repoussait le protestantisme\u00a0\u00bb gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0admirable r\u00e9sistance du duc Antoine\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.). Ainsi se mettait en place, dans une \u0153uvre litt\u00e9raire, tout un vocabulaire propre \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie nationaliste, les termes \u00ab\u00a0race\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0barbare\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0r\u00e9sistance\u00a0\u00bb formant la trilogie lexicale de cette id\u00e9ologie. Les Lorrains apparaissaient, sous la plume de Maurice Barr\u00e8s, comme une \u00ab\u00a0nation\u00a0\u00bb de combattants, qui \u00ab\u00a0a augment\u00e9 l\u2019humanit\u00e9 d\u2019un id\u00e9al assez\u00a0neuf\u00a0\u00bb, celui du \u00ab\u00a0devoir militaire\u00a0\u00bb, qui est \u00ab\u00a0une des formes du d\u00e9sint\u00e9ressement\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 157).<\/p>\n<p>Cette Lorraine mythique a non seulement ses h\u00e9ros, mais aussi ses divinit\u00e9s protectrices\u00a0: Notre-Dame de Sion et Jeanne d\u2019Arc (Alexandre, 2015), ses lieux sacr\u00e9s, charg\u00e9s de symboles, ses sites et ses paysages sur lesquels se cristallise la conscience de la nation lorraine\u00a0: Sion-Vaud\u00e9mont, centre de p\u00e8lerinage tr\u00e8s ancien, Chamagne, village natal du peintre Claude Gell\u00e9e (Barr\u00e8s, 1926), Domremy, berceau de Jeanne d\u2019Arc, la Mothe, symbole de r\u00e9sistance h\u00e9ro\u00efque (Marot, 1973). Nous les retrouverons, entre autres, dans <em>L\u2019Appel au soldat <\/em>(Barr\u00e8s, 1900), \u00ab\u00a0Le 2 novembre en Lorraine\u00a0\u00bb (Barr\u00e8s, 1902\u00a0: 273-291) et <em>Les<\/em> <em>Amiti\u00e9s fran\u00e7aises <\/em>(Barr\u00e8s, 1903).<\/p>\n<p>La Lorraine barr\u00e9sienne se caract\u00e9rise aussi par le fait qu\u2019elle a une g\u00e9om\u00e9trie \u00e9volutive. Dans <em>Un Homme libre<\/em> (1889), il n\u2019\u00e9tait encore question que du duch\u00e9 de Lorraine, et m\u00eame que du \u00ab\u00a0c\u0153ur\u00a0\u00bb du duch\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire de la r\u00e9gion de V\u00e9zelise et de Sion-Vaud\u00e9mont (Barr\u00e8s, 1900\u00a0: 302). Dans <em>L\u2019Appel au soldat <\/em>(1900), elle \u00e9tait devenue la \u00ab\u00a0Mosellane\u00a0\u00bb, qui englobait le \u00ab\u00a0pays messin\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0l\u2019esclave <em>Elsass-Lothringen<\/em>\u00a0\u00bb ainsi que l\u2019\u00ab\u00a0archev\u00each\u00e9 de Tr\u00e8ves\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0antique pays romain, que l\u2019influence fran\u00e7aise a si longtemps disput\u00e9 \u00e0 l\u2019Allemagne\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 287). Dans ce roman, deux jeunes partisans de Boulanger, Sturel et Saint-Phlin, descendent le cours de la Moselle pour mener une \u00ab\u00a0enqu\u00eate\u00a0\u00bb dont les r\u00e9sultats doivent \u00eatre envoy\u00e9s au g\u00e9n\u00e9ral. Une des th\u00e8ses d\u00e9fendues ici est que la \u00ab\u00a0Lorraine mosellane\u00a0\u00bb n\u2019a jamais pu \u00ab\u00a0vivre sa vie organique\u00a0\u00bb, ayant toujours \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0disput\u00e9e entre la France et l\u2019Allemagne\u00a0\u00bb. Trahi par ses princes, le vieux duch\u00e9 a \u00e9t\u00e9 livr\u00e9 au centralisme de Paris, au \u00ab\u00a0parisianisme\u00a0\u00bb\u00a0; la t\u00e2che de Boulanger sera de \u00ab\u00a0restituer au vieux duch\u00e9 la force d\u2019apporter dans l\u2019illumination fran\u00e7aise sa lumi\u00e8re particuli\u00e8re\u00a0\u00bb\u00a0; Saint-Phlin attend de la Lorraine \u00ab\u00a0qu\u2019un jour elle vivifie la France lass\u00e9e\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 292-299).<\/p>\n<p>Comme dans <em>Un Homme libre<\/em>, la \u00ab\u00a0terre\u00a0\u00bb joue dans <em>L\u2019Appel au soldat<\/em> un r\u00f4le primordial. Dans le chapitre \u00ab\u00a0La vall\u00e9e de la Moselle\u00a0\u00bb (Barr\u00e8s, 1900\u00a0: 284-396), nous voyons les deux jeunes gens s\u2019efforcer de \u00ab\u00a0faire parler la terre et les morts\u00a0\u00bb, en sollicitant leur \u00ab\u00a0imagination\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0prendre une le\u00e7on des faits\u00a0\u00bb, d\u2019\u00ab\u00a0atteindre les qualit\u00e9s locales\u00a0\u00bb, en s\u2019abandonnant \u00e0 la pente d\u2019une \u00ab\u00a0r\u00eaverie tr\u00e8s avertie de la succession des \u00e9v\u00e9nements\u00a0\u00bb. La m\u00e9thode consiste \u00e0 \u00ab\u00a0replacer mentalement les individus et les choses dans le milieu historique auxquels ils survivent.\u00a0\u00bb L\u2019\u00e9tape de Metz constitue l\u2019acm\u00e9 du voyage de Sturel et Saint-Phlin. Maurice Barr\u00e8s personnifie la ville martyre\u00a0; \u00eatre en pr\u00e9sence de cette \u00ab\u00a0Iphig\u00e9nie de France\u00a0\u00bb les enivre \u00ab\u00a0d\u2019une po\u00e9sie qu\u2019ils n\u2019auraient pu lui exprimer que les deux genoux \u00e0 terre et lui baisant la main\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 321-323). La statue du mar\u00e9chal Ney, qui \u00ab\u00a0met une \u00e9p\u00e9e \u00e0 la main\u00a0\u00bb \u00e0 tout Fran\u00e7ais qui passe, appelle manifestement \u00e0 la guerre de revanche contre l\u2019Allemagne. Posant dans ces pages la question de la rive gauche du Rhin, Maurice Barr\u00e8s affirme que toute la \u00ab\u00a0Basse-Moselle\u00a0\u00bb appartient \u00e0 l\u2019Austrasie. N\u2019\u00e9tant toutefois pas en mesure de proposer des arguments satisfaisants pour justifier une int\u00e9gration de la Basse-Moselle \u00e0 la France, il s\u2019en remet \u00e0 ce qu\u2019il appelle le \u00ab\u00a0myst\u00e8re\u00a0\u00bb qu\u2019il faut laisser \u00ab\u00a0aux racines de l\u2019id\u00e9e de patrie\u00a0\u00bb. Il ne peut en effet s\u2019appuyer que sur une analogie, c\u2019est-\u00e0-dire sur la mani\u00e8re dont les \u00ab\u00a0destin\u00e9es lorraines\u00a0\u00bb ont \u00e9t\u00e9 associ\u00e9es \u00e0 celles de la France. Un moyen serait, selon lui, de \u00ab\u00a0ressusciter la vieille nationalit\u00e9 austrasienne\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 359). Il renvoie, pour l\u00e9gitimer cette id\u00e9e, \u00e0 la \u00ab\u00a0permanence des \u00e9l\u00e9ments\u00a0\u00bb, \u00e0 l\u2019attachement au catholicisme de la r\u00e9gion de Tr\u00e8ves. Mais tout cela reste tr\u00e8s flou. Finalement, c\u2019est dans une po\u00e9tisation du projet imagin\u00e9 par lui qu\u2019il se r\u00e9fugie pour donner une cr\u00e9dibilit\u00e9 \u00e0 son \u00ab\u00a0hypoth\u00e8se\u00a0\u00bb austrasienne (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 363).<\/p>\n<p>Sturel et Saint-Phlin tirent-ils des \u00ab\u00a0cons\u00e9quences pratiques\u00a0\u00bb de leur enqu\u00eate\u00a0? Leur crainte est que Metz et la vall\u00e9e de la Moselle soient \u00e0 jamais devenues allemandes. La France, se trouvant \u00ab\u00a0dans une des p\u00e9riodes les plus critiques de son histoire\u00a0\u00bb, sera-t-elle en mesure d\u2019emp\u00eacher cela\u00a0? Boulanger n\u2019a pas su utiliser l\u2019affaire Schnaebel\u00e9 pour reconqu\u00e9rir Metz et Strasbourg (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 393). On voit bien ici comment l\u2019\u00e9crivain Barr\u00e8s convertit des r\u00eaveries en projet politique\u00a0: il s\u2019agit, selon lui, de cr\u00e9er \u00ab\u00a0comme une haie austrasienne contre le vent de Prusse si dangereux \u00e0 nos plantes fran\u00e7aises\u00a0\u00bb, de soutenir le patriotisme fran\u00e7ais en vivifiant le \u00ab\u00a0provincialisme\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire de \u00ab\u00a0cultiver sur notre sol lorrain les esp\u00e8ces locales, parce qu\u2019elles r\u00e9sistent mieux \u00e0 l\u2019envahissement des graines d\u2019outre-Rhin\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 394).<\/p>\n<p>Mais la Lorraine mythique de Maurice Barr\u00e8s n\u2019a pas seulement une dimension politique, elle est rest\u00e9e intimement li\u00e9e \u00e0 son \u00e9volution personnelle et intime. Dans <em>Le 2 novembre en Lorraine<\/em>, il exposait sa doctrine du Culte de la terre et des morts (Barr\u00e8s, 1902\u00a0: 274). L\u2019id\u00e9e de la communion avec les a\u00efeux a eu chez lui plusieurs origines. Elle \u00e9tait un h\u00e9ritage du \u00ab\u00a0d\u00e9terminisme\u00a0\u00bb philosophique de Taine\u00a0; apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de ses parents, qui l\u2019affecta jusqu\u2019\u00e0 la quasi d\u00e9pression, elle lui apporta sans doute une certaine consolation, mais le mystique amateur de myst\u00e8re y trouva aussi une jouissance, en m\u00eame temps que la certitude de l\u2019immortalit\u00e9 (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 278).<\/p>\n<p>Son culte pour sa Lorraine, Maurice Barr\u00e8s a cherch\u00e9 \u00e0 le communiquer (d\u2019Avril, 1904\u00a0: 17), car, sans le partage, il lui aurait assur\u00e9ment apport\u00e9 moins de jouissance. Ainsi, en 1902, il publiait <em>Les<\/em> <em>Amiti\u00e9s fran\u00e7aises<\/em>, qui s\u2019adressaient \u00e0 ses \u00ab\u00a0compatriotes\u00a0\u00bb lorrains. Se mettant lui-m\u00eame en sc\u00e8ne avec son fils Philippe, il faisait d\u00e9couvrir \u00e0 celui-ci, \u00e0 l\u2019occasion de p\u00e8lerinages successifs, des lieux choisis de la r\u00e9gion, sollicitant son \u00ab\u00a0\u00e9motivit\u00e9\u00a0\u00bb et son \u00ab\u00a0imagination\u00a0\u00bb. En initiant le jeune gar\u00e7on \u00e0 la Lorraine, il formait en lui un petit Fran\u00e7ais. Il voulait lui transmettre ce que lui-m\u00eame avait exp\u00e9riment\u00e9. La m\u00e9thode restait la m\u00eame depuis <em>Un Homme libre<\/em>\u00a0: \u00e0 partir de \u00ab\u00a0points sensibles\u00a0\u00bb, qui chacun renvoyaient \u00e0 des moments du r\u00e9cit qu\u2019il avait \u00e9labor\u00e9, il s\u2019agissait de ressentir tant\u00f4t \u00ab\u00a0le myst\u00e8re des influences qui pr\u00e9parent le g\u00e9nie\u00a0\u00bb, comme \u00e0 Chamagne, berceau du peintre Claude Gell\u00e9e, ou dans le village d\u2019o\u00f9 est sortie la famille de Victor Hugo, tant\u00f4t la \u00ab\u00a0m\u00e9lancolie du royaume austrasien\u00a0\u00bb, comme \u00e0 l\u2019abbaye de Belval (Tharaud, 1928\u00a0: 48).<\/p>\n<p>Ces lieux choisis ont \u00e9t\u00e9 des points d\u2019appui de son engagement nationaliste, comme Domremy, matrice de forces bienfaisantes\u00a0; comme dans <em>La Colline inspir\u00e9e <\/em>(Barr\u00e8s, 1913), ils ont aussi nourri son \u0153uvre litt\u00e9raire. De la colline de Sion, o\u00f9 l\u2019on voit les fr\u00e8res Baillard, tent\u00e9s par un culte d\u00e9moniaque, se r\u00e9volter contre l\u2019autorit\u00e9 eccl\u00e9siastique avant de rentrer dans le rang, Maurice Barr\u00e8s fait la matrice de forces obscures et mal\u00e9fiques. L\u2019intention du romantique n\u2019\u00e9tait pas de faire \u0153uvre d\u2019historien, de r\u00e9\u00e9crire l\u2019histoire, mais de vivre \u00e0 travers <em>sa<\/em> Lorraine une sorte d\u2019exp\u00e9rience mystique en s\u2019effor\u00e7ant de r\u00e9veiller en lui les \u00ab\u00a0forces profondes\u00a0\u00bb qui avaient agi sur l\u2019\u00e2me de personnages qui le fascinaient, de donner une forme plastique \u00e0 un sentiment du sacr\u00e9 ou \u00e0 un sentiment religieux qui l\u2019habitait. Ainsi avait-il, sur un rayon d\u2019une centaine de kilom\u00e8tres, sur sa \u00ab\u00a0carte id\u00e9ale\u00a0\u00bb de Lorraine, un certain nombre de promenoirs qui \u00e9taient autant de \u00ab\u00a0centres d\u2019\u00e9motions\u00a0\u00bb dont chacun exer\u00e7ait sur lui une \u00ab\u00a0force inspiratrice\u00a0\u00bb (Tharaud, 1928\u00a0: 55-57).<\/p>\n<p>C\u2019est cette \u00ab\u00a0pens\u00e9e lorraine\u00a0\u00bb que Maurice Barr\u00e8s a cherch\u00e9 \u00e0 transmettre dans de nombreuses pr\u00e9faces. Dans celle \u00e9crite pour le premier num\u00e9ro de la revue <em>Les<\/em> <em>Marches de l\u2019Est<\/em>, en 1909, au moment o\u00f9 il allait publier <em>Colette Baudoche <\/em>(Barr\u00e8s, 1908-1909), il notait qu\u2019\u00e0 travers Colette, all\u00e9gorie de la Lorraine, il exprimait son amour pour \u00ab\u00a0les petites Lorraines de la ville et du duch\u00e9, \u00e9parses sur les si\u00e8cles\u00a0\u00bb. Et il ajoutait\u00a0: \u00ab\u00a0Si la jeune fille de Metz prend sa place dans le cort\u00e8ge des filles romanesques de la rive gauche du Rhin, [\u2026] j\u2019aurai servi la cause pour laquelle vous sonnez le rassemblement.\u00a0\u00bb Il s\u2019agissait \u00ab\u00a0de r\u00e9veiller, de d\u00e9gager, bref de cr\u00e9er la conscience litt\u00e9raire de ces puissants territoires\u00a0\u00bb qu\u2019\u00e9taient l\u2019Alsace et la Lorraine, le Luxembourg, les Ardennes, les vall\u00e9es de la Moselle et de la Meuse, et puis la Flandre wallonne, \u00ab\u00a0qui, depuis Charlemagne, sans cesser de r\u00eaver en commun, se sont interrompus d\u2019accorder leurs voix\u00a0\u00bb. Ces terres de l\u2019\u00ab\u00a0Austrasie\u00a0\u00bb, peupl\u00e9es de Celtes et de Germains et formant \u00ab\u00a0un bloc r\u00e9sistant\u00a0\u00bb, ont en commun d\u2019aimer la culture fran\u00e7aise et d\u2019avoir r\u00e9sist\u00e9 de tous temps aux \u00ab\u00a0infiltrations germaniques\u00a0\u00bb, au \u00ab\u00a0germanisme\u00a0\u00bb, de r\u00e9sister encore \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0immense effort fait depuis trente-huit ans pour germaniser la rive gauche du Rhin\u00a0\u00bb (Barr\u00e8s, 1909b).<\/p>\n<p>En 1918, l\u2019obsession de la fronti\u00e8re et de la menace restait la m\u00eame, malgr\u00e9 la victoire. Les horreurs que l\u2019on vient de vivre, \u00e9crivait-il dans la pr\u00e9face \u00e0 <em>La Lorraine d\u00e9vast\u00e9e<\/em>, \u00ab\u00a0ne sont qu\u2019un formidable \u00e9pisode du drame \u00e9ternel qui se joue sur le Rhin, un moment dans une guerre dont l\u2019origine appartient \u00e0 la pr\u00e9histoire\u00a0\u00bb, et convaincu que les Allemands ne tarderont pas \u00e0 pr\u00e9parer une guerre de revanche. Il lan\u00e7ait donc ce mot d\u2019ordre\u00a0: \u00ab\u00a0Il s\u2019agit de poursuivre plus avant le grand dessein national et de nous doter d\u2019une fronti\u00e8re \u00e0 l\u2019Est\u00a0\u00bb (Barr\u00e8s, 1919\u00a0: I-II). En 1921, dans la pr\u00e9face au premier num\u00e9ro de la revue <em>L\u2019Austrasie<\/em> renaissante, il reprenait le th\u00e8me de \u00ab\u00a0La vall\u00e9e de la Moselle\u00a0\u00bb\u00a0: il voyait dans l\u2019influence fran\u00e7aise sur la rive gauche du Rhin un gage de paix (Barr\u00e8s, 1921\u00a0: 5-6).<\/p>\n<p>La Lorraine mythique de Maurice Barr\u00e8s, qui fut d\u2019abord l\u2019invention d\u2019un \u00e9crivain, a \u00e9t\u00e9 en quelque sorte convertie en id\u00e9e politique et mise au service de son nationalisme\u00a0; mais des variations romantiques qu\u2019il a magistralement tir\u00e9es du th\u00e8me lorrain ne ressort qu\u2019une id\u00e9e quasi obsessionnelle ainsi r\u00e9sum\u00e9e par lui\u00a0: \u00ab\u00a0Pour nous Lorrains, la v\u00e9ritable unit\u00e9 franco-lorraine est faite de la d\u00e9fense de nos fronti\u00e8res par la France\u00a0\u00bb (Barr\u00e8s, 1968\u00a0: XIV, 165). Et n\u2019\u00e9crit-il pas, en 1908, au r\u00e9dacteur en chef du <em>Matin\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0En politique, je n\u2019ai jamais tenu profond\u00e9ment qu\u2019\u00e0 une seule id\u00e9e, la reprise de Metz et de Strasbourg. Tout le reste, je le subordonne \u00e0 ce but principal. Pour juger tout \u00e9v\u00e9nement, pour appr\u00e9cier chaque projet l\u00e9gislatif, je me demande\u00a0: \u201cNous fera-t-il plus fort\u00a0? Orientera-t-il nos pens\u00e9es vers les fronti\u00e8res du Rhin\u00a0?\u201d\u00a0\u00bb (Barr\u00e8s, 1908\u00a0: 8). De m\u00eame, apr\u00e8s la d\u00e9claration de la guerre en 1914, il notait dans ses <em>Cahiers<\/em>, \u00e0 propos de l\u2019\u00ab\u00a0esprit germanique\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne sais pas s\u2019il est l\u00e9gitime et commode de chercher dans les fragments qui nous restent du pass\u00e9 l\u2019explication des choses pr\u00e9sentes, mais je crois de toute certitude que la m\u00e9ditation de ce que nous voyons aujourd\u2019hui nous \u00e9claire les vingt-deux invasions que subirent nos p\u00e8res. Moi qui ai v\u00e9cu en 1870 [\u2026], j\u2019ai toujours tenu pour de sombres imb\u00e9ciles les gens qui disent que le peuple allemand ne voulait pas la guerre\u00a0\u00bb (Barr\u00e8s, 1968\u00a0: 285).<\/p>\n<p>Maurice Barr\u00e8s a entretenu avec sa Lorraine une relation complexe qu\u2019Albert Thibaudet r\u00e9sumait en ces termes\u00a0: \u00ab\u00a0S\u2019il a cr\u00e9\u00e9 la Lorraine, c\u2019est en se reconnaissant cr\u00e9\u00e9 par elle, et qui fera la part des choses dans ce modelage r\u00e9ciproque\u00a0?\u00a0\u00bb (Thibaudet, 1921\u00a0: 109). Les fr\u00e8res Tharaud (1928\u00a0: 46-47) ont dit qu\u2019il leur avait souvent r\u00e9p\u00e9t\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai cr\u00e9\u00e9 la Lorraine comme d\u2019autres ont cr\u00e9\u00e9 la R\u00e9publique\u00a0\u00bb. En consid\u00e9rant la vie du Lorrain de Paris, on est tent\u00e9 de donner raison \u00e0 Yves Chiron (1987\u00a0: 15) qui a \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0[Barr\u00e8s] a mis entre sa Lorraine natale et sa vie la distance d\u2019une carri\u00e8re r\u00e9ussie \u00e0 Paris et d\u2019une activit\u00e9 publique\u00a0\u00bb. L\u2019\u00e9crivain lui-m\u00eame a not\u00e9 dans ses <em>Cahiers<\/em>, avec un certain d\u00e9tachement, \u00e0 propos de la Lorraine\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne sais si je l\u2019aime, entr\u00e9e en moi par la souffrance, elle est devenue un de mes moyens de d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb (i<em>Ibid<\/em>.\u00a0: 16). Maurice Barr\u00e8s savait, certes, ses \u00ab\u00a0amiti\u00e9s\u00a0\u00bb lorraines, mais quelles relations a-t-il entretenu avec le peuple lorrain\u00a0? Force est de constater que dans les centaines de pages qu\u2019il a consacr\u00e9es aux paysages de la Lorraine, l\u2019homme lorrain reste absent\u00a0; dans les villages lorrains, il s\u2019attardait davantage aux maisons, aux champs, aux \u00e9l\u00e9ments naturels. Certes, la sensibilit\u00e9 de Maurice Barr\u00e8s \u00e0 la terre semble r\u00e9elle, mais il a toujours gard\u00e9 une distance avec les hommes (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 20). Quand il \u00e9tait \u00e0 Charmes, il \u00e9vitait, \u00e0 en croire les fr\u00e8res Tharaud (1928\u00a0: 46), tout contact avec la population locale, se montrant finalement \u00ab\u00a0aussi \u00e9tranger \u00e0 la vie campagnarde qu\u2019\u00e0 la vie parisienne\u00a0\u00bb. Sa Lorraine mythique, il l\u2019a construite \u00e0 partir d\u2019\u00e9l\u00e9ments de l\u2019histoire et des paysages, et ce faisant, il a \u00ab\u00a0\u00e9cr\u00e9m\u00e9 ce qu\u2019une terre comporte d\u2019int\u00e9ressant et d\u2019\u00e9mouvant\u00a0\u00bb (Thibaudet, 1921\u00a0: 108). D\u2019o\u00f9 son attitude vis-\u00e0-vis du r\u00e9gionalisme, que les fr\u00e8res Tharaud caract\u00e9risent ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0Cette construction lorraine [\u2026] n\u2019avait que peu de chose \u00e0 voir avec le pittoresque local, qui est la grande ressource des \u00e9crivains r\u00e9gionalistes. La litt\u00e9rature qui s\u2019efforce de repr\u00e9senter les particularit\u00e9s provinciales n\u2019offrait pour lui aucun attrait. Il trouvait au r\u00e9gionalisme je ne sais quoi de vulgaire qui l\u2019a toujours rebut\u00e9\u00a0\u00bb (Tharaud, 1928\u00a0: 46-47). C\u2019est l\u00e0 toute la diff\u00e9rence avec les \u00e9crivains du terroir.<\/p>\n<h2>La Lorraine des \u00e9crivains du terroir\u00a0: entre r\u00e9alisme et naturalisme<\/h2>\n<p>Des auteurs lorrains comme Andr\u00e9 Theuriet, \u00c9mile Moselly, \u00c9mile Badel, Fernand Rousselot, Pol Ramber et d\u2019autres, ont d\u00e9peint une Lorraine bien diff\u00e9rente de celle de Maurice Barr\u00e8s, en utilisant des genres et des formes litt\u00e9raires rejet\u00e9s par ce dernier. Ils ont aussi entretenu une relation de proximit\u00e9 avec la campagne et la petite ville, dont ils \u00e9taient souvent issus.<\/p>\n<p>Nous avons affaire ici \u00e0 des conceptions diff\u00e9rentes du r\u00e9gionalisme qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine d\u2019une pol\u00e9mique du Ma\u00eetre parisien contre les \u00ab\u00a0\u00e9crivains du terroir\u00a0\u00bb (Rousselot, 1936\u00a0: 4, 6). En recevant Jean Richepin \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, le 18\u00a0f\u00e9vrier 1909, Maurice Barr\u00e8s (1909a, NP) ironisa, dans son discours, \u00e0 propos des adeptes de l\u2019\u00ab\u00a0ethnologie\u00a0\u00bb, soucieux de maintenir les traditions populaires\u00a0: \u00ab\u00a0La province, chaque province de France, proclamait-il, c\u2019est une fa\u00e7on sp\u00e9ciale de sentir, c\u2019est un lien avec le pass\u00e9, un principe de solidarit\u00e9 morale\u00a0\u00bb. Il disait ne pas m\u00e9conna\u00eetre ce qu\u2019il peut y avoir de \u00ab\u00a0sain dans le familier et le populaire\u00a0\u00bb, dans \u00ab\u00a0tout ce que la Lorraine a perdu d\u2019indig\u00e8ne, de spontan\u00e9, [\u2026] de na\u00eff\u00a0\u00bb, mais il regrettait de ne jamais voir les \u00ab\u00a0soi-disant lotharingistes populaires\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0rechercher le grand, la clart\u00e9, le s\u00e9rieux\u00a0\u00bb. Il ne trouvait chez eux ni \u00ab\u00a0\u00e9l\u00e9vation de sentiments\u00a0\u00bb, ni \u00ab\u00a0fiert\u00e9 d\u2019\u00e2me\u00a0\u00bb. Pour lui, il y avait qu\u2019une mani\u00e8re d\u2019observer et de sentir la Lorraine\u00a0: il fallait faire \u00ab\u00a0entrer dans le lotharingisme tout un ordre d\u2019id\u00e9es et de faits que jusqu\u2019alors nos \u201cpopulaires\u02ee n\u2019avaient pas l\u2019ambition de recueillir\u00a0\u00bb (Marot, 1973\u00a0: 142). \u00c9mile Badel (1908\u00a0: 1), de son c\u00f4t\u00e9, d\u00e9fendait la th\u00e8se qu\u2019un <em>d\u00e9racin\u00e9<\/em> ne peut gu\u00e8re c\u00e9l\u00e9brer comme il convient la terre ancestrale\u00a0: \u00ab\u00a0Pour chanter la terre lorraine et la magnifier comme Mistral a exalt\u00e9 sa Provence, il faudrait un Barr\u00e8s ou un Moselly, un Hinzelin ou un R\u00e9val <em>habitant notre pays <\/em>et s\u2019identifiant enti\u00e8rement avec nos coutumes, nos m\u0153urs, nos traditions, notre histoire locale v\u00e9cue sur place, avec nos paysans, nos usages religieux et autres, que sais-je\u00a0?\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019attitude hautaine de Maurice Barr\u00e8s vis-\u00e0-vis des \u00ab\u00a0populaires\u00a0\u00bb \u00e9tait injustifi\u00e9e. Comme lui, ils aimaient se rendre sur les sites sacr\u00e9s de la Lorraine. La presse r\u00e9gionale en t\u00e9moigne. \u00c9mile Badel, par exemple, a fait vivre, \u00e0 sa mani\u00e8re, sa Lorraine mythique, en faisant des conf\u00e9rences historiques et patriotiques, en exaltant les h\u00e9ros et les artistes lorrains, en contribuant \u00e0 l\u2019\u00e9dification du Panth\u00e9on lorrain (<em>Est R\u00e9publicain<\/em>, 1911b\u00a0: 2). En 1936, Fernand Rousselot (1936\u00a0: 4, 6) rendait cet hommage au \u00ab\u00a0barde de la Lorraine\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Il \u00e9tait de ceux qui ne se d\u00e9racinent pas, exaltant le pass\u00e9 glorieux de la Lorraine par la plume, par la parole, par des initiatives patriotiques sans cesse renouvel\u00e9es\u00a0\u00bb. On ne saurait en aucune fa\u00e7on d\u00e9nier \u00e0 Fernand Rousselot, \u00e0 Pol Ramber ou \u00e0 d\u2019autres leur patriotisme lorrain et fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Quelles diff\u00e9rences s\u2019imposent si l\u2019on compare Maurice Barr\u00e8s et ces auteurs\u00a0? Le paysage occupe dans leurs \u0153uvres une place importante, mais, chez ces derniers, il n\u2019est pas l\u2019expression de myst\u00e8res, car ce qu\u2019ils cherchaient \u00e0 restituer, c\u2019est le pittoresque, avec un souci de r\u00e9alisme. Un critique disait du Meusien Andr\u00e9 Theuriet\u00a0: \u00ab\u00a0Il est impr\u00e9gn\u00e9 [\u2026] des bois silencieux et tristes, des champs et des vallons joyeux, des gens, des pr\u00e9jug\u00e9s et des coutumes\u00a0; quand, au hasard, nous lisons son \u0153uvre, il nous semble ou\u00efr, en ses dialogues, la langue na\u00efve et lente de nos bons paysans de Lorraine, tandis que la magie de ses descriptions monte et para\u00eet nous envelopper des senteurs famili\u00e8res \u00e0 notre patrie \u00bb (Merlin, 1905\u00a0: 233). Ce qui signifie que chez un \u00e9crivain comme Andr\u00e9 Theuriet (2000\u00a0: 134-136), l\u2019homme est indissociable du paysage\u00a0; il est un \u00e9l\u00e9ment de son \u00e2me.<\/p>\n<p>\u00c9mile Badel \u00e9tait lui aussi appr\u00e9ci\u00e9 pour ses descriptions (<em>Est R\u00e9publicain<\/em>, 1898b\u00a0: 3). \u00ab\u00a0\u00c0 travers la Lorraine\u00a0\u00bb (<em>Est R\u00e9publicain<\/em>, 1899) caract\u00e9rise fort bien l\u2019esth\u00e9tique de l\u2019\u00e9crivain du terroir. Alors que Maurice Barr\u00e8s choisissait des lieux pr\u00e9cis qui, disait-il, stimulaient son imagination, \u00c9mile Badel ne n\u00e9gligeait \u00ab\u00a0aucun recoin de la terre o\u00f9 dorment nos a\u00efeux. [\u2026] Tour \u00e0 tour po\u00e8te, arch\u00e9ologue, historien, il excell[ait] \u00e0 d\u00e9couvrir sous les aspects riants de la nature les vestiges qui rattachent le pr\u00e9sent au pass\u00e9\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 3). Tant\u00f4t promeneur, tant\u00f4t \u00e9rudit, il ne cherchait pas seulement, comme Maurice Barr\u00e8s, \u00e0 \u00ab\u00a0faire partager l\u2019\u00e9motion\u00a0\u00bb que lui inspiraient les sites et les paysages qu\u2019il visitait\u00a0; il faisait aussi \u0153uvre d\u2019ethnographe (<em>ibid<\/em>.). Si Maurice Barr\u00e8s n\u2019avait, \u00e0 en croire les fr\u00e8res Tharaud (1928\u00a0: 50), aucune exp\u00e9rience directe de la population paysanne, dont les dehors le rebutaient, les r\u00e9gionalistes du cru s\u2019int\u00e9ressaient, au contraire, aux \u00ab\u00a0gens de chez nous\u00a0\u00bb (Briey, 1922). Chez \u00c9mile Badel s\u2019expriment un \u00ab\u00a0amour de la terre natale\u00a0\u00bb, un \u00ab\u00a0patriotisme intime du berceau\u00a0\u00bb, une \u00ab\u00a0affection filiale\u00a0\u00bb (<em>Est R\u00e9publicain<\/em>, 1894a\u00a0: 2).<\/p>\n<p>Les \u00ab\u00a0populaires\u00a0\u00bb ont utilis\u00e9 des genres et des formes litt\u00e9raires tr\u00e8s diverses. Leur th\u00e9\u00e2tre n\u2019avait d\u2019autre ambition que celle de restituer, pour le plaisir des \u00ab\u00a0amateurs de folklore\u00a0lorrain\u00a0\u00bb, des \u00ab\u00a0sc\u00e8nes prises sur le vif\u00a0\u00bb. Ainsi, \u00c9mile Badel dans <em>La Noce de not\u2019 Ug\u00e8ne<\/em> (L. F., 1899\u00a0: 3), auquel sa science du pittoresque valut un succ\u00e8s durable (<em>Est R\u00e9publicain<\/em>, 1907\u00a0: 3). Dans <em>Couarails de paix et de guerre<\/em>, <em>Nos gens<\/em>, <em>Du sel de nos salines<\/em> ou <em>\u00c0 l\u2019ombre du mirabellier<\/em>, Fernand Rousselot a lui aussi d\u00e9crit, avec un souci de r\u00e9alisme, des \u00ab\u00a0tranches de vie lorraine\u00a0\u00bb (Urbain, 1934\u00a0: 3). En fin psychologue, il p\u00e9n\u00e9trait les \u00e2mes des individus, pour laisser s\u2019exprimer leurs sentiments profonds. Fernand Rousselot \u00ab\u00a0dispara\u00eet derri\u00e8re ses personnages\u00a0\u00bb, alors que le Moi de Maurice Barr\u00e8s est omnipr\u00e9sent. N\u2019\u00e9crit-il pas dans la pr\u00e9face de <em>Pour toi<\/em>,<em> mon homme\u00a0! <\/em>(1939)\u00a0: \u00ab\u00a0Quand je m\u2019asseois \u00e0 ma table de travail pour \u00e9crire des choses gaies ou m\u00e9lancoliques, c\u2019est toujours \u00e0 toi que je pense, homme de mon pays, mon fr\u00e8re lorrain, mon homme\u00a0\u00bb (<em>Le Pays Lorrain<\/em>, 1988\u00a0: 57) Ayant \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9s parmi les paysans lorrains, les \u00e9crivains du terroir ont su garder avec \u00ab\u00a0nos gens\u00a0\u00bb une intimit\u00e9 qu\u2019un Barr\u00e8s, toujours distant, n\u2019a manifestement jamais cherch\u00e9 \u00e0 avoir.<\/p>\n<p>Une autre particularit\u00e9 importante les distingue de Maurice Barr\u00e8s\u00a0: l\u2019utilisation du patois. Il ne s\u2019agit certes pas l\u00e0 d\u2019un patois d\u00e9termin\u00e9, mais plut\u00f4t d\u2019une cr\u00e9ation litt\u00e9raire. Fernand Rousselot, Pol Ramber et bien d\u2019autres ont puis\u00e9 dans un vieux fonds traditionnel, ils ont emprunt\u00e9 au village des d\u2019expressions imag\u00e9es, des comparaisons pittoresques, des proverbes anciens. Le Spinalien Ren\u00e9 Perrout, quant \u00e0 lui, utilisait des archa\u00efsmes (Krantz, 1904\u00a0: 51). Fernand Rousselot \u00e9tait conscient des faiblesses de ce langage lorrain\u00a0; aussi ne retenait-il que ce qui \u00e9tait compr\u00e9hensible par le plus grand nombre pour cr\u00e9er du pittoresque. Charles Sadoul, le directeur de la revue <em>Le Pays lorrain<\/em> rendait un jour cet hommage au \u00ab\u00a0barde du terroir lorrain\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Vous avez su montrer [\u2026] que ce patois d\u00e9daign\u00e9 \u00e9tait la \u201cvie m\u00eame\u02ee et non pas comme l\u2019avait cru un moment notre grand Barr\u00e8s, ce jour-l\u00e0 mal inform\u00e9, \u201cune curiosit\u00e9 pittoresque, un bibelot\u02ee, mais bien \u201cune fa\u00e7on sp\u00e9ciale de sentir un lien avec le pass\u00e9 et un v\u00e9ritable principe de solidarit\u00e9\u02ee\u00a0\u00bb (<em>Est R\u00e9publicain<\/em>, 1926\u00a0: 2).<\/p>\n<p>Quant \u00e0 \u00c9mile Moselly <em>alias<\/em> \u00c9mile Chenin, un d\u00e9racin\u00e9 qui \u00e9tait professeur au lyc\u00e9e d\u2019Orl\u00e9ans, il re\u00e7ut en 1907 le prix Goncourt pour <em>Terres lorraines<\/em> (1907a) et <em>Le Rouet d\u2019Ivoire <\/em>(1907b). Des critiques lorrains ont revendiqu\u00e9 cet \u00ab\u00a0\u00e9crivain rustique\u00a0\u00bb comme \u00ab\u00a0un fils de notre terroir\u00a0\u00bb (<em>Est R\u00e9publicain<\/em>, 1913a\u00a0: 1). On ne peut sans doute pas le classer parmi les auteurs populaires, mais il est sans conteste un \u00e9crivain du terroir. Ses romans offrent une image plus tragique de la Lorraine. Dans <em>Terres lorraines <\/em>(Moselly, 1907), Marthe, l\u2019h\u00e9ro\u00efne, incarne, dit Ren\u00e9 Perrout, la \u00ab\u00a0fid\u00e9lit\u00e9 de sa race\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0la r\u00e9signation des paysans lorrains\u00a0\u00bb. Ses tableaux traduisent \u00ab\u00a0la po\u00e9sie des traditions et des l\u00e9gendes, le merveilleux des humbles\u00a0: les soir\u00e9es pr\u00e8s de l\u2019\u00e2tre o\u00f9 l\u2019on d\u00e2ille, le montreur de Saint-Hubert, la procession de la F\u00eate-Dieu. [\u2026] De toutes ses pages monte un parfum de terroir. Je mesure tout le sens de ce que je vais dire\u00a0: le roman d\u2019\u00c9mile Moselly nous fait voir la terre lorraine, comme le po\u00e8me magnifique de notre grand Mistral [<em>Mireille<\/em>] \u00e9voque le pays de Provence\u00a0\u00bb (Perrout, 1907\u00a0: 146). Le personnage de Pierre No\u00ebl, qui trahit Marthe, sa fianc\u00e9e, pour une bateli\u00e8re flamande, est, quant \u00e0 lui, un \u00ab\u00a0d\u00e9racin\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0; l\u2019attirance pour l\u2019aventure lui a fait perdre le bonheur qu\u2019il \u00e9tait appel\u00e9 \u00e0 conna\u00eetre. Le roman <em>Joson Meunier <\/em>(Moselly, 1910) raconte l\u2019histoire d\u2019un p\u00e8re qui veut faire le bonheur de son fils, mais qui est pay\u00e9 d\u2019ingratitude. Un critique exprime ainsi ce qui fait le charme des romans d\u2019\u00c9mile Moselly\u00a0: \u00ab\u00a0Les fra\u00eeches descriptions d\u2019o\u00f9 exhalent les odeurs des jardins, de la for\u00eat, les tableaux d\u2019int\u00e9rieurs rustiques alternent avec des sc\u00e8nes dramatiques, poignantes dans leur intensit\u00e9\u00a0\u00bb (<em>Est R\u00e9publicain<\/em>, 1910b\u00a0: 4). Cet auteur d\u00e9peint surtout des types\u00a0: \u00ab\u00a0des gens simples et pauvres, dont le destin est toujours rude et sombre\u00a0\u00bb (<em>Est R\u00e9publicain<\/em>, 1912\u00a0: 5). Sans doute Fernand Rousselot (1937\u00a0: 2) avait-il raison quand il qualifiait \u00c9mile Moselly d\u2019\u00e9crivain \u00ab\u00a0naturaliste\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Plus tard, Henri Gaudel (1934) a offert, dans la m\u00eame veine, des exemples du \u00ab\u00a0drame villageois\u00a0\u00bb, des \u00e9tudes de m\u0153urs et des analyses de caract\u00e8res, comme dans <em>Le Grand Jules<\/em>, drame de la jalousie qui finit par un suicide. Ici aussi alternent tableaux pittoresques et sc\u00e8nes dramatiques (<em>Est R\u00e9publicain<\/em>, 1934\u00a0: 2). Quant au Vosgien Pol Ramber (1924), il a trait\u00e9 des th\u00e9matiques diff\u00e9rentes\u00a0; dans <em>Ma Cousine de Saint-Beno\u00eet<\/em>, par exemple, la question de l\u2019exode rural provoqu\u00e9 dans le monde rural de l\u2019entre-deux-guerres par la ville o\u00f9 la vie \u00e9tait plus facile qu\u2019au village. C\u2019est l\u00e0 une histoire \u00ab\u00a0de chez nous\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0la Marie Brignon\u00a0\u00bb fait des r\u00eaves pour ses enfants (<em>Est R\u00e9publicain<\/em>, 1924b\u00a0: 5).<\/p>\n<p>Si Maurice Barr\u00e8s a eu une audience nationale, les \u00e9crivains du terroir sont rest\u00e9s condamn\u00e9s \u00e0 ne trouver qu\u2019un lectorat limit\u00e9 \u00e0 leur r\u00e9gion et aux \u00ab\u00a0d\u00e9racin\u00e9s\u00a0\u00bb vivant \u00e0 Paris. Un critique notait fort justement \u00e0 propos de l\u2019\u0153uvre de Fernand Rousselot\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 et avoir v\u00e9cu dans le pays de la Meurthe, de la Vezouse, de la Seille et de la Mortagne pour en appr\u00e9cier toutes les nuances et en comprendre les subtiles d\u00e9licatesses\u00a0\u00bb (Urbain, 1934\u00a0: 3).<\/p>\n<h2>Les ambigu\u00eft\u00e9s du Th\u00e9\u00e2tre du Peuple de Bussang\u00a0: le terroir entre id\u00e9al humanitaire et nationalisme<\/h2>\n<p>Le Th\u00e9\u00e2tre de Bussang, cr\u00e9\u00e9 en 1895, apporta une dimension nouvelle et originale \u00e0 la Lorraine des \u00e9crivains. Une partie des pi\u00e8ces \u00e9crites pour lui par Maurice Pottecher \u00e9taient inspir\u00e9es de l\u2019histoire locale et r\u00e9gionale (Jeanclaude, 1960). Avec ce r\u00e9pertoire r\u00e9gionaliste, il s\u2019assignait, avec modestie, une mission \u00e9ducative\u00a0; il disait en effet de son th\u00e9\u00e2tre\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est par l\u2019\u00e9tude des types locaux, des m\u0153urs r\u00e9gionales, par cette fra\u00eecheur que donne \u00e0 toute \u0153uvre le contact direct avec la terre natale, qu\u2019il peut pr\u00e9tendre un jour s\u2019imposer \u00e0 l\u2019attention des critiques charg\u00e9s d\u2019\u00e9crire l\u2019histoire de l\u2019art, apr\u00e8s avoir diverti, touch\u00e9 et peut-\u00eatre instruit le public auquel il est d\u00e9di\u00e9\u00a0\u00bb (Pottecher, 1995\u00a0: 19).<\/p>\n<p>Si l\u2019on peut dire de la sc\u00e8ne bussenette qu\u2019elle fut d\u2019abord un th\u00e9\u00e2tre du terroir, c\u2019est pour ces raisons et bien d\u2019autres. Camp\u00e9 au fond d\u2019une vall\u00e9e vosgienne, \u00e0 la fronti\u00e8re de l\u2019Alsace, ce th\u00e9\u00e2tre de plein air avait \u00ab\u00a0pour fond la pente de la montagne, avec ses \u00e9tages de champs, de prairies et de bois\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0pour d\u00e9cors le gazon m\u00eame d\u2019un pr\u00e9, une ligne de sapins [\u2026], la fa\u00e7ade d\u2019une ferme copi\u00e9e sur celles qui s\u2019\u00e9tagent \u00e7\u00e0 et l\u00e0 aux flancs des collines vosgiennes\u00a0\u00bb (Boulay, 1921\u00a0: 1). Par la suite, il eut un fond qui s\u2019ouvrait sur ce d\u00e9cor naturel, ce qui permettait d\u2019obtenir des effets impressionnants. Ce th\u00e9\u00e2tre \u00e9tait aussi ancr\u00e9 dans un \u00ab\u00a0milieu sociog\u00e9ographique original\u00a0\u00bb (Kribs-Dussaussois, 1987\u00a0: 11, 174). Les acteurs \u00e9taient des ouvriers, des employ\u00e9s, donc des gens du cru, l\u2019auteur lui-m\u00eame, des camarades, sa femme et des membres de la famille Pottecher (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 38). Les genres th\u00e9\u00e2traux propos\u00e9s \u00e0 Bussang, comme la farce ou le drame \u00ab\u00a0rustique\u00a0\u00bb, ont permis de tirer parti, comme dans <em>Le Sotr\u00e9 de No\u00ebl<\/em> (1896), du chant et de la danse populaires. En ce sens, Maurice Pottecher offrait un spectacle total, r\u00e9unissant en condens\u00e9 toutes les particularit\u00e9s locales (acteurs, accents, patois, costumes, chants, danses). Si ses pi\u00e8ces \u00e9taient \u00ab\u00a0impr\u00e9gn\u00e9es de la saveur du terroir\u00a0\u00bb (Gaudel, 1932\u00a0: 9), c\u2019\u00e9tait encore parce qu\u2019il puisait \u00e9galement dans le fond des l\u00e9gendes locales. Le <em>sotr\u00e9<\/em>, par exemple, est lutin farceur de la l\u00e9gende vosgienne. Dans cette pi\u00e8ce, chaque acte se d\u00e9veloppe dans l\u2019atmosph\u00e8re d\u2019une f\u00eate qui a ses rites locaux particuliers\u00a0: la f\u00eate des \u00ab\u00a0brandons\u00a0\u00bb, la f\u00eate de No\u00ebl, la f\u00eate de Mai ou Trimaz\u00f4. En 1932, le r\u00e9gionaliste lorrain Jean Ville-Albert (1932\u00a0: 9) applaudissait la reprise \u00e0 Bussang de cette farce, qui faisait, disait-il \u00ab\u00a0revivre les vieilles coutumes et les traditions locales\u00a0\u00bb. Ce r\u00e9pertoire pottech\u00e9rien constitue, en outre, un chapitre de l\u2019histoire des mentalit\u00e9s dans la Lorraine des ann\u00e9es\u00a01900. Les personnages sont, en effet, pour la plupart des types, comme dans les com\u00e9dies de Moli\u00e8re, qui caract\u00e9risent la soci\u00e9t\u00e9 de cette \u00e9poque. Dans <em>Le Sotr\u00e9 de No\u00ebl<\/em>, R\u00e9my, le grand \u00ab\u00a0sagard\u00a0\u00bb, est un artisan ouvert au progr\u00e8s\u00a0; alors que Nonon Thi\u00e9ry s\u2019oppose au mariage de sa fille avec R\u00e9my sous pr\u00e9texte que celui-ci entend abandonner la tradition. Mais ces types, pour avoir une coloration locale, n\u2019en sont pas moins repr\u00e9sentatifs de la soci\u00e9t\u00e9 rurale de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>Ces aspects sociaux et ethnographiques avaient un lien \u00e9troit avec le but que Maurice Pottecher cherchait \u00e0 atteindre\u00a0; par un culte commun du terroir participant d\u2019un travail d\u2019\u00ab\u00a0\u00e9ducation\u00a0\u00bb, il s\u2019agissait non seulement de r\u00e9concilier les classes sociales (Pottecher, 1995\u00a0: 17-18) dans un contexte de tensions sociales grandissantes, mais aussi de freiner une \u00e9volution qui, pensait-on, \u00e9tait synonyme de d\u00e9clin. Un patriotisme nourri par le culte de la Lorraine pouvait, lui aussi, \u00eatre mis au service de cette cause. Maurice Pottecher (1896\u00a0: 20) disait que son th\u00e9\u00e2tre voulait \u00eatre \u00ab\u00a0original et national\u00a0\u00bb, que c\u2019\u00e9tait l\u00e0 les principaux \u00e9l\u00e9ments du succ\u00e8s. C\u2019est sans doute pourquoi la probl\u00e9matique lorraine est tr\u00e8s pr\u00e9sente dans les pi\u00e8ces r\u00e9gionalistes jou\u00e9es \u00e0 Bussang. Cette localit\u00e9 \u00e9tait, depuis 1871, un village fronti\u00e8re, situ\u00e9 sur cette \u00ab\u00a0ligne bleue des Vosges\u00a0\u00bb n\u00e9e du testament de Jules Ferry qui \u00e9tait proche de la famille Pottecher (Alexandre, 2014\u00a0: 22, 28). On y voyait les chasseurs \u00e0 pied lors des man\u0153uvres, mais aussi lors des repr\u00e9sentations du Th\u00e9\u00e2tre du Peuple. Bussang avait ainsi le sentiment d\u2019\u00eatre plac\u00e9e sur la ligne de fracture du drame historique franco-allemand, d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9picentre du traumatisme national\u00a0\u00bb (Kribs-Dussaussois, 1987\u00a0: 55).<\/p>\n<p>La Lorraine et l\u2019Alsace, qui occupaient \u00e0 cette \u00e9poque une place importante dans l\u2019imaginaire national et dans la vie politique fran\u00e7aise, sont pr\u00e9sentes dans le r\u00e9pertoire de Maurice Pottecher\u00a0; par exemple \u00e0 travers le th\u00e8me de la fronti\u00e8re, qui se d\u00e9cline ici de diverses mani\u00e8res. Dans la pi\u00e8ce <em>C\u2019est le vent<\/em>, deux communes s\u2019opposent \u00e0 propos d\u2019une vieille statue appel\u00e9e le \u00ab\u00a0bonhomme\u00a0\u00bb, plac\u00e9e sur la fronti\u00e8re. La t\u00eate de cette statue est r\u00e9guli\u00e8rement tourn\u00e9e. C\u2019est le myst\u00e8re qui sous-tend toute l\u2019intrigue. Qui peut \u00eatre \u00e0 l\u2019origine de cette profanation\u00a0? Les gens du camp adverse, naturellement. Au moment o\u00f9 l\u2019affrontement prend un tour dramatique, il s\u2019av\u00e8re toutefois que ce sont des contrebandiers qui utilisent la t\u00eate du \u00ab\u00a0bonhomme\u00a0\u00bb comme signe de reconnaissance (Pottecher, 1995\u00a0: 211-298). Le th\u00e8me alsacien s\u2019imposait comme naturellement dans ce r\u00e9pertoire local. Les contacts \u00e9taient permanents entre les deux versants de la montagne et beaucoup de signes rappelaient, \u00e0 Bussang comme dans d\u2019autres zones frontali\u00e8res de la Lorraine, que la terre natale portait la cicatrice du conflit franco-allemand. On se souvient, enfin, que le cadre de deux pi\u00e8ces de Maurice Pottecher, <em>Le Ch\u00e2teau de Hans<\/em> ou <em>Morteville<\/em>, se situe dans les Vosges alsaciennes.<\/p>\n<p>Maurice Pottecher avait eu un pr\u00e9cepteur alsacien qui a sans doute contribu\u00e9 \u00e0 entretenir chez lui le sentiment national (Kribs-Dussaussois, 1987\u00a0: 83). Cela explique sans doute le fait que, dans certaines de ses \u0153uvres, le terroir se conjugue intimement \u00e0 un patriotisme qui peut aller jusqu\u2019\u00e0 une certaine forme de nationalisme. Comme chez Maurice Barr\u00e8s, c\u2019est sur des h\u00e9ros et l\u2019histoire de la Lorraine que, pour une bonne part, celui-ci se cristallise. Le r\u00e9pertoire de Bussang a, lui aussi, contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9criture d\u2019un r\u00e9cit l\u00e9gendaire lorrain. Nous en proposerons ici comme exemples les deux drames historiques <em>Libert\u00e9<\/em> (Pottecher, 1898) et <em>La Passion de Jeanne<\/em> <em>d\u2019Arc<\/em> (1904), pi\u00e8ces dans lesquelles se fait sentir l\u2019influence de Jules Michelet. La R\u00e9volution de 1789 et Jeanne, la bonne lorraine, \u00e9taient deux th\u00e8mes qui constituaient d\u2019une certaine mani\u00e8re des piliers de l\u2019id\u00e9ologie r\u00e9publicaine.<\/p>\n<p>En quoi ces deux pi\u00e8ces mettent-elles le terroir au service d\u2019une \u00e9criture mythique de l\u2019histoire lorraine\u00a0? L\u2019action de <em>Libert\u00e9 <\/em>(Pottecher, 1898) se d\u00e9roule au moment o\u00f9, en 1792, la R\u00e9publique vient d\u2019\u00eatre proclam\u00e9e et o\u00f9 les arm\u00e9es de la Convention descendent vers le Rhin pour emp\u00eacher \u00ab\u00a0les Autrichiens\u00a0\u00bb d\u2019envahir le sol national\u00a0: les montagnes vosgiennes, frange orientale de la Lorraine, se trouvent expos\u00e9es. Maurice Pottecher renvoie ici clairement au mythe des bataillons de volontaires vosgiens qui leur ont valu une mention au proc\u00e8s-verbal de l\u2019assembl\u00e9e nationale, le 7\u00a0ao\u00fbt 1792. La pi\u00e8ce s\u2019ouvre sur un prologue dans lequel un personnage all\u00e9gorique f\u00e9minin, la Libert\u00e9, s\u2019adresse au public\u00a0: \u00ab\u00a0Je veux aujourd\u2019hui vous faire entendre la grande voix qui, plus de cent ans d\u00e9j\u00e0 compt\u00e9s, \u00e9veilla tout \u00e0 coup l\u2019univers. Quand le vent l\u2019emporta vers ces gorges endormies, tous les \u00e9chos la roul\u00e8rent, comme si le tonnerre les e\u00fbt \u00e9branl\u00e9es. \u00c0 son appel, saluant un soleil nouveau, vos p\u00e8res se sont lev\u00e9s, joyeux de donner leur sang pour la d\u00e9livrance de leur patrie et l\u2019affranchissement du monde\u00a0!\u00a0\u00bb (Pottecher, 1898\u00a0: II)<\/p>\n<p>Cette pi\u00e8ce contenait une profession de foi r\u00e9publicaine et patriotique qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019affirmer et de transmettre \u00e0 un public nombreux. Elle montre bien que, chez Maurice Pottecher, le patriotisme passait par l\u2019attachement \u00e0 la terre natale, la petite r\u00e9gion (Kribs-Dussaussois, 1987\u00a0: 144). La Libert\u00e9 d\u00e9clare dans le prologue en s\u2019adressant \u00e0 \u00ab\u00a0ceux qui l\u2019entendent\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0[Ma voix] leur inspirera aussi pour le sol natal non une tendresse aveugle et barbare, qui se repa\u00eet de mots sonores et n\u2019engendrent que la haine contre le reste des hommes, mais un amour de plus en plus ferme et clairvoyant pour toi, France, pays au beau nom, terre des clairs esprits, parce que tu fus la m\u00e8re du droit et que tu dois rester, \u2013 tant que nos mains, h\u00e9las\u00a0! porteront des armes, \u2013 la gardienne de la justice et le soldat de la raison\u00a0!\u00a0\u00bb (Pottecher, 1898\u00a0: VII)<\/p>\n<p>Ces volontaires de 1792 sont de \u00ab\u00a0braves montagnards\u00a0\u00bb, mais la terre natale a fa\u00e7onn\u00e9 chez eux un caract\u00e8re\u00a0: elle a fait d\u2019eux des r\u00e9sistants. \u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas ici, chez les montagnards, dit l\u2019un d\u2019eux \u00e0 propos de la brutalit\u00e9 des nobles, qu\u2019on trouvera des gens \u00e0 mener \u00e0 coup de sabre ou de trique\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 67). C\u2019est aussi pourquoi ils deviennent des h\u00e9ros qui r\u00e9pondent spontan\u00e9ment \u00e0 l\u2019appel de la R\u00e9publique pour la d\u00e9fendre, \u00e0 la fronti\u00e8re, contre l\u2019Autrichien qui menace. C\u2019est pourquoi le repr\u00e9sentant de la Convention leur d\u00e9clare\u00a0: \u00ab\u00a0Braves montagnards, je n\u2019attendais pas un autre accueil de vous. L\u2019\u00e2pre sol qui vous porte fut toujours cher \u00e0 la libert\u00e9\u2026 Un jour, on dira de vous que vous avez bien m\u00e9rit\u00e9 de la patrie\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 93). Ces passages de <em>Libert\u00e9<\/em> sont une illustration de son esth\u00e9tique du Th\u00e9\u00e2tre populaire, qu\u2019il d\u00e9finissait en ces termes, l\u2019ann\u00e9e suivante, dans un \u00e9crit th\u00e9orique\u00a0: \u00ab\u00a0Fouillons au tr\u00e9sor oubli\u00e9 des m\u0153urs, des traditions, des l\u00e9gendes et de l\u2019histoire pour en illustrer le coin de terre dont nous voulons r\u00e9chauffer et \u00e9clairer l\u2019amour, pour en enrichir la grande patrie que nous pla\u00e7ons en t\u00eate des autres parce que nous r\u00eavons de voir toujours triompher avec elle le droit, la libert\u00e9 et la raison, la justice et le devoir\u00a0\u00bb (Pottecher, 1899\u00a0: XX).<\/p>\n<p><em>La Passion de Jeanne<\/em> <em>d\u2019Arc<\/em> (1904), \u00e9crite dans le contexte d\u2019un renouveau du culte de l\u2019h\u00e9ro\u00efne, montre l\u2019articulation id\u00e9ale que celle-ci permettait de faire entre le th\u00e8me r\u00e9gional et le th\u00e8me national (Alexandre, 2015). Nous ne retiendrons ici que le deuxi\u00e8me tableau de la pi\u00e8ce, celui de la vision, qui est aussi l\u2019acm\u00e9 du drame\u00a0: Jeanne, endormie, se revoit dans son enfance\u00a0; elle est revenue \u00e0 Domremy. Elle s\u2019\u00e9crie\u00a0: \u00ab\u00a0Ah\u00a0! tous, ils m\u2019ont tous oubli\u00e9e\u00a0! et me voil\u00e0 \/ Toute seule, \u00e0 jamais perdue, abandonn\u00e9e\u2026\u00a0\u00bb Mais voici que les Saintes, Marguerite et Catherine, lui apparaissent\u00a0: \u00ab\u00a0Console-toi\u00a0!, lui disent-elles. Bient\u00f4t, tu seras d\u00e9livr\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Et quatre enfants apparaissent qui entonnent ce cantique\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Honneur du bon pays lorrain,<br \/>\nO Jeanne la guerri\u00e8re,<br \/>\nRel\u00e8ve-toi, le c\u0153ur serein\u00a0:<br \/>\nLe ciel t\u2019attend demain,<br \/>\nIl s\u2019ouvre \u00e0 ta pri\u00e8re,<br \/>\nTon long tourment finit.<br \/>\nO Jeanne la guerri\u00e8re,<br \/>\nLa France te b\u00e9nit\u00a0!<\/p><\/blockquote>\n<p>Puis un vaste ch\u0153ur, le ch\u0153ur du peuple de France chante\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Martyrs sacr\u00e9s ou fiers vainqueurs,<br \/>\nO morts pour la Patrie,<br \/>\n\u00c0 vous la gloire, \u00e0 vous, grands c\u0153urs,<br \/>\nLes hymnes et les fleurs\u00a0!<br \/>\nLa France qui vous prie<br \/>\nDans l\u2019ombre et \u00e0 genoux\u00a0:<br \/>\nO morts pour la Patrie,<br \/>\nToujours veillez sur nous\u00a0!<\/p><\/blockquote>\n<p>Un r\u00e9gionaliste vosgien, reprenant les cat\u00e9gories de Maurice Barr\u00e8s, \u00e9crivait \u00e0 propos de <em>La Passion de Jeanne<\/em> <em>d\u2019Arc<\/em> que chez Maurice Pottecher, on sentait naturellement la solidarit\u00e9, l\u2019\u00ab\u00a0amiti\u00e9\u00a0\u00bb lorraine. \u00ab\u00a0Aucun Fran\u00e7ais, \u00e9crivait-il n\u2019est plus capable de comprendre le caract\u00e8re de Jeanne que ce Lorrain, en qui se refl\u00e8te, comme en l\u2019h\u00e9ro\u00efne, les qualit\u00e9s primordiales de la race\u00a0\u00bb (Dulac, 1904\u00a0: XXX).<\/p>\n<p>Comment d\u00e9finir, pour conclure, la Lorraine du th\u00e9\u00e2tre de Maurice Pottecher\u00a0? Elle n\u2019est ni celle de Maurice Barr\u00e8s, ni celle des \u00e9crivains du terroir, tout en ayant, elle aussi, une dimension \u00e0 la fois terrienne et mythique. Elle est celle d\u2019un \u00e9crivain attach\u00e9 au monde parisien des lettres, et qui, comme Dulac Barr\u00e8s, op\u00e9rait chaque ann\u00e9e un repli saisonnier sur le sol natal, ce qui n\u2019est pas le cas d\u2019un Badel ou d\u2019un Rousselot. Maurice Pottecher \u0153uvrait parmi ces \u00ab\u00a0Lorrains\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Vosgiens de Paris\u00a0\u00bb, organis\u00e9s dans des associations qui entretenaient chez les d\u00e9racin\u00e9s vivant \u00e0 la capitale le culte de la petite patrie. Aussi s\u2019exposait-il \u00e0 la contradiction en se faisant chantre de la d\u00e9centralisation artistique et en d\u00e9non\u00e7ant les effets d\u00e9l\u00e9t\u00e8res d\u2019un parisianisme \u00e9touffant, qui ne permettait plus au g\u00e9nie particulier des provinces de s\u2019exprimer.<\/p>\n<p>Sa Lorraine \u00e9tait cens\u00e9e pr\u00e9server une coh\u00e9sion sociale autour d\u2019une id\u00e9e et d\u2019un id\u00e9al dans une microsoci\u00e9t\u00e9, celle de Bussang, menac\u00e9e par la modernit\u00e9\u00a0; elle devait aussi assurer le succ\u00e8s de son th\u00e9\u00e2tre qui, \u00e0 chaque saison, attirait un public nombreux venu de tous les horizons.<\/p>\n<p>Elle \u00e9tait une Lorraine que Maurice Pottecher devait d\u00e9fendre face aux adversaires du r\u00e9gionalisme, en montrant que le culte du sol natal n\u2019\u00e9tait pas un obstacle au patriotisme. C\u2019est sans doute ce qui explique, dans <em>Libert\u00e9<\/em>, la r\u00e9plique de Marie au p\u00e8re Souhait dont le fils a quitt\u00e9 le pays natal. Souhait d\u00e9clare\u00a0: \u00ab\u00a0La patrie\u00a0? Sans doute, chacun doit aimer la terre qui le nourrit et o\u00f9 ses p\u00e8res dorment\u2026 Et c\u2019est pourquoi c\u2019est un fils ingrat qui renie sa m\u00e8re, celui qui abandonne les champs o\u00f9 tourne l\u2019ombre de son clocher.\u00a0\u00bb Et Marie de lui r\u00e9pondre\u00a0: \u00ab\u00a0La patrie ne s\u2019\u00e9tend-elle pas plus loin que cette ombre\u00a0? Partout o\u00f9 les c\u0153urs souffrent d\u2019une peine commune et tremblent du m\u00eame espoir, l\u2019homme reconna\u00eet son pays. D\u2019ici \u00e0 la mer, les clochers se dressent par milliers, mais il n\u2019y qu\u2019une seule France\u00a0\u00bb (Pottecher, 1898\u00a0: 75). C\u2019est peut-\u00eatre dans <em>Libert\u00e9<\/em> et dans <em>La Passion de Jeanne<\/em> <em>d\u2019Arc<\/em> que s\u2019exprime le plus fortement le patriotisme de Maurice Pottecher. Mais si l\u2019on veut parler de \u00ab\u00a0nationalisme\u00a0\u00bb (Kribs-Dussaussois, 1987\u00a0: 139), il faut souligner qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un nationalisme missionnaire, non pas d\u2019un nationalisme de cl\u00f4ture, comme chez Maurice Barr\u00e8s.<\/p>\n<p>La Lorraine de Maurice Pottecher posait, enfin, un autre probl\u00e8me, li\u00e9 \u00e0 sa r\u00e9ception. En effet, malgr\u00e9 le franc succ\u00e8s remport\u00e9 \u00e0 Bussang, une pi\u00e8ce comme <em>La Passion de Jeanne<\/em> <em>d\u2019Arc<\/em> resta condamn\u00e9e \u00e0 ne pas pouvoir faire le tour de France que d\u2019aucuns souhaitaient pour elle. Certes, disait un publiciste lorrain, elle renouvelle le genre de l\u2019\u00e9pop\u00e9e nationale, mais elle est trop intimement li\u00e9e \u00e0 son milieu (V\u00f4ge, 1904\u00a0: 2). Des critiques parisiens salu\u00e8rent dans l\u2019\u0153uvre une pi\u00e8ce \u00ab\u00a0lorraine\u00a0\u00bb. Pierre Cl\u00e9sio (1906\u00a0: 738) ne disait-il pas du sujet qu\u2019il \u00e9tait \u00ab\u00a0la plus belle des traditions lorraines\u00a0\u00bb\u00a0? Il pensait toutefois qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas \u00ab\u00a0transportable\u00a0\u00bb du fait de \u00ab\u00a0ce go\u00fbt de terroir\u00a0\u00bb dont elle \u00e9tait impr\u00e9gn\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>Les \u00e9crivains r\u00e9gionalistes ont contribu\u00e9 \u00e0 \u00e9veiller chez les Lorrains, \u00e0 partir de la fin du XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, ce que Maurice Barr\u00e8s (1909b\u00a0: 2-3) appelait une \u00ab\u00a0conscience litt\u00e9raire\u00a0\u00bb. Ils ont \u00e9t\u00e9 soutenus par la presse r\u00e9gionale, ne serait-ce que parce qu\u2019ils \u00e9taient souvent eux-m\u00eames journalistes. Ils ont peint la diversit\u00e9 des terroirs lorrains, donn\u00e9 une forme plastique \u00e0 l\u2019histoire de la Lorraine, encore m\u00e9connue, m\u00eame si la Lorraine \u00e9tait, pour des raisons politiques, tr\u00e8s pr\u00e9sente dans l\u2019imaginaire national. Force est de constater que si Maurice Barr\u00e8s ne jouissait pas en Lorraine d\u2019une grande popularit\u00e9, en dehors du cercle de ses \u00ab\u00a0amiti\u00e9s\u00a0\u00bb (Gobron, 1923\u00a0: 13), c\u2019est lui qui a introduit le th\u00e8me lorrain dans la grande litt\u00e9rature fran\u00e7aise. Les auteurs \u00ab\u00a0populaires\u00a0\u00bb ont certes traduit, dans les genres litt\u00e9raires les plus divers, le caract\u00e8re des populations lorraines\u00a0; trop intimement ancr\u00e9s dans le sol et la tradition lorraine, ils rest\u00e8rent toutefois condamn\u00e9s \u00e0 n\u2019avoir qu\u2019un lectorat r\u00e9gional. Nous n\u2019entrerons pas ici dans le d\u00e9bat sur la question de l\u2019universel dans la litt\u00e9rature. L\u2019int\u00e9r\u00eat de leurs \u0153uvres les a toutefois fait entrer dans les anthologies scolaires lorraines (<em>Lectures lorraines<\/em>, 1927). Cette \u00e9tude aura peut-\u00eatre r\u00e9ussi \u00e0 montrer la complexit\u00e9 du mouvement qui a parfois \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 \u00e0 cette \u00e9poque le <em>n\u00e9o-lotharingisme.<\/em><\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p>A. S., 1916, \u00ab\u00a0Les Monts sacr\u00e9s de Lorraine\u00a0\u00bb, <em>Journal de la Meurthe et des Vosges<\/em>, 24, 25\u00a0janv., p.\u00a02.<\/p>\n<p>Alexandre P., 2005, \u00ab\u00a0Maurice Pottecher \u2013 Une \u0153uvre patriotique. Les d\u00e9buts du \u201cTh\u00e9\u00e2tre du Peuple\u00a0\u00bb de Bussang\u201d, pp.\u00a0223-239, <em>in\u00a0<\/em>:\u00a0 Benay J., Leveratto J.-M., dirs, <em>Culture et histoire des spectacles en Alsace et en Lorraine. De l\u2019annexion \u00e0 la d\u00e9centralisation (1871-1946)<\/em>, Berne, Berlin, Peter Lang.<\/p>\n<p>Alexandre P., 2014, \u00ab\u00a0La guerre dans les t\u00eates dans le d\u00e9partement des Vosges, 1871-1914\u00a0: anatomie d\u2019un patriotisme de fronti\u00e8re\u00a0\u00bb, in\u00a0: <em>Annales de la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9mulation du d\u00e9partement des Vosges<\/em>, pp.\u00a015-63.<\/p>\n<p>Alexandre P., 2015, \u00ab\u00a0Maurice Barr\u00e8s et Jeanne d\u2019Arc, \u201cla bonne Lorraine\u201d\u00a0\u00bb, <em>Annales de la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9mulation du d\u00e9partement des Vosges<\/em>, pp.\u00a029-42.<\/p>\n<p>Auvray R., 1897, <em>Le Sotr\u00e9 de No\u00ebl<\/em>. <em>Farce rustique en trois actes m\u00eal\u00e9s de chants et de rondes populaires<\/em>, Raon-l\u2019\u00c9tape, Geisler.<\/p>\n<p>Badel \u00c9., 1907, \u00ab\u00a0Mouvement litt\u00e9raire lorrain\u00a0\u00bb, <em>L\u2019Est R\u00e9publicain<\/em>, 7514, 5\u00a0d\u00e9c., p.\u00a04.<\/p>\n<p>Badel \u00c9., 1908, \u00ab\u00a0M. \u00c9mile Gebhart et Nancy\u00a0\u00bb, <em>L\u2019Est r\u00e9publicain<\/em>, 6752, 27 avr., p.\u00a01.<\/p>\n<p>Barr\u00e8s M., 1889, <em>Un Homme libre<\/em>, Paris, Perrin.<\/p>\n<p>Barr\u00e8s M., 1891, <em>Le Jardin de B\u00e9r\u00e9nice<\/em>, Paris, \u00c9mile Paul, 1910.<\/p>\n<p>Barr\u00e8s M., 1900,<em> L\u2019Appel au soldat<\/em>, Paris, \u00c9mile-Paul, 1911.<\/p>\n<p>Barr\u00e8s M., 1902, <em>Amori et dolori sacrum. La mort de Venise<\/em>, Paris, F.\u00a0Alcan.<\/p>\n<p>Barr\u00e8s M., 1903, <em>Les<\/em> <em>Amiti\u00e9s fran\u00e7aises<\/em>, Paris, Juven.<\/p>\n<p>Barr\u00e8s M., 1907, \u00ab\u00a0Claude Gell\u00e9e dans son village natal\u00a0\u00bb, <em>Le Gaulois<\/em>, 10998, 24\u00a0nov., p.\u00a01.<\/p>\n<p>Barr\u00e8s M., 1908, \u00ab\u00a0Le bilan de Barr\u00e8s. Vingt-cinq ann\u00e9es de vie litt\u00e9raire [Lettre de Maurice Barr\u00e8s au r\u00e9dacteur en chef du <em>Matin<\/em>]\u00a0\u00bb, <em>Le Matin<\/em>, 8769, 1 mars, p.\u00a08.<\/p>\n<p>Barr\u00e8s M., 1908-1909, <em>Colette Baudoche<\/em>, Paris, s.n.<\/p>\n<p>Barr\u00e8s M., 1909a, <em>R\u00e9ponse au discours de r\u00e9ception de Jean Richepin<\/em>, 18 f\u00e9vr. Acc\u00e8s\u00a0: www.academie-francaise.fr\/reponse-au-discours-de-reception-de-jean-richepin.<\/p>\n<p>Barr\u00e8s M., 1909b, \u00ab\u00a0Lettre-pr\u00e9face de Maurice Barr\u00e8s\u00a0\u00bb, <em>Les Marches de l\u2019Est<\/em>, 1, pp.\u00a02-3.<\/p>\n<p>Barr\u00e8s M., 1913, <em>La Colline inspir\u00e9e<\/em>, Paris, \u00c9d. Le livre club du libraire.<\/p>\n<p>Barr\u00e8s M., 1919, <em>La Lorraine d\u00e9vast\u00e9e<\/em>, Paris, F.\u00a0Alcan.<\/p>\n<p>Barr\u00e8s M., 1921, \u00ab\u00a0L\u2019Austrasie et sa t\u00e2che \u00e9largie par la victoire\u00a0\u00bb, <em>L\u2019Austrasie.<\/em> <em>Revue du Pays messin et de Lorraine<\/em>, octobre, pp.\u00a01-6.<\/p>\n<p>Barr\u00e8s M., 1926, <em>Le Myst\u00e8re en pleine lumi\u00e8re<\/em>, Paris, Plon.<\/p>\n<p>Barr\u00e8s M., 1968, <em>L\u2019\u0152uvre<\/em>, Paris, \u00c9d. Au Club de l\u2019honn\u00eate homme.<\/p>\n<p>Boulay G., 1921, \u00ab\u00a0La r\u00e9surrection du Th\u00e9\u00e2tre du Peuple de Bussang\u00a0\u00bb, <em>L\u2019Est R\u00e9publicain<\/em>, 12315, 9 ao\u00fbt, p.\u00a01.<\/p>\n<p>Briey M. de, 1922, <em>Les Vosges. Choses et gens de chez nous<\/em>, Paris, Association vosgienne de Paris.<\/p>\n<p><em>Bulletin de Meurthe-et-Moselle<\/em>, 1916, \u00ab\u00a0\u201cLes Monts sacr\u00e9s de la Lorraine, excursions et souvenirs\u201d, par \u00c9mile Badel, Nancy, Imprimerie-Lorraine (Rigot et Cie), 1916\u00a0\u00bb, 72, 8 f\u00e9vr., p.\u00a02.<\/p>\n<p>Chiron Y., 1987, <em>Barr\u00e8s et la terre<\/em>, Paris, \u00c9d. Sang de la Terre.<\/p>\n<p>Cl\u00e9sio P., 1906, \u00ab\u00a0Causerie litt\u00e9raire. \u2013 Th\u00e9\u00e2tres populaires\u00a0\u00bb, <em>Le Mois litt\u00e9raire et pittoresque<\/em>, t. XV, janv.\/juin, pp.\u00a0738-743.<\/p>\n<p><em>Courrier de Metz<\/em> <em>(Le)<\/em>, 1910, \u00ab\u00a0L\u2019\u0153uvre de Bosserville\u00a0\u00bb, 3 d\u00e9c., p.\u00a05.<\/p>\n<p>d\u2019Avril R., 1904, \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9ducation \u00e0 la Lorraine (Les \u201cAmiti\u00e9s fran\u00e7aises\u02ee de Maurice Barr\u00e8s)\u00a0\u00bb, <em>Le Pays Lorrain<\/em>, 1, 10 janv., pp.\u00a021-23.<\/p>\n<p>Dulac L. (Louis G\u00e9hin), 1904, \u00ab\u00a0La Passion de Jeanne d\u2019Arc au Th\u00e9\u00e2tre du Peuple de Bussang\u00a0\u00bb, <em>G\u00e9rardmer-Saison<\/em>, 200, 25 d\u00e9c.<\/p>\n<p>Escholier R., 1928, \u00ab\u00a0Les livres nouveaux. Mes ann\u00e9es chez Barr\u00e8s, Par J\u00e9r\u00f4me et Jean Tharaud\u00a0\u00bb, <em>Le Petit Journal<\/em>, 24001, 2 oct.<\/p>\n<p><em>Est R\u00e9publicain (L\u2019)<\/em>, 1894a, \u00ab\u00a0Cercle du travail\u00a0\u00bb, 1724, 1 mars, p.\u00a02.<\/p>\n<p><em>Est R\u00e9publicain (L\u2019)<\/em>, 1894b, \u00ab\u00a0La f\u00eate de Jeanne d\u2019Arc \u00e0 Nancy\u00a0\u00bb, 1801, 18 mai, p.\u00a01.<\/p>\n<p><em>Est R\u00e9publicain (L\u2019)<\/em>, 1898b, \u00ab\u00a0Chronique r\u00e9gionale. Pont-\u00e0-Mousson\u00a0\u00bb, 3360, 27 sept., p.\u00a03.<\/p>\n<p><em>Est R\u00e9publicain (L\u2019)<\/em>, 1899, \u00ab\u00a0\u00c0 travers la Lorraine. Excursions et souvenirs, Nancy, Cr\u00e9pin-Leblond\u00a0\u00bb, 3460, 9 janv., p.\u00a03.<\/p>\n<p><em>Est R\u00e9publicain (L\u2019)<\/em>, 1907, \u00ab\u00a0\u201cLa noce de not\u2019 Ug\u00e8ne\u02ee, par \u00c9mile Badel, avec adaptations du pays vosgien, par V[ital] Collet, de Charmes\u00a0\u00bb, 7286, 8 avr., p.\u00a03.<\/p>\n<p><em>Est R\u00e9publicain (L\u2019)<\/em>, 1910, \u00ab\u00a0Bibliographie. Jean Meunier, par \u00c9mile Moselly\u00a0\u00bb, 8505, 15\u00a0d\u00e9c., p.\u00a04.<\/p>\n<p><em>Est R\u00e9publicain (L\u2019)<\/em>, 1911a, \u00ab\u00a0Au mus\u00e9e militaire et patriotique de Mars-la-Tour\u00a0\u00bb, 8573, 23 f\u00e9vr., p.\u00a02.<\/p>\n<p><em>Est R\u00e9publicain (L\u2019)<\/em>, 1911b, \u00ab\u00a0\u00c0 propos du Panth\u00e9on lorrain\u00a0\u00bb, 8862, 10 d\u00e9c., p.\u00a02.<\/p>\n<p><em>Est R\u00e9publicain (L\u2019)<\/em>, 1912, \u00ab\u00a0Bibliographie. (Librairie Ollendorff) \u00c9mile Moselly, Fils de gueux\u00a0\u00bb, 9035, 4 juin, p.\u00a05.<\/p>\n<p><em>Est R\u00e9publicain (L\u2019)<\/em>, 1913a, \u00ab\u00a0La promotion des gens de lettres. M. Andr\u00e9 Lichtenberger, officier, MM. \u00c9mile Chenin (Moselly) et Louis Madelin, chevaliers de la L\u00e9gion d\u2019honneur\u00a0\u00bb, 9407, 7 juil., p.\u00a01.<\/p>\n<p><em>Est R\u00e9publicain (L\u2019)<\/em>, 1913b, \u00ab\u00a0Le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique en Lorraine\u00a0\u00bb, 9449, 18 ao\u00fbt, pp.\u00a03-4.<\/p>\n<p><em>Est R\u00e9publicain (L\u2019)<\/em>, 1919, \u00ab\u00a0Couarails de guerre et de paix\u00a0\u00bb, 11729, 24 nov., p.\u00a03.<\/p>\n<p><em>Est R\u00e9publicain (L\u2019)<\/em>, 1924a, \u00ab\u00a0Bibliographie. Un nouveau livre <em>Ma Cousine de Saint-Beno\u00eet\u00a0<\/em>\u00bb, 13265, 26 mars, p.\u00a05.<\/p>\n<p><em>Est R\u00e9publicain (L\u2019)<\/em>, 1924b, \u00ab\u00a0Un bel ouvrage lorrain. Couarails de paix et de guerre, par Fernand Rousselot\u00a0\u00bb, 13487, 6 nov., p.\u00a04.<\/p>\n<p><em>Est R\u00e9publicain (L\u2019)<\/em>, 1926, \u00ab\u00a0L\u2019hommage des \u00e9crivains lorrains \u00e0 Fernand Rousselot. Un d\u00e9jeuner d\u2019artistes et de lettr\u00e9s \u00e0 Vic-sur-Seille\u00a0\u00bb, 14074, 4 juil., p.\u00a02.<\/p>\n<p><em>Est R\u00e9publicain (L\u2019)<\/em>, 1934, \u00ab\u00a0Les \u00e9crivains r\u00e9gionaux. \u201cLe grand Jules\u201d (Roman lorrain), par Henri Gaudel, Impr. Rigot et Cie, Nancy\u00a0\u00bb, 17420, 13 nov., p.\u00a02.<\/p>\n<p>Gaudel H., 1932, \u00ab\u00a0Les haltes choisies. Chez M. Maurice Pottecher, fondateur du Th\u00e9\u00e2tre du Peuple de Bussang\u00a0\u00bb, <em>Le Miroir de l\u2019Est<\/em>, 2, 15 ao\u00fbt, p.\u00a09.<\/p>\n<p>Gaudel H., 1934, <em>Le Grand Jules<\/em>, Nancy, Rigot.<\/p>\n<p>Gobron G., 1923, \u00ab\u00a0La coupable ignorance de la Lorraine\u00a0\u00bb, <em>La Pens\u00e9e fran\u00e7aise<\/em>, 63, 22 nov., p.\u00a013.<\/p>\n<p>Husson P., 1988, \u00ab\u00a0Le Couarail\u00a0: un essai de d\u00e9centralisation litt\u00e9raire\u00a0\u00bb, <em>Le Pays Lorrain<\/em>, 65, 2, pp.\u00a0117-120.<\/p>\n<p>Jeanclaude G., 1960, <em>Maurice Pottecher et le Th\u00e9\u00e2tre du Peuple<\/em>. <em>Un po\u00e8te pr\u00e9curseur<\/em>, Bussang, l\u2019auteure.<\/p>\n<p>Krantz \u00c9., 1904, \u00ab\u00a0Histoires lorraines, Par Ren\u00e9 Perrout\u00a0\u00bb, <em>Le Pays Lorrain<\/em>, 4, 25 f\u00e9vr., p.\u00a051.<\/p>\n<p>Kribs-Dussaussois, D., 1987, <em>Le Th\u00e9\u00e2tre du Peuple de Bussang 1895-1946, <\/em>Th\u00e8se de doctorat en Histoire contemporaine, Universit\u00e9s de Nancy II et de Paris III.<\/p>\n<p>L. F., 1899, \u00ab\u00a0Chronique bibliographique. \u201cLa noce de not\u2019 Ug\u00e8ne\u201d, paysannerie lorraine en un acte, par \u00c9mile Badel\u00a0\u00bb, <em>L\u2019Est R\u00e9publicain<\/em>, 3641, 10 juil., p.\u00a03.<\/p>\n<p><em>Lectures lorraines, publi\u00e9es par la Soci\u00e9t\u00e9 lorraine des \u00e9tudes locales dans l\u2019enseignement public<\/em>\u00a0; pr\u00e9face du Mar\u00e9chal Lyautey, Nancy\/Paris\/Strasbourg, Berger-Levrault.<\/p>\n<p><em>Lorraine-Artiste (La)<\/em>, 1898, \u00ab\u00a0Alfred Bourgeois\u00a0\u00bb, 39, 25 sept., pp.\u00a0318-320.<\/p>\n<p>Malou M., 1914, \u00ab\u00a0Lorrains\u00a0!\u00a0\u00bb, <em>Le Courrier de Neufch\u00e2teau<\/em>, 2874, 18 f\u00e9vr., p.\u00a01.<\/p>\n<p>Marot P., 1973, \u00ab\u00a0Les promenades de Maurice Barr\u00e8s en Bassigny, \u00e0 propos de sa correspondance avec Alcide Marot\u00a0\u00bb, <em>Le Pays Lorrain<\/em>, 1, pp.\u00a0123-144.<\/p>\n<p>Merlin P., 1905, \u00ab\u00a0Artistes lorrains. Andr\u00e9 Theuriet\u00a0\u00bb, <em>Le Pays Lorrain<\/em>, 13, 10 juil., pp.\u00a0233-235.<\/p>\n<p>Moselly \u00c9., 1907a, <em>Terres lorraines<\/em>, Paris, Plon-Nourrit et Cie.<\/p>\n<p>Moselly \u00c9., 1907b, <em>Le Rouet d\u2019Ivoire<\/em>, Paris, Cahiers de la quinzaine.<\/p>\n<p>Moselly \u00c9., 1910, <em>Joson Meunier<\/em>, Paris, P. Ollendorff.<\/p>\n<p>Parisot R., 1919\/1924, <em>Histoire de Lorraine (Duch\u00e9 de Lorraine<\/em>,<em> duch\u00e9 de Bar<\/em>,<em> Trois-\u00c9v\u00each\u00e9s)<\/em>, Paris, A.\u00a0Picard, t.\u00a0I et II, 1919\/1922\u00a0; t.\u00a0III\u00a0: Histoire de Lorraine (Meurthe, Meuse, Moselle, Vosges), 1924.<\/p>\n<p><em>Pays Lorrain<\/em>, 1988, \u00ab\u00a0Hommage \u00e0 Fernand Rousselot\u00a0\u00bb, 65, 1, pp.\u00a057-64<\/p>\n<p>Perrout R., 1907, \u00ab\u00a0<em>Terres lorraines<\/em>, par \u00c9mile Moselly\u00a0\u00bb, <em>Le Pays Lorrain<\/em>, 4, 20 avr., pp.\u00a0145-148.<\/p>\n<p>Pottecher M., 1896, <em>Lettre \u00e0 M. Fernand Brunetu\u00e8re (1896)<\/em>, pp.\u00a014-22, <em>in\u00a0<\/em>: Pottecher M., <em>\u0152uvres th\u00e9\u00e2trales<\/em>. <em>\u00c9dition du centenaire du Th\u00e9\u00e2tre du Peuple (1895-1995)<\/em>, Amiens, Les Provinciales.<\/p>\n<p>Pottecher M., 1898, <em>Th\u00e9\u00e2tre du Peuple. Quatri\u00e8me spectacle. Libert\u00e9<\/em>,<em> drame en 3 parties<\/em>,<em> suivi de Le Lundi de la Pentec\u00f4te<\/em>,<em> Com\u00e9die en un acte<\/em>, Raon-l\u2019\u00c9tape\/Paris, L.\u00a0Geisler.<\/p>\n<p>Pottecher M., 1899, <em>Le Th\u00e9\u00e2tre du Peuple. Renaissance et destin\u00e9e du th\u00e9\u00e2tre populaire<\/em>, 2<sup>e<\/sup>\u00a0\u00e9d., Paris, P.\u00a0Ollendorf.<\/p>\n<p>Pottecher M., 1995, <em>\u0152uvres th\u00e9\u00e2trales<\/em>. <em>\u00c9dition du centenaire du Th\u00e9\u00e2tre du Peuple (1895-1995)<\/em>, Amiens, Les Provinciales.<\/p>\n<p>Ramber P., 1924, <em>Ma Cousine de Saint-Beno\u00eet<\/em>, Mirecourt, P.\u00a0G\u00e9hin.<\/p>\n<p>Rousselot F., 1924, <em>Couarails de paix et de guerre<\/em>, Nancy, C.\u00a0Poncelet<\/p>\n<p>Rousselot F., 1926, <em>Du sel de nos salines<\/em>, Nancy, Rigot.<\/p>\n<p>Rousselot F., 1928, <em>Nos gens<\/em>, Nancy, Impr. de Nancy.<\/p>\n<p>Rousselot F., 1930, <em>\u00c0 l\u2019ombre du mirabellier<\/em>, Nancy, Rigot.<\/p>\n<p>Rousselot F., 1936, \u00ab\u00a0Obs\u00e8ques d\u2019\u00c9mile Badel\u00a0\u00bb, <em>L\u2019Est R\u00e9publicain<\/em>, 18164, 10 d\u00e9c., pp.\u00a04 et 6.<\/p>\n<p>Rousselot F., 1937, \u00ab\u00a0Deux \u00e9crivains naturalistes\u00a0\u00bb, <em>L\u2019Est R\u00e9publicain<\/em>, 18324, 21 mai, p.\u00a02<\/p>\n<p>Second H., 1904, \u00ab\u00a0\u201cJeanne d\u2019Arc\u201d au Th\u00e9\u00e2tre du Peuple de Bussang\u00a0\u00bb, <em>Le Magasin pittoresque<\/em>, s\u00e9rie III, t. V<sup>e<\/sup>, pp.\u00a0425-429.<\/p>\n<p>Tharaud Jean, Tharaud J\u00e9r\u00f4me, 1928, \u00ab\u00a0Mes ann\u00e9es chez Barr\u00e8s. IX. Les vacances en Lorraine\u00a0\u00bb, <em>La Revue hebdomadaire<\/em>, 37, t. 1, janv., pp.\u00a039-57.<\/p>\n<p>Theuriet A., 2000, \u00ab\u00a0L\u2019\u00e2me meusienne\u00a0\u00bb, <em>Le Pays Lorrain<\/em>, 81, juin, pp.\u00a0134-136.<\/p>\n<p>Thibaudet A., 1921, <em>Trente ans de vie fran\u00e7aise. 2\u00a0: La vie de Maurice Barr\u00e8s<\/em>, 2<sup>e<\/sup> \u00e9d., Paris, \u00c9d. de la Nouvelle Revue Fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Thull J.-F., 2007, \u00ab\u00a0La contribution de Prosper Guerrier de Dumast \u00e0 l\u2019\u00e9mergence du lotharingisme \u00e0 Nancy\u00a0\u00bb, <em>Le Pays Lorrain<\/em>, 88, 3, juil.\/sept., pp.\u00a0173-178<\/p>\n<p>Urbain S., 1934, \u00ab\u00a0Notes sur la vie en Lorraine. La Bibliographie lorraine et les \u0153uvres de Fernand Rousselot\u00a0\u00bb, <em>L\u2019Est R\u00e9publicain<\/em>, 17157, 2 f\u00e9vr., p.\u00a03.<\/p>\n<p>Ville-Albert J., 1932, \u00ab\u00a0Les haltes choisies. \u201cLe Sotr\u00e9 de No\u00ebl\u201d. Chez M. Maurice Pottecher, fondateur du Th\u00e9\u00e2tre du Peuple de Bussang\u00a0\u00bb, <em>Le Miroir de l\u2019Est<\/em>, 2, 15\u00a0ao\u00fbt, p.\u00a09.<\/p>\n<p>V\u00f4ge P. de la, 1904, \u00ab\u00a0Le Th\u00e9\u00e2tre du Peuple. La <em>Passion de Jeanne d\u2019Arc<\/em> \u00e0 Bussang\u00a0\u00bb, <em>Les Vosges R\u00e9publicaines<\/em>, 87, 14\u00a0ao\u00fbt, p.\u00a02.<\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\">[1]<\/a> Dans la litt\u00e9rature grise, on rencontre les trois termes, parfois pris l\u2019un pour l\u2019autre, mais qui ne sont pas tout \u00e0 fait synonymes. Alors que la \u00ab\u00a0terre\u00a0\u00bb renvoie plut\u00f4t \u00e0 l\u2019histoire d\u2019une r\u00e9gion, \u00e0 l\u2019objet d\u2019un culte et au sens qui est donn\u00e9 \u00e0 cette histoire, le \u00ab\u00a0sol\u00a0\u00bb est plus g\u00e9n\u00e9ralement utilis\u00e9 quand il est question de l\u2019\u00ab\u00a0enracinement\u00a0\u00bb des individus, de leur milieu\u00a0; quant au \u00ab\u00a0terroir\u00a0\u00bb, il est souvent synonyme de sp\u00e9cificit\u00e9 physique, de caract\u00e8re. Les trois notions participent en tout cas d\u2019une pens\u00e9e d\u00e9terministe.[\/vc_column_text][\/vc_column][\/vc_row]<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[vc_row][vc_column][vc_column_text]Philippe Alexandre Centre d\u2019\u00e9tudes germaniques interculturelles de Lorraine Universit\u00e9 de Lorraine F-54000 philippe.alexandre[at]univ-lorraine.fr Lorraine mythique et lorraine du terroir chez Maurice Barr\u00e8s, les \u00e9crivains r\u00e9gionalistes et Maurice<\/p>\n<p> <a class=\"more-link\" href=\"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/en\/philippe-alexandre\/\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-3795","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/3795","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3795"}],"version-history":[{"count":3,"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/3795\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4558,"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/3795\/revisions\/4558"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3795"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}