{"id":3859,"date":"2017-07-14T12:05:38","date_gmt":"2017-07-14T11:05:38","guid":{"rendered":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/?page_id=3859"},"modified":"2018-03-27T16:25:28","modified_gmt":"2018-03-27T15:25:28","slug":"sylvie-lannegrand","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/es\/sylvie-lannegrand\/","title":{"rendered":"Sylvie Lannegrand"},"content":{"rendered":"<p>[vc_row][vc_column][vc_column_text]<strong>Sylvie Lannegrand<\/strong><br \/>\nNational University of Ireland Galway<br \/>\nsylvie.lannegrand[at]nuigalway.ie<\/p>\n<h1>La Lorraine dans l\u2019espace litt\u00e9raire de Jocelyne Fran\u00e7ois<\/h1>\n<hr \/>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0On me demande souvent comment je peux lire et \u00e9crire loin du Vaucluse. Je r\u00e9ponds alors que je suis lorraine. Que signifie cette r\u00e9ponse moins spontan\u00e9e qu\u2019on peut l\u2019imaginer\u00a0? C\u2019est tout \u00e0 fait r\u00e9el, je suis essentiellement lorraine, et je dois \u00e0 la Lorraine un capital immense de sensations qui constitue mes vraies racines. \u00c9crire et vivre \u00e0 Paris est en ce sens une exp\u00e9rience moins extr\u00eame que celle d\u2019avoir v\u00e9cu vingt-quatre ans dans un village du Vaucluse. Passer de la place Stanislas \u00e0 la place des Vosges ou \u00e0 celle de la Concorde ne demande qu\u2019une l\u00e9g\u00e8re m\u00e9tamorphose.\u00a0\u00bb (Fran\u00e7ois, 1998\u00a0: 51)<\/p><\/blockquote>\n<h2>Jocelyne Fran\u00e7ois<\/h2>\n<p>N\u00e9e \u00e0 Nancy en 1933, Jocelyne Fran\u00e7ois est l\u2019auteure d\u2019une \u0153uvre cons\u00e9quente et multiple comptant des po\u00e8mes, des romans, un journal publi\u00e9 en plusieurs tomes et des \u00e9crits divers (essais, livres d\u2019artiste). La dimension autobiographique sous-tend la majeure partie de ces ouvrages qui font la part belle au r\u00f4le vital de l\u2019activit\u00e9 cr\u00e9atrice (sculpture, peinture, litt\u00e9rature) et \u00e0 l\u2019importance de l\u2019espace et du lieu de vie. Cette derni\u00e8re dimension est cruciale\u00a0: elle constitue la toile de fond de l\u2019\u0153uvre et permet de comprendre les composantes essentielles d\u2019un \u00e9quilibre personnel recherch\u00e9 et patiemment acquis. Cet espace vital, source de cr\u00e9ation, balise un cheminement artistique qui m\u00e8ne du premier roman, <em>Les Bonheurs<\/em> (1970) \u00e0 la parution de <em>Claire Pichaud, 3 vies<\/em> (2013). La Lorraine o\u00f9 l\u2019auteure a pass\u00e9 son enfance et son adolescence tient une place de choix dans les lieux qui nourrissent la sensualit\u00e9 et l\u2019imaginaire\u00a0: <em>Les Bonheurs<\/em> (1970), <em>Joue-nous Espa\u00f1a<\/em> (1980), <em>La Nourriture de Jupiter<\/em> (1998) entre autres ouvrages, y font amplement r\u00e9f\u00e9rence\u00a0; les trois tomes du Journal (<em>Le Cahier vert<\/em><em>. Journal 1961-1989 <\/em>[1990]<em>\u00a0<\/em>; <em>Journal 1990-2000. Une vie d\u2019\u00e9crivain<\/em> [2001a] et <em>Le Solstice d\u2019hiver. Journal 2001-2007 <\/em>[2009]) y font, eux, des allusions ponctuelles. Cette \u00e9tude portera sur la repr\u00e9sentation de l\u2019espace lorrain dans l\u2019\u0153uvre de Jocelyne Fran\u00e7ois pour tenter d\u2019en d\u00e9gager les principales composantes, en particulier les points de jonction et d\u2019interaction entre cet espace pr\u00e9cis (lieu g\u00e9ographique certes, mais aussi mental et sensuel) et l\u2019espace de l\u2019\u00e9criture.<\/p>\n<p>La Lorraine a reconnu l\u2019\u0153uvre de Jocelyne Fran\u00e7ois\u00a0: une biblioth\u00e8que \u00e0 Rosi\u00e8res-aux-Salines (o\u00f9 habitaient ses grands-parents) porte son nom depuis 1997<a href=\"#_edn1\" name=\"_ednref1\"><sup><sup>[1]<\/sup><\/sup><\/a> et le Prix Erckmann-Chatrian lui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cern\u00e9 en 2001 pour <em>Portrait d\u2019homme au cr\u00e9puscule <\/em>(Fran\u00e7ois, 2001b)<a href=\"#_edn2\" name=\"_ednref2\"><sup><sup>[2]<\/sup><\/sup><\/a>. Toutefois, son \u0153uvre demeure aujourd\u2019hui trop peu lu. Son nom demeure le plus souvent associ\u00e9 \u00e0 l\u2019ouvrage qui lui a valu le Prix Femina, <em>Joue-nous Espa\u00f1a <\/em>(Fran\u00e7ois, 1980). Moderne tant par sa forme que par les th\u00e8mes qui y sont abord\u00e9s, toute son \u0153uvre demeure d\u2019une grande actualit\u00e9 et m\u00e9rite d\u2019\u00eatre red\u00e9couverte et \u00e9tudi\u00e9e. Saluons le travail de Michel Caffier (2003\u00a0: 397-403) qui, dans son <em>Dictionnaire des Litt\u00e9ratures de Lorraine<\/em>, donne \u00e0 Jocelyne Fran\u00e7ois la place qu\u2019elle m\u00e9rite et consacre plusieurs pages \u00e0 sa vie et \u00e0 son \u0153uvre.<\/p>\n<p>Une \u00e9tude de l\u2019espace lorrain dans ses rapports avec l\u2019espace de l\u2019\u00e9criture permet d\u2019appr\u00e9cier un axe fondamental\u00a0de cette \u0153uvre\u00a0: l\u2019interaction entre l\u2019appartenance \u00e0 un territoire et le processus de cr\u00e9ation. De nombreux lieux lorrains figurent dans l\u2019\u0153uvre de Jocelyne Fran\u00e7ois\u00a0: Dombasle-sur-Meurthe, Baccarat,\u00a0Marbache, Nancy (la Place Stanislas, la rue du Man\u00e8ge), Buthegn\u00e9mont, Mirecourt, Audun-le-Roman, Mattaincourt, Rosi\u00e8res-aux-Salines\u2026 Il serait impossible d\u2019en faire une \u00e9tude exhaustive. Aussi nous pencherons-nous sur certains d\u2019entre eux, en nous int\u00e9ressant au contexte de leur \u00e9vocation et \u00e0 la signification qui leur est conf\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<h2>Les carr\u00e9s d\u2019une mosa\u00efque<\/h2>\n<p>Lorsqu\u2019elle a \u00e9crit <em>La Nourriture de Jupiter<\/em>, Jocelyne Fran\u00e7ois (1998\u00a0: 55) avait soixante-quatre ans, l\u2019\u00e2ge o\u00f9 on a, dit-elle, \u00ab\u00a0atteint le plateau d\u2019o\u00f9 l\u2019on domine le paysage\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn3\" name=\"_ednref3\"><sup><sup>[3]<\/sup><\/sup><\/a>. Dans l\u2019extrait de ce livre plac\u00e9 en exergue, trois lieux de vie sont \u00e9voqu\u00e9s\u00a0: la Lorraine \u2013 le lieu de naissance, le Vaucluse \u2013 o\u00f9 elle a v\u00e9cu pendant vingt-quatre ans et enfin Paris, o\u00f9 elle habite depuis 1984. Ces lignes disent avec conviction l\u2019importance que rev\u00eat la Lorraine, non seulement dans le parcours de vie mais \u00e9galement dans la constitution de l\u2019identit\u00e9. L\u2019assertion est r\u00e9it\u00e9r\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0je suis lorraine\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0je suis essentiellement lorraine\u00a0\u00bb et explicit\u00e9e par r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ce que le pays de naissance a apport\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0je dois \u00e0 la Lorraine un capital immense de sensations qui constitue mes vraies racines.\u00a0\u00bb Explorons donc ce \u00ab\u00a0capital\u00a0\u00bb dont il est question et d\u00e9terminons son importance pour cerner les points nodaux o\u00f9 se rencontrent l\u2019espace lorrain et l\u2019espace de l\u2019\u00e9criture.<\/p>\n<p>L\u2019\u0153uvre de Jocelyne Fran\u00e7ois est \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 l\u2019appr\u00e9hension et au v\u00e9cu du lieu. Son ouvrage le plus connu, <em>Joue-nous Espa\u00f1a<\/em>, est probablement celui qui pr\u00e9sente le plus d\u2019int\u00e9r\u00eat pour cette \u00e9tude. En effet, dans ce livre consacr\u00e9 aux ann\u00e9es d\u2019enfance et d\u2019adolescence pendant lesquelles se construit la personnalit\u00e9 de la jeune Jocelyne, les lieux lorrains dominent<a href=\"#_edn4\" name=\"_ednref4\"><sup><sup>[4]<\/sup><\/sup><\/a>. Du point de vue de l\u2019\u00e9criture, c\u2019est \u00e9galement le livre qui illustre de la fa\u00e7on la plus magistrale l\u2019interd\u00e9pendance entre le lieu \/ l\u2019espace g\u00e9ographique et l\u2019\u00e9criture \/ l\u2019espace litt\u00e9raire, ainsi que la dynamique (devrait-on dire l\u2019alchimie\u00a0?) qui en est le produit. L\u2019image de la \u00ab\u00a0mosa\u00efque ancienne\u00a0\u00bb, dans les toutes premi\u00e8res pages, est \u00e0 ce titre r\u00e9v\u00e9latrice\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Comme la mer par vagues successives accomplit sa mar\u00e9e, avan\u00e7ant dans le sable, le mouillant, l\u2019effritant et peu \u00e0 peu toute une bande interm\u00e9diaire se trouve recouverte, ma propre histoire, par avanc\u00e9es successives, a gagn\u00e9 ce territoire \u00e9troit, sans nom, o\u00f9 je me trouve r\u00e9duite et oblig\u00e9e \u00e0 \u00e9crire ces choses du pass\u00e9. Il s\u2019agit pourtant d\u2019une histoire sans aucune esp\u00e8ce d\u2019importance mais je n\u2019ai qu\u2019elle. Elle s\u2019ouvre sur des lieux pauvres et jusqu\u2019\u00e0 maintenant quelque chose l\u2019a obscurcie, ne la laissant m\u2019appara\u00eetre en clair qu\u2019\u00e0 de brefs moments o\u00f9 elle ressemble alors \u00e0 une mosa\u00efque ancienne, compos\u00e9e de gris et d\u2019ocre p\u00e2le, us\u00e9e par les pas mais sur laquelle, brusquement, ruissellerait de l\u2019eau. Une mosa\u00efque de Glanum un jour de pluie. Malgr\u00e9 les carr\u00e9s qui manquent in\u00e9vitablement, les dauphins, les oiseaux, les figures redeviennent comme au premier jour et l\u2019ocre, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du gris, c\u2019est la chaleur de la terre et le noir, le blanc des bords sont comme les limites d\u2019un jeu\u00a0: l\u00e0, je trace des traits, ce sont les murs, j\u2019en interromps certains, ce sont les portes, je jette la craie, je saute dans l\u2019enceinte inscrite et je sais, les autres savent que je suis dans ma maison.\u00a0\u00bb (Fran\u00e7ois, 1980\u00a0: 11-12)<\/p><\/blockquote>\n<p>Cette image de la mosa\u00efque dont les d\u00e9tails, raviv\u00e9s par l\u2019eau, recr\u00e9ent en partie le dessin d\u2019origine est\u00a0une m\u00e9taphore de l\u2019\u00e9criture, mais d\u2019une \u00e9criture particuli\u00e8re qui d\u2019une part, s\u2019impose \u00e0 l\u2019auteur car elle provient d\u2019une n\u00e9cessit\u00e9 int\u00e9rieure et, d\u2019autre part, trouve son origine dans les \u00ab\u00a0lieux pauvres\u00a0\u00bb du pass\u00e9. Notons de plus que les termes utilis\u00e9s se rapportent directement ou par association aux quatre \u00e9l\u00e9ments (eau, terre, air, feu), instaurant un rapport \u00e9troit entre la mat\u00e9rialit\u00e9 du lieu et l\u2019activit\u00e9 cr\u00e9atrice, \u00e9galement plac\u00e9es sous le signe de la fragmentation et de l\u2019incompl\u00e9tude. Chez Jocelyne Fran\u00e7ois, l\u2019\u00e9criture capte des pans ou des fragments de r\u00e9alit\u00e9 que r\u00e9v\u00e8lent les sens, toujours en \u00e9veil. D\u2019o\u00f9 le sous-titre \u00ab\u00a0roman de m\u00e9moire\u00a0\u00bb pour qualifier un texte de nature autobiographique\u00a0: les souvenirs du pass\u00e9 retrouv\u00e9s par l\u2019effort de la m\u00e9moire et par le travail d\u2019\u00e9criture, sont semblables aux carr\u00e9s de mosa\u00efque ancienne raviv\u00e9s par la pluie. D\u2019autres passages de l\u2019\u0153uvre reprennent ce motif. Associ\u00e9 ici \u00e0 l\u2019\u00e9criture et aux \u00ab\u00a0choses du pass\u00e9\u00a0\u00bb mais aussi aux lieux, aux \u00e9l\u00e9ments et aux sens, nous le retrouvons \u00e0 la faveur de l\u2019\u00e9vocation du paysage. Dans les passages sur Baccarat, lieu de naissance de la grand-m\u00e8re maternelle, visages et paysages sont autant de \u00ab\u00a0fragments\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0tessons\u00a0\u00bb d\u2019une \u00ab\u00a0poterie \u00e0 reconstituer\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 54). M\u00e9taphores pour l\u2019\u00e9criture autobiographique, ces images r\u00e9v\u00e8lent aussi une mani\u00e8re tr\u00e8s personnelle d\u2019appr\u00e9hender le r\u00e9el, qu\u2019exprime le recours aux sens et aux choses mat\u00e9rielles (poterie en l\u2019occurrence)<a href=\"#_edn5\" name=\"_ednref5\"><sup><sup>[5]<\/sup><\/sup><\/a>.<\/p>\n<h2>Lieux de l\u2019enfance<\/h2>\n<p>Les lieux de l\u2019enfance et de l\u2019adolescence sont l\u00e9gion dans plusieurs ouvrages. Premier carreau de cette mosa\u00efque lorraine (pour reprendre la m\u00e9taphore) retrouv\u00e9 dans <em>Joue-nous Espa\u00f1a<\/em>\u00a0: un lieu qui remonte \u00e0 la petite enfance, associ\u00e9 au souvenir d\u2019une phrase souvent prononc\u00e9e et rest\u00e9e en m\u00e9moire, Marbache. Le passage en question fait imm\u00e9diatement suite aux lignes cit\u00e9es plus haut\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0\u201cO\u00f9 sommes-nous all\u00e9s la p\u00eacher\u00a0?\u201d disent-ils. Oui ils disent cela tr\u00e8s souvent et, un jour, je leur r\u00e9ponds\u00a0: \u00e0 Marbache. Parce que je ne soup\u00e7onne pas le bl\u00e2me cach\u00e9 sous leurs paroles et que j\u2019ai trouv\u00e9 tout \u00e0 fait merveilleuse l\u2019\u00eele au milieu d\u2019un bras de la Moselle, territoire couvert de galets, ombrag\u00e9 de saules, o\u00f9 nous avons pass\u00e9 le dimanche. \u00c0 Marbache, d\u2019accord, \u00e7a me convient. Peut-\u00eatre \u00e0 cause de cela m\u00eame va-t-on y retourner souvent\u00a0? Mais non. Ce lieu devient tout \u00e0 fait abstrait, il perd son ombre, sa fra\u00eecheur, son bruit d\u2019eau et ce qui me reste, c\u2019est ce que l\u2019on veut me faire r\u00e9p\u00e9ter devant ceux qui viennent \u00e0 la maison\u00a0: \u201cO\u00f9 sommes-nous all\u00e9s te p\u00eacher\u00a0?\u00a0 hein, dis-le\u2026\u201d et au d\u00e9but, innocemment, je r\u00e9ponds\u00a0: \u00e0 Marbache. Rires. Puis un jour vient et je ne veux plus le dire. On parle alors de mon mauvais caract\u00e8re. Heureusement, le jardin est assez long, et vers le fond l\u2019humidit\u00e9 entretenue par le mur du Carmel \u00e9paissit la v\u00e9g\u00e9tation. Les groseilliers sont aussi plant\u00e9s de telle fa\u00e7on que je peux avoir l\u2019impression de dispara\u00eetre. [\u2026]\u00a0\u00bb (Fran\u00e7ois, 1980\u00a0: 12-13).<\/p><\/blockquote>\n<p>Ce souvenir traduit la non-ad\u00e9quation au milieu familial v\u00e9cu comme restrictif, univers dont la narratrice souhaite s\u2019affranchir. Si le sujet du roman est ici annonc\u00e9, il convient aussi de noter l\u2019importance conf\u00e9r\u00e9e au paysage, \u00e0 la nature, d\u00e8s le d\u00e9but de l\u2019ouvrage. Le souvenir d\u2019enfance associ\u00e9 \u00e0 un lieu lorrain pr\u00e9cis est rest\u00e9 pr\u00e9gnant car il cristallise \u00e0 lui seul la conscience d\u2019un \u00e9cart, le poids du milieu familial et le d\u00e9sir de fuite. L\u2019accord avec la nature, r\u00e9ponse probable \u00e0 l\u2019enfermement ressenti, est la condition n\u00e9cessaire d\u2019une vie pleinement v\u00e9cue. Le souvenir de Marbache est suivi de nombreux autres, comme autant de carreaux qui reconstituent peu \u00e0 peu l\u2019univers de l\u2019enfance, puis de l\u2019adolescence, fait d\u2019images, de sons et d\u2019odeurs retrouv\u00e9s. Ces passages illustrent la sensibilit\u00e9 de Jocelyne Fran\u00e7ois tout en recr\u00e9ant son parcours \u00e0 travers paysages, portraits et anecdotes\u00a0; ils permettent aussi d\u2019appr\u00e9cier la qualit\u00e9 particuli\u00e8re de la prose po\u00e9tique qu\u2019elle affectionne. Ainsi de l\u2019\u00e9vocation de Rosi\u00e8res-aux-Salines o\u00f9 vivent les grands-parents maternels \u00e0 qui la famille (qui habite le quartier de Buthegn\u00e9mont) rend r\u00e9guli\u00e8rement visite (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 20-23). Les vergers du grand-p\u00e8re occupent une place de choix dans ces souvenirs. Plusieurs ouvrages les mentionnent, \u00e0 la faveur de longues descriptions. Ainsi dans <em>Les Bonheurs<\/em> (Fran\u00e7ois, 1970\u00a0: 51)<em>\u00a0<\/em>:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Oh, tes fruits n\u2019avaient pas la gloire de ceux du Sud. Ils se battaient contre ce ciel jamais \u00e9tabli en jouissance et apprenaient la vigilance en se prot\u00e9geant avec rien, une feuille un peu mieux mise, ou un surcro\u00eet de courage venu du centre du noyau. Quand le milieu de l\u2019\u00e9t\u00e9 se levait doucement, ou l\u2019automne, ils avaient enfin l\u2019air de fruits insouciants mais \u00e0 les bien regarder, la souffrance avait laiss\u00e9 des signes\u00a0: vergetures rugueuses et mates, un peu en relief, vides presque imperceptibles sur la rondeur de la chair. Toi qui savais cela, tu passais outre. C\u2019\u00e9tait pour toi et pour tes fruits, c\u2019\u00e9tait la part des matins o\u00f9 seul, dans la haute ros\u00e9e, tu cherchais des strat\u00e9gies silencieuses pour leur venir en aide.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>De telles \u00e9vocations, fr\u00e9quentes chez Jocelyne Fran\u00e7ois, ne sont pas sans rappeler l\u2019\u0153uvre de Colette par l\u2019accord avec la nature, mais surtout par la sensualit\u00e9 qui s\u2019en d\u00e9gage. Loin d\u2019\u00eatre des pi\u00e8ces rapport\u00e9es, elles font partie int\u00e9grante des textes (romans, essais, po\u00e8mes) et traduisent, fondamentalement, une mani\u00e8re d\u2019\u00eatre au monde. \u00c0 ce titre, un long passage de <em>Joue-nous Espa\u00f1a<\/em> m\u00e9rite d\u2019\u00eatre cit\u00e9. Scand\u00e9 par l\u2019expression \u00ab\u00a0j\u2019ai appris le dehors\u00a0\u00bb, l\u2019auteure y d\u00e9crit ce qui, d\u00e8s l\u2019enfance, a influenc\u00e9 sa mani\u00e8re d\u2019\u00eatre et de penser. Voici un extrait\u00a0de ces pages aux accents lyriques et po\u00e9tiques, charg\u00e9es de sensualit\u00e9, caract\u00e9ristiques de la prose de Jocelyne Fran\u00e7ois (1980\u00a0: 26-27)\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0J\u2019ai appris le dehors par les all\u00e9es et venues, par la ros\u00e9e surprenante sur mes jambes nues, par les fruits qui ricochent sur votre dos quand on secoue les arbres, [\u2026] par les cageots de mirabelles dor\u00e9es ou de quetsches violettes (les mirabelles \u00e9taient dites abricot\u00e9es si elles \u00e9taient ponctu\u00e9es de rouge et les quetsches, il fallait les frotter un peu pour leur \u00f4ter cette fine pellicule qui voile leur couleur), [\u2026]. Je l\u2019ai appris par les ombres des feuilles, par le plantain qu\u2019on \u00e9crase sur les piq\u00fbres d\u2019insectes, par les cerises si chaudes qu\u2019il ne faut pas en manger quand on les cueille [\u2026]. Le dehors, je l\u2019ai appris par les vendanges, par les grappes dissimul\u00e9es, par les rang\u00e9es de vigne qui me paraissaient infinies, par les tandelins d\u00e9bordants que portaient les hommes et ils en criaient le nombre au passage, par les repas froids apport\u00e9s par ma grand-m\u00e8re pour nourrir tout le monde, par le retour dans la douceur du soir sur la charrette lou\u00e9e pour la circonstance ainsi que le cheval. [\u2026]. Chemise relev\u00e9e, les jambes rouge sombre jusqu\u2019\u00e0 ma culotte bateau, je ne sais plus rien d\u2019autre que le contact avec le raisin. Je me dis aujourd\u2019hui que c\u2019est ainsi que j\u2019ai voulu vivre. Comme j\u2019\u00e9crasais le raisin j\u2019aime l\u2019amour, comme j\u2019\u00e9crasais le raisin je sens le dehors<a href=\"#_edn6\" name=\"_ednref6\"><sup><sup>[6]<\/sup><\/sup><\/a>.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Apprendre le dehors. Le m\u00eame verbe est utilis\u00e9 lorsqu\u2019il est question de la d\u00e9couverte de la ville de Nancy par la petite fille\u00a0: \u00ab\u00a0[\u2026] j\u2019apprends la ville, j\u2019apprends \u00e0 l\u2019aimer et, au-del\u00e0 de son aust\u00e9rit\u00e9 lorraine, les autres villes futures, les latines et les nordiques. Cela, je ne le sais pas qu\u2019une ville contient les autres villes, mais plus tard je me souviendrai que je l\u2019ai senti\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 52). Apprendre et sentir le dehors, l\u2019apprendre en le sentant. Le passage en question, dont il n\u2019est cit\u00e9 ici qu\u2019un bref extrait, d\u00e9taille les quartiers de Nancy o\u00f9 s\u2019attarde Jocelyne, encore jeune. La curiosit\u00e9 naturelle de l\u2019enfant alli\u00e9e \u00e0 une soif de d\u00e9couverte sensuelle des lieux, y compris parmi les plus inattendus, pousse la petite fille \u00e0 explorer un territoire toujours plus vaste. Ainsi le cimeti\u00e8re de Pr\u00e9ville\u00a0: \u00ab\u00a0Son myst\u00e8re, son odeur de buis, la vari\u00e9t\u00e9 in\u00e9puisable des inscriptions fun\u00e9raires, les chapelles, les bouquets de cypr\u00e8s me plongent dans des d\u00e9lices dont je ne peux parler \u00e0 personne parce que j\u2019ai le sentiment aigu qu\u2019on ne les comprendrait pas.\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.).<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas question d\u2019art ou de litt\u00e9rature dans les passages pr\u00e9-cit\u00e9s. Toutefois, une m\u00eame sensibilit\u00e9 se retrouve d\u00e8s que sont abord\u00e9es l\u2019activit\u00e9 artistique en g\u00e9n\u00e9ral et la pratique de l\u2019\u00e9criture en particulier, comme en t\u00e9moigne d\u2019ailleurs le passage sur la mosa\u00efque comment\u00e9 plus haut. C\u2019est avant tout d\u2019une sensibilit\u00e9 et d\u2019une sensualit\u00e9 qu\u2019il est question\u00a0: pr\u00e9sente d\u00e8s l\u2019enfance, elle se pr\u00e9cise \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte et se traduit dans tous les domaines de la vie, y compris celui, essentiel, de l\u2019\u00e9criture.<\/p>\n<h2>Une conscience sociale \u00e0 la forge<\/h2>\n<p>Si les lieux lorrains de l\u2019enfance sont avant tout les lieux de l\u2019\u00ab\u00a0apprentissage du dehors\u00a0\u00bb, ce sont aussi les lieux o\u00f9 une conscience sociale se forge. Dans <em>Joue-nous <\/em><em>Espa\u00f1a<\/em>, la narratrice adulte retrouve le regard qu\u2019elle portait, enfant, sur les autres (voisins, amis, famille) et sur le monde qu\u2019ils incarnaient, regard qui d\u00e9celait d\u00e9j\u00e0 l\u2019absence ou la pr\u00e9sence de privil\u00e8ges, l\u2019aisance ou la pauvret\u00e9. Ainsi des grands-parents paternels demeurant \u00e0 Dombasle-sur-Meurthe\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0[\u2026] par un itin\u00e9raire que j\u2019ai oubli\u00e9, on arrive dans un endroit o\u00f9 toutes les rues sont semblables. Toutes les maisons de brique rouge brun aussi. Je me demande comment papa peut s\u2019y retrouver. On appelle cela \u201cles cit\u00e9s\u201d. On habite une cit\u00e9 au lieu d\u2019habiter une maison. C\u2019est dans ces rues que mon p\u00e8re \u00e0 dix ans livrait le pain avec une charrette que tirait un \u00e2ne. Il me dit souvent combien il aurait aim\u00e9 l\u2019\u00e9cole, longtemps, mais sa m\u00e8re manquait d\u2019argent pour tout et son p\u00e8re \u00e9tait seulement gardien de nuit \u00e0 l\u2019usine. Malgr\u00e9 l\u2019argent gagn\u00e9 avec le pain, elle en manquait encore et encore et devait raccommoder des sacs de jute durant la nuit. Toujours pour l\u2019usine Solvay, grande mangeuse de sacs. En 1939 mon p\u00e8re a trente-trois ans. Il est le second d\u2019une famille de treize enfants et sa derni\u00e8re s\u0153ur n\u2019a pas plus de quinze ans.\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 29)<\/p><\/blockquote>\n<p>La ferme-hameau de la Cray\u00e8re joue le m\u00eame r\u00f4le cristallisateur, r\u00e9v\u00e9lant \u00e0 l\u2019enfant les diff\u00e9rences de classe, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la barri\u00e8re sociale cette fois\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Chez mes grands-parents on pronon\u00e7ait le nom de la Cray\u00e8re avec respect et quand j\u2019ai vu la solitude du lieu, vu lentement, au rythme des pas et sans bruit, comme si nous surprenions une vie bien ferm\u00e9e sur elle-m\u00eame, j\u2019ai senti qu\u2019habitaient l\u00e0 des gens d\u2019une autre esp\u00e8ce, j\u2019ai pens\u00e9 que les pi\u00e8ces cach\u00e9es par les murs aust\u00e8res devaient \u00eatre tr\u00e8s belles et que mes grands-parents et nous, nous \u00e9tions des pauvres.\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 81).<\/p><\/blockquote>\n<p>Autre lieu lorrain qui fait partie de la trame narrative et joue un r\u00f4le d\u00e9terminant dans la vie de Jocelyne Fran\u00e7ois\u00a0: le pensionnat de Mattaincourt, \u00ab\u00a0un monde tout autre\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 101), \u00ab\u00a0le lieu o\u00f9 l\u2019on m\u2019appelle par mon nom\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 99). Ce lieu rev\u00eat une double fonction\u00a0: il concr\u00e9tise l\u2019\u00e9loignement souhait\u00e9 d\u2019avec le milieu familial et devient, paradoxalement, espace de libert\u00e9 \u00ab\u00a0hors des regards qui jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent m\u2019ont tenue et surveill\u00e9e\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 115)\u00a0; et il est aussi le lieu de la rencontre avec Marie-Claire, qui restera l\u2019amour de sa vie, non sans avoir rencontr\u00e9 des obstacles, le principal \u00e9tant un mariage sans amour d\u00fb \u00e0 l\u2019intervention d\u2019un directeur spirituel qui t\u00e2cha de la d\u00e9tourner de celle qu\u2019elle aimait. Mattaincourt permet \u00e0 l\u2019adolescente de s\u2019\u00e9panouir par les \u00e9tudes et par la d\u00e9couverte d\u2019un monde autre, bien diff\u00e9rent de celui qu\u2019elle connaissait jusqu\u2019alors. La nature y occupe, toujours, une place de tout premier plan\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0J\u2019ai le sentiment de vivre, ici. L\u2019alternance des saisons, le changement qu\u2019elles apportent en ce lieu qui bouge lentement, irr\u00e9sistiblement, comme m\u00fb par le fond, \u00e9largissent ma perception du dehors. Avant Mattaincourt, je n\u2019avais que les vergers de Rosi\u00e8res-aux-Salines ou notre jardin de Nancy comme rep\u00e8res dans le mouvement solaire, or je ne vivais pas jour apr\u00e8s jour dans les vergers et notre jardin n\u2019est qu\u2019un \u00e9chantillon tr\u00e8s resserr\u00e9, aux confins de la ville, du changement g\u00e9n\u00e9ral. Ici la campagne, \u00e0 perte de vue, balance d\u2019un solstice \u00e0 l\u2019autre et le vent est libre d\u2019aller et de venir.\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 126-127).<\/p><\/blockquote>\n<p>Peu \u00e0 peu, l\u2019horizon s\u2019\u00e9largit. D\u2019autres lieux viennent s\u2019ajouter au d\u00e9cor familier de Nancy et de ses environs. Plus tard, ce seront d\u2019autres paysages et d\u2019autres lieux de vie, en particulier Saumanes-de-Vaucluse, o\u00f9 Jocelyne Fran\u00e7ois et Marie-Claire Pichaud vivront vingt-quatre ans. Mais toujours, l\u2019art et la nature, la vie simple et frugale, restent les \u00e9l\u00e9ments essentiels du quotidien. L\u2019inspiration et l\u2019imaginaire se nourrissent des lieux de vie et des territoires travers\u00e9s, la Lorraine restant le lieu premier, l\u2019influence d\u00e9terminante.<\/p>\n<p>Dans un ouvrage plus tardif, <em>Le Sel <\/em>(Fran\u00e7ois, 1992), r\u00e9dig\u00e9 bien apr\u00e8s la p\u00e9riode lorraine, apr\u00e8s m\u00eame les ann\u00e9es pass\u00e9es dans le Vaucluse, alors qu\u2019elle conna\u00eet l\u2019\u00e9preuve de la maladie et de la souffrance physique<a href=\"#_edn7\" name=\"_ednref7\"><sup><sup>[7]<\/sup><\/sup><\/a>, Jocelyne Fran\u00e7ois parle en ces termes des divers lieux o\u00f9 elle a v\u00e9cu, les premiers ne restant vivants que gr\u00e2ce \u00e0 la m\u00e9moire\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Ce qui a \u00e9t\u00e9 si fortement, si quotidiennement, n\u2019est plus sinon dans l\u2019imaginaire en acte de la m\u00e9moire. Le crible de cet imaginaire constitue l\u2019instrument le plus sensible dont je dispose pour juger de la valeur \u00e0 mes yeux tr\u00e8s in\u00e9gale des lieux de ma vie. Avec le temps apparaissent les pr\u00e9f\u00e9rences d\u00e9cisives, elles tracent <em>une g\u00e9ographie int\u00e9rieure<\/em> que je m\u2019efforce toujours de rendre communicable bien que je doute qu\u2019elle puisse l\u2019\u00eatre totalement et ce que j\u2019\u00e9coute surtout chez autrui, c\u2019est cet effort qui parfois perce sous les paroles pour rendre pr\u00e9sents des moments, des fragments de r\u00e9alit\u00e9 violemment uniques. \u00c0 vrai dire, je n\u2019entends gu\u00e8re que cela, le reste est un bruit de fond.<\/p><\/blockquote>\n<p>Si fortement imprim\u00e9s en nous soient-ils, les lieux, une fois quitt\u00e9s, deviennent l\u00e9gers. Ils cr\u00e9ent une armature transparente mais d\u2019une solidit\u00e9 \u00e0 laquelle on peut sans fin avoir recours. Les lieux aim\u00e9s et peut-\u00eatre aimants, en tout cas aimant\u00e9s, ceux qui forment un couple avec notre histoire. Ils engendrent un espace dans lequel sans aucune limite notre esprit conna\u00eet et reconna\u00eet sa jouissance. Musique sans aucun son. Combien de fois l\u2019ai-je entendue aux heures les plus difficiles, apparemment les plus solitaires, o\u00f9 elle seule a pris acte de ma reconnaissance\u00a0!\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 32-33, c\u2019est nous qui soulignons)<\/p>\n<p>Arr\u00eatons-nous un instant sur l\u2019expression \u00ab\u00a0g\u00e9ographie int\u00e9rieure\u00a0\u00bb, tout particuli\u00e8rement int\u00e9ressante pour notre propos. Ces lignes concernent les lieux du pass\u00e9 qui ne peuvent plus \u00eatre que par la m\u00e9moire, et d\u2019une hi\u00e9rarchie entre ces divers lieux o\u00f9 a v\u00e9cu l\u2019auteure. Certains ont plus d\u2019importance que d\u2019autres, formant un paysage mental avec son relief unique \u00e0 l\u2019individu. Remarquons aussi qu\u2019il est question de \u00ab\u00a0rendre communicable\u00a0\u00bb cette \u00ab\u00a0g\u00e9ographie int\u00e9rieure\u00a0\u00bb, l\u2019auteure pr\u00e9cisant que c\u2019est aussi ce qui l\u2019int\u00e9resse le plus chez autrui, au point de n\u00e9gliger le reste. L\u2019importance des lieux de vie, leur capacit\u00e9 \u00e0 insuffler en nous une force et une r\u00e9sistance, est traduite par une autre expression frappante\u00a0: \u00ab\u00a0armure transparente\u00a0\u00bb, protection certes, mais aussi source de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, de bonheur, de consolation. On ne pourrait rendre plus bel hommage aux lieux d\u2019une vie.<\/p>\n<p>Dans la deuxi\u00e8me partie du roman, une image r\u00e9v\u00e9latrice fait \u00e9cho \u00e0 la mosa\u00efque \u00e9voqu\u00e9e en d\u00e9but d\u2019ouvrage\u00a0: celle de la carri\u00e8re, m\u00e9taphore o\u00f9 espace et temps se rejoignent pour rendre compte de l\u2019exp\u00e9rience de vie qui est aussi exp\u00e9rience cr\u00e9atrice. Le regard r\u00e9trospectif \u00e9value le chemin parcouru, celui du randonneur tout comme celui de l\u2019\u00e9crivain qui se penche sur sa vie pass\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Je ressens mon temps d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9 ici, quatre ans, comme une carri\u00e8re. Je suis dans la position de celui qui marche sur le rebord du plateau et qui se penche et qui voit monter vers lui les couches successives de la falaise. Sous ses pieds, il n\u2019a qu\u2019un peu d\u2019herbe rase\u00a0; vu de dessus le corps de la terre est trompeur et lui demeurerait cach\u00e9 s\u2019il ne regardait pas du c\u00f4t\u00e9 de cette b\u00e9ance utile ou si, cherchant un sentier pour descendre en lacets au niveau le plus bas du creusement, il n\u2019en trouvait pas. Une carri\u00e8re est un lieu \u00e0 regarder longtemps, d\u2019en haut, d\u2019en bas. Ensuite on marche sur le sol avec une m\u00e9moire imaginante. La s\u00e9dimentation des roches, les \u00e9clats, les brisures, l\u2019impression d\u2019un enfoncement qui pourrait sans limites aller au c\u0153ur, traverser jusqu\u2019au ciel d\u2019en dessous, nous situent dans l\u2019\u00e9chelle du temps et nous r\u00e9v\u00e8lent le peu de poids de nos angoisses.\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 127).<\/p><\/blockquote>\n<p>Notons l\u2019expression \u00ab\u00a0m\u00e9moire imaginante\u00a0\u00bb, qui rappelle le sous-titre du livre, \u00ab\u00a0roman de m\u00e9moire\u00a0\u00bb, et fait \u00e9galement \u00e9cho \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019imaginaire en acte de la m\u00e9moire\u00a0\u00bb d\u2019un passage d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9. Cette alliance de termes scelle le lien entre r\u00e9alit\u00e9 pass\u00e9e et imagination, l\u2019une ne pouvant aller sans l\u2019autre, l\u2019une fertilisant l\u2019autre et inversement. Que Jocelyne Fran\u00e7ois ait opt\u00e9 pour l\u2019image on ne peut plus concr\u00e8te de la carri\u00e8re afin de traduire les notions abstraites du temps et de l\u2019espace est tout \u00e0 fait r\u00e9v\u00e9lateur. Le paysage fait partie d\u2019elle-m\u00eame, il nourrit son \u00e9criture et est \u00e0 l\u2019origine de ses plus belles pages.<\/p>\n<h2>Une g\u00e9o-po\u00e9tique de l\u2019\u00e9criture autobiographique<\/h2>\n<p>L\u2019\u0153uvre de Jocelyne Fran\u00e7ois pourrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une g\u00e9o-po\u00e9tique de l\u2019\u00e9criture autobiographique<a href=\"#_edn8\" name=\"_ednref8\"><sup><sup>[8]<\/sup><\/sup><\/a>, expression apte \u00e0 traduire l\u2019influence pr\u00e9pond\u00e9rante des lieux sur son \u00e9criture et leur place importante dans les textes. L\u2019\u00e9criture en tant qu\u2019acte de cr\u00e9ation est ancr\u00e9e dans le lieu de vie, elle s\u2019inspire de l\u2019espace g\u00e9ographique (la Lorraine, puis le Vaucluse et enfin Paris) et s\u2019en nourrit, jusqu\u2019\u00e0 devenir indissociable de la mani\u00e8re d\u2019appr\u00e9hender le monde. Il s\u2019agit bien, en effet, du substrat de l\u2019\u00e9criture personnelle chez Jocelyne Fran\u00e7ois, et non d\u2019une composante (parmi d\u2019autres) de son \u0153uvre autobiographique, comme en attestent la r\u00e9currence de certains lieux, l\u2019importance que leur conf\u00e8re l\u2019auteure dans son \u0153uvre comme dans les entretiens qu\u2019elle a accord\u00e9s, et le choix des images et des m\u00e9taphores qui scandent sa prose (et dont deux exemples pertinents ont \u00e9t\u00e9 cit\u00e9s plus haut). Ces divers points consacrent la convergence du territoire et de l\u2019\u00e9criture dans une \u0153uvre \u00e9minemment personnelle, mais rarement consid\u00e9r\u00e9e, \u00e0 tort, sous cet angle.<\/p>\n<p>Dans la pr\u00e9face \u00e0 un \u00ab\u00a0dossier Jocelyne Fran\u00e7ois\u00a0\u00bb, Marcelin Pleynet (2003) aborde la question complexe de l\u2019inspiration litt\u00e9raire\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Mais c\u2019est lorsqu\u2019elle s\u2019interroge au plus pr\u00e8s du mouvement qui conduit son sentiment le plus intime et sa prosodie, qu\u2019elle d\u00e9voile la richesse proprement infinie de ce qui d\u00e9termine son inspiration romanesque\u00a0: \u201cQuant \u00e0 la prose, dont je ne peux pas m\u00eame me s\u00e9parer dans les po\u00e8mes, cela vient sans doute de plus loin. De sensations d\u2019enfance probablement lorsque je me trouvais immerg\u00e9e dans des vergers ou des vignes qui m\u2019apparaissaient comme sans limites\u2026\u201d\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Toute sa vie, comme chacun de ses textes en t\u00e9moigne, Jocelyne Fran\u00e7ois a \u00e9t\u00e9 sensible aux \u00e9l\u00e9ments, \u00e0 la nature, aux lieux o\u00f9 elle a v\u00e9cu. Profond\u00e9ment attach\u00e9e \u00e0 la Lorraine, elle a aussi beaucoup aim\u00e9 le Vaucluse, puis est all\u00e9e vivre \u00e0 Paris. Le passage cit\u00e9 en tout d\u00e9but d\u2019article, tir\u00e9 du recueil de textes <em>La Nourriture de Jupiter<\/em>, dit toutefois son attachement profond \u00e0 ses \u00ab\u00a0vraies racines\u00a0\u00bb. Dans les pages qu\u2019il lui consacre, Michel Caffier (2003\u00a0: 403) remarque\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019\u0153uvre de Jocelyne Fran\u00e7ois am\u00e8nera un jour des travaux cons\u00e9quents. Ils ne manqueront pas de souligner, apr\u00e8s les immenses qualit\u00e9s d\u2019\u00e9criture, l\u2019honn\u00eatet\u00e9 intellectuelle de la femme et de la citoyenne, la rare fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la Lorraine, c\u00e9l\u00e9br\u00e9e pudiquement comme le reste et charnellement.\u00a0\u00bb Citons, pour terminer cette pr\u00e9sentation, un extrait de l\u2019ouvrage avec lequel nous avons commenc\u00e9\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Quand je mourrai, et que je changerai de monde, j\u2019arriverai en bo\u00eetant. Non pas parce que d\u00e9sormais je marche mal (la chirurgie m\u2019a ab\u00eem\u00e9e\u00a0; en me sauvant\u00a0?), mais surtout parce que, ayant \u00e9t\u00e9 divis\u00e9e si longtemps, je garde plusieurs appartenances qui m\u2019ont attach\u00e9e \u00e0 diff\u00e9rents lieux de la vie parfois apparemment contraires. J\u2019aime la vie en elle-m\u00eame partout o\u00f9 elle se manifeste, la rechercher rend le pas in\u00e9gal.\u00a0\u00bb (Fran\u00e7ois, 1998\u00a0: 115)<\/p><\/blockquote>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p>Caffier M., 2003, <em>Dictionnaire des Litt\u00e9ratures de Lorraine<\/em>, vol.\u00a01, Metz, \u00c9d. Serpenoise.<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois J., 1970, <em>Les Bonheurs<\/em>, Paris, Mercure de France, 1980.<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois J., 1980, <em>Joue-nous Espa\u00f1a<\/em>. <em>Roman de m\u00e9moire<\/em>, Paris, Mercure de France.<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois J., 1990, <em>Le Cahier vert. Journal 1961-1989<\/em>, Paris, Mercure de France.<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois J., 1992, <em>Le Sel<\/em>, Paris, Mercure de France.<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois J., 1998, <em>La Nourriture de Jupiter<\/em>, Paris, Mercure de France.<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois J., 2001a, <em>Journal 1990-2000. Une vie <\/em>d\u2019\u00e9crivain, Paris, Mercure de France.<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois J., 2001b, <em>Portrait d\u2019homme au cr\u00e9puscule<\/em>, Paris, Mercure de France.<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois J., 2009, <em>Le Solstice d\u2019hiver. Journal 2001-2007<\/em>, Paris, Mercure de France.<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois J., 2013, <em>Claire Pichaud\u00a0: 3 vies<\/em>, Paris, \u00c9d. du Regard.<\/p>\n<p>Pleynet M., 2003, \u00ab\u00a0Comme on aimerait un monde dans l\u2019ordre essentiel et intouch\u00e9 de septembre\u00a0\u00bb, <em>Les Moments litt\u00e9raires. La revue de l\u2019\u00e9crit intime<\/em>, 9, Dossier Jocelyne Fran\u00e7ois.<\/p>\n<p>Viennot \u00c9, 2012, <em>\u00c9tat des lieux<\/em>, Donnemarie-Dontilly, \u00c9d. iXe.<\/p>\n<p>Viollet C., 2012, \u00ab\u00a0Eliane Viennot\u00a0: \u00c9tat des lieux\u00a0\u00bb, <em>Association pour l\u2019autobiographie et le patrimoine autobiographique<\/em>, 25 juin. Acc\u00e8s\u00a0: <a href=\"http:\/\/autobiographie.sitapa.org\/nous-avons-lu-nous-avons-vu\/article\/eliane-viennot-etat-des-lieux\">http:\/\/autobiographie.sitapa.org\/nous-avons-lu-nous-avons-vu\/article\/eliane-viennot-etat-des-lieux<\/a>.<\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\">[1]<\/a> Le deuxi\u00e8me tome du journal rapporte le \u00ab\u00a0bapt\u00eame\u00a0\u00bb de la biblioth\u00e8que et la visite du quartier o\u00f9 v\u00e9curent ses grands-parents (Fran\u00e7ois, 2001a\u00a0: 167-168).<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref2\" name=\"_edn2\">[2]<\/a> Pour une \u00e9vocation de ce Prix, et les souvenirs qu\u2019il \u00e9veille, voir Fran\u00e7ois (2009\u00a0: 20).<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref3\" name=\"_edn3\">[3]<\/a> \u00ab\u00a0[\u2026] aujourd\u2019hui, j\u2019ai soixante-quatre ans et, en vivant, j\u2019ai atteint le plateau d\u2019o\u00f9 l\u2019on domine le paysage. Chaque \u00e9v\u00e9nement du pass\u00e9 a pris son relief d\u00e9finitif. On peut regarder, comparer, comprendre, mais aucunement changer un iota \u00e0 ce qu\u2019on a v\u00e9cu. Cela engr\u00e8ne une sorte de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 un peu songeuse parfois et cependant tonique [\u2026]\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref4\" name=\"_edn4\">[4]<\/a> L\u2019ouvrage, d\u00e9fini sur la couverture de l\u2019\u00e9dition Mercure de France comme un \u00ab\u00a0roman de m\u00e9moire\u00a0\u00bb, se rapporte \u00e0 des faits biographiques de la vie de Jocelyne Fran\u00e7ois, de ses parents et grands-parents, et de celle qui deviendra sa compagne, Marie-Claire. Les noms et pr\u00e9noms n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 chang\u00e9s.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref5\" name=\"_edn5\">[5]<\/a> Parmi les arts que Jocelyne Fran\u00e7ois aime particuli\u00e8rement, la poterie tient une place particuli\u00e8re. Son amie Marie-Claire Pichaud l\u2019a pratiqu\u00e9e pendant plusieurs ann\u00e9es avant de se consacrer \u00e0 la peinture (voir \u00e0 ce sujet le tr\u00e8s bel ouvrage <em>Claire Pichaud <\/em>[Fran\u00e7ois, 2013], aux nombreuses reproductions, qui \u00e9claire par ailleurs le parcours de Jocelyne Fran\u00e7ois elle-m\u00eame). Dans son journal, elle en parle ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0le monde de la c\u00e9ramique, du gr\u00e8s, de certaines porcelaines, bref d\u2019\u0153uvres que l\u2019on peut tenir entre ses mains et qui peuvent contenir des solides ou des liquides depuis la nuit des temps, me procure des joies continues. Je ne m\u2019habitue pas \u00e0 regarder ces objets qui sont tout, sauf des objets justement, pour moi.\u00a0\u00bb (Fran\u00e7ois, 2009\u00a0: 89).<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref6\" name=\"_edn6\">[6]<\/a> Notons l\u2019appel de note apr\u00e8s le mot \u00ab\u00a0tandelins\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Mot lorrain. Hotte de bois dans laquelle les vendangeurs vident \u00e0 mesure les paniers pleins.\u00a0\u00bb (p.\u00a026) De m\u00eame, quelques pages auparavant, le mot \u00ab\u00a0bonge\u00a0\u00bb b\u00e9n\u00e9ficiait aussi d\u2019une note explicative\u00a0: \u00ab\u00a0Mot lorrain. Corbeille ronde et assez profonde, \u00e0 deux anses.\u00a0\u00bb (p.\u00a023) comme le verbe \u00ab\u00a0mettre \u00e0 parer\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0En Lorraine mettre \u00e0 parer signifie \u00e9tendre des fruits sur des claies pour qu\u2019ils ach\u00e8vent d\u2019y m\u00fbrir.\u00a0\u00bb (p.\u00a020)<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref7\" name=\"_edn7\">[7]<\/a> Une op\u00e9ration de la colonne vert\u00e9brale fin 1986 laissa Jocelyne Fran\u00e7ois parapl\u00e9gique. Il lui fallut plusieurs ann\u00e9es pour pouvoir marcher de nouveau et retrouver la force d\u2019\u00e9crire.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref8\" name=\"_edn8\">[8]<\/a> Catherine Viollet (2012) utilise cette expression pour d\u00e9finir l\u2019ouvrage d\u2019\u00c9liane Viennot, <em>\u00c9tat des lieux<\/em> (2012), qui compose de courts textes de nature autobiographique, chacun correspondant \u00e0 un souvenir pr\u00e9cis et \u00e0 un lieu, lui-m\u00eame associ\u00e9 \u00e0 une lettre de l\u2019alphabet.[\/vc_column_text][\/vc_column][\/vc_row]<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[vc_row][vc_column][vc_column_text]Sylvie Lannegrand National University of Ireland Galway sylvie.lannegrand[at]nuigalway.ie La Lorraine dans l\u2019espace litt\u00e9raire de Jocelyne Fran\u00e7ois \u00ab\u00a0On me demande souvent comment je peux lire et \u00e9crire loin<\/p>\n<p> <a class=\"more-link\" href=\"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/es\/sylvie-lannegrand\/\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-3859","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/es\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/3859","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/es\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/es\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/es\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/es\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3859"}],"version-history":[{"count":4,"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/es\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/3859\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4562,"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/es\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/3859\/revisions\/4562"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/es\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3859"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}