{"id":3869,"date":"2017-07-17T08:01:24","date_gmt":"2017-07-17T07:01:24","guid":{"rendered":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/?page_id=3869"},"modified":"2018-03-27T16:26:17","modified_gmt":"2018-03-27T15:26:17","slug":"adeline-clerc-florimond","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/es\/adeline-clerc-florimond\/","title":{"rendered":"Adeline Clerc-Florimond"},"content":{"rendered":"<p>[vc_row][vc_column][vc_column_text]<strong>Adeline Clerc-Florimond<\/strong><br \/>\nCentre de recherche sur les m\u00e9diations<br \/>\nUniversit\u00e9 de Lorraine<br \/>\nF-57000<br \/>\nadeline.florimond-clerc[at]univ-lorraine.fr<\/p>\n<h1>Les promenades litt\u00e9raires et historiques. Entre discours amateurs et logiques professionnelles<\/h1>\n<hr \/>\n<p>Dispositifs de m\u00e9diation en augmentation, les balades, promenades ou encore itin\u00e9raires litt\u00e9raires ont pour objectif de faire d\u00e9couvrir des auteurs \u00e0 travers les lieux o\u00f9 ils ont habit\u00e9 ou encore \u00e0 travers les lieux qu\u2019empruntent les personnages de leurs fictions. En France, ces parcours sont tr\u00e8s nombreux et les routes d\u2019\u00e9crivains<a href=\"#_edn1\" name=\"_ednref1\"><sup><sup>[1]<\/sup><\/sup><\/a> commencent \u00e0 rivaliser avec celles du vin. \u00c0 l\u2019initiative d\u2019associations culturelles, adoss\u00e9es \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements litt\u00e9raires ou encore pris en charge par les offices de tourisme, les balades litt\u00e9raires prouvent que la vie litt\u00e9raire peut \u00eatre un excellent moyen pour promouvoir un territoire<a href=\"#_edn2\" name=\"_ednref2\"><sup><sup>[2]<\/sup><\/sup><\/a>. Ainsi existe-t-il de nombreux guides touristiques les recensant<a href=\"#_edn3\" name=\"_ednref3\"><sup><sup>[3]<\/sup><\/sup><\/a>. \u00c0 ce titre, la collection \u00ab\u00a0Sur les pas des \u00e9crivains\u00a0\u00bb aux \u00e9ditions Alexandrines propose \u00ab\u00a0de d\u00e9couvrir des lieux par la litt\u00e9rature et la litt\u00e9rature par les lieux en suivant le parcours biographique et litt\u00e9raire d\u2019un auteur\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn4\" name=\"_ednref4\"><sup><sup>[4]<\/sup><\/sup><\/a>. Par exemple, le guide <em>Balade dans le Var<\/em> (Sagaert, 2010) invite les touristes et les habitants \u00e0 re(d\u00e9couvrir) Saint-Tropez en suivant les pas de Colette ou encore le Lavandou en sillonnant les lieux qui ont marqu\u00e9 la vie d\u2019Andr\u00e9 Gide. \u00c0 l\u2019\u00e9tranger, les balades litt\u00e9raires sont \u00e9galement en croissance<a href=\"#_edn5\" name=\"_ednref5\"><sup><sup>[5]<\/sup><\/sup><\/a>. Par exemple, devant le succ\u00e8s inattendu de la trilogie <em>Mill\u00e9nium<\/em> de Stieg Larsson (2005), le mus\u00e9e d\u2019histoire de la ville de Stockholm organise une visite de la capitale sur les pas de Mikael Blomkvist et de Lisbeth Salander, les deux h\u00e9ros du livre (\u00ab\u00a0Millenium Tour\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>Seulement, en r\u00e9gion Lorraine, cette activit\u00e9 de m\u00e9diation litt\u00e9raire est encore marginale. Certes des promenades litt\u00e9raires existent, mais sont souvent adoss\u00e9es \u00e0 un autre \u00e9v\u00e9nement (\u00e0 l\u2019occasion d\u2019un salon du livre par exemple), mais ne sont jamais des actions p\u00e9rennes. Il semblerait, selon nos recherches, qu\u2019une seule balade litt\u00e9raire durable existe en r\u00e9gion Lorraine. Il s\u2019agit des promenades litt\u00e9raires et historiques qui ont lieu chaque \u00e9t\u00e9 dans la ville de Toul (d\u00e9partement de Meurthe-et-Moselle) et qui sont le fruit de b\u00e9n\u00e9voles passionn\u00e9s par la litt\u00e9rature et l\u2019histoire. \u00c0 l\u2019initiative de cette action, un homme, Andr\u00e9 R.<a href=\"#_edn6\" name=\"_ednref6\">[6]<\/a> pr\u00e9sident de l\u2019association culturelle locale \u00ab\u00a0Le Claveau\u00a0\u00bb. Cette association a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e dans un but\u00a0: l\u2019animation d\u2019un lieu historique \u00e0 Toul, l\u2019H\u00f4tel de Pimodan, ancien h\u00f4pital des bourgeois aujourd\u2019hui propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e d\u2019Andr\u00e9 R. L\u2019ancien h\u00f4tel est devenu un lieu d\u2019activit\u00e9s culturelles en tout genre\u00a0: repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale, bourse aux livres, conf\u00e9rences, etc. C\u2019est dans ce cadre associatif qu\u2019a \u00e9t\u00e9 organis\u00e9e la premi\u00e8re promenade litt\u00e9raire et historique de Toul il y a maintenant une dizaine d\u2019ann\u00e9es<a href=\"#_edn7\" name=\"_ednref7\">[7]<\/a>. Celle-ci se d\u00e9roule deux fois par an, en p\u00e9riode estivale. Quatre passionn\u00e9s d\u2019histoire et de litt\u00e9rature l\u2019organisent. Dans cette petite \u00e9quipe, chacun tient un r\u00f4le particulier\u00a0: Andr\u00e9 R. orchestre l\u2019\u00e9v\u00e9nement, propose le th\u00e8me annuel de la balade, Philippe M. s\u2019occupe de la partie historique, Josette C. de la partie litt\u00e9raire et Jean-Pierre Z. des interm\u00e8des cont\u00e9s qui ponctuent la promenade (mise en voix des textes litt\u00e9raires).<\/p>\n<p>Chaque ann\u00e9e, le th\u00e8me de la balade change, allant d\u2019\u00c9mile Moselly (prix Goncourt en 1907 qui s\u00e9journa dans le canton toulois) aux bourgeois des XVI et XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cles en passant par la sorcellerie \u00e0 Toul ou encore les lieux de prostitution dans la cit\u00e9. Une mani\u00e8re de (re)d\u00e9couvrir la ville de Toul \u00e0 partir de son histoire, des auteurs qui y ont v\u00e9cu ou s\u00e9journ\u00e9 ainsi que de son architecture. \u00c0 l\u2019origine de chaque promenade, il y a un livre de r\u00e9f\u00e9rence qui fait office de fil conducteur, les faits historiques et les extraits de textes litt\u00e9raires viennent ensuite s\u2019y greffer.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir pos\u00e9 ces quelques \u00e9l\u00e9ments contextuels, nous souhaitons axer nos propos sur le constat suivant\u00a0: le maintien et la r\u00e9ussite d\u2019une telle activit\u00e9 culturelle port\u00e9e \u00e0 bout de bras par une \u00e9quipe de passionn\u00e9s dans une ville de 16\u00a0000\u00a0habitants dont la configuration socio-d\u00e9mographique ne semble pourtant pas propice \u00e0 ce type d\u2019\u00e9v\u00e9nements. Pour cela, nous nous int\u00e9resserons dans un premier temps \u00e0 la ville de Toul \u00e0 travers ses variables socio-d\u00e9mographiques. Dans un second, nous axerons nos propos sur le regard critique que portent les quatre organisateurs sur leurs propres pratiques et notamment sur les raisons qui, selon eux, font le succ\u00e8s de ces promenades litt\u00e9raires. C\u2019est donc bien le discours des acteurs, n\u00e9cessitant un travail d\u2019introspection pas toujours facile \u00e0 effectuer, qui nous int\u00e9resse. De ce travail d\u00e9coule une donn\u00e9e constante que l\u2019on retrouve tout au long de l\u2019\u00e9tude, celle de la revendication d\u2019une d\u00e9marche que l\u2019on qualifiera d\u2019\u00ab\u00a0amateur\u00a0\u00bb. En effet, nous le verrons, d\u2019apr\u00e8s les organisateurs, le succ\u00e8s des promenades litt\u00e9raires (pr\u00e8s de 80\u00a0visiteurs pr\u00e9sents \u00e0 chaque \u00e9dition) repose essentiellement sur le c\u00f4t\u00e9 \u00ab\u00a0amateur\u00a0\u00bb de cette animation qu\u2019ils revendiquent avec force. Ce dispositif de m\u00e9diation litt\u00e9raire est le fruit de passionn\u00e9s qui aiment \u00e0 rappeler qu\u2019ils sont avant tout des \u00ab\u00a0b\u00e9n\u00e9voles\u00a0\u00bb J. Godron). Or, nous verrons que la fronti\u00e8re entre le statut de l\u2019amateur et celui du professionnel est parfois tr\u00e8s poreuse. Les nombreux travaux men\u00e9s sur des univers non professionnels montrent que \u00ab\u00a0ces identit\u00e9s secondes [\u2026] constituent pour les individus des ressources tr\u00e8s importantes\u00a0\u00bb (Weber, Lamy, 1999). Sur ce point, l\u2019origine de notre r\u00e9flexion est \u00e0 chercher dans le num\u00e9ro sp\u00e9cial de la revue <em>R\u00e9seaux<\/em> (2009) intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Passionn\u00e9s, fans et amateurs\u00a0\u00bb qui propose de rendre compte de la diversit\u00e9 des formes d\u2019engagement passionn\u00e9 dans le domaine culturel.<\/p>\n<p>Des entretiens semi-directifs men\u00e9s aupr\u00e8s des acteurs de l\u2019\u00e9v\u00e9nement (pendant l\u2019\u00e9t\u00e9 2016) et plusieurs phases d\u2019observations r\u00e9alis\u00e9es en amont de l\u2019activit\u00e9 (phase de pr\u00e9paration de la promenade), pendant l\u2019activit\u00e9 et apr\u00e8s celle-ci permettront de nourrir notre argumentation. Avant de traiter le c\u0153ur de notre sujet, quelques \u00e9l\u00e9ments contextuels concernant la ville de Toul sont n\u00e9cessaires pour la suite de l\u2019argumentation.<\/p>\n<h2>\u00ab\u00a0Toul les boules\u00a0\u00bb\u00a0?<\/h2>\n<p>Toul est une ville fortifi\u00e9e de plus de 16\u00a0000\u00a0habitants situ\u00e9e \u00e0 environ 20\u00a0kilom\u00e8tres de Nancy. Le taux de ch\u00f4mage global des Toulois est assez \u00e9lev\u00e9 par rapport \u00e0 la moyenne nationale. Le dernier chiffre de l\u2019INSEE est de 17,3\u00a0%<a href=\"#_edn8\" name=\"_ednref8\">[8]<\/a>. Le ch\u00f4mage touche essentiellement les plus jeunes (\u00e2g\u00e9s de 15 \u00e0 29\u00a0ans). C\u2019est d\u2019ailleurs cette tranche d\u2019\u00e2ge qui est la plus repr\u00e9sent\u00e9e dans la ville avec un taux de 21,7\u00a0% comme mentionn\u00e9 dans le tableau ci-dessous\u00a0:<\/p>\n<p><strong>Tableau\u00a01.<\/strong> Chiffres cl\u00e9s de la ville de TOUL. INSEE. Exploitations principales. 2013. Source\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.insee.fr\/fr\/statistiques\/1405599?geo=COM-54528\">https:\/\/www.insee.fr\/fr\/statistiques\/1405599?geo=COM-54528<\/a>, consult\u00e9 le 28\/01\/17<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-3872 size-full\" src=\"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/Clerc1-1.png\" alt=\"Clerc1\" width=\"724\" height=\"385\" srcset=\"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/Clerc1-1.png 724w, http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/Clerc1-1-300x160.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 724px) 100vw, 724px\" \/>La lutte contre la pr\u00e9carisation (le taux de pauvret\u00e9 en 2013 est de 20,3\u00a0%) est le cheval de bataille de la municipalit\u00e9 depuis de nombreuses ann\u00e9es. Comme le pr\u00e9cise le Contrat de ville 2014-2020, les principaux axes de travail portent sur l\u2019aide au logement (diversification de l\u2019offre de logements, r\u00e9habilitation de logements insalubres), le d\u00e9veloppement de l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique et de l\u2019emploi (lutter contre la fermeture des commerces de proximit\u00e9 et la concurrence des zones commerciales, soutenir l\u2019insertion socio-professionnelle des habitants), la lutte contre les risques de d\u00e9linquance (vols, cambriolages et trafics de drogue r\u00e9guli\u00e8rement d\u00e9nonc\u00e9s). Ce portrait dress\u00e9, on peut comprendre les raisons pour lesquelles la ville de Toul souffre d\u2019une mauvaise presse et d\u2019un fort d\u00e9ficit d\u2019image. Tr\u00e8s souvent d\u00e9cri\u00e9e, elle est dans l\u2019esprit de beaucoup assortie d\u2019une expression de mauvais go\u00fbt qui se passe de commentaires\u00a0: \u00ab\u00a0Toul les boules\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn9\" name=\"_ednref9\">[9]<\/a>.<\/p>\n<p>La culture, bien qu\u2019essentielle, n\u2019est donc pas l\u2019axe de d\u00e9veloppement prioritaire pour cette commune. Pourtant, en termes de patrimoine et d\u2019offre culturels, Toul n\u2019est pas en reste. Citons la pr\u00e9sence d\u2019une salle de cin\u00e9ma, d\u2019un centre culturel (Centre Vauban), d\u2019une m\u00e9diath\u00e8que, d\u2019une salle de spectacle (l\u2019Arsenal) et d\u2019un mus\u00e9e d\u2019art et d\u2019histoire labellis\u00e9 Mus\u00e9e de France. Mais c\u2019est surtout pour sa cath\u00e9drale de style gothique class\u00e9e monument historique que la ville de Toul est connue. En termes de programmation culturelle, nous pouvons citer le festival Bach de Toul (musique classique). Le monde associatif culturel est quant \u00e0 lui assez riche avec plusieurs associations bien connues des Toulois (le cercle d\u2019\u00e9tudes locales du toulois<a href=\"#_edn10\" name=\"_ednref10\">[10]<\/a>, Phil\u2019arts<a href=\"#_edn11\" name=\"_ednref11\">[11]<\/a>, le groupe photo Malraux, les jeunes amis du mus\u00e9e de Toul, etc.). Ancienne cit\u00e9 m\u00e9di\u00e9vale aujourd\u2019hui encore encercl\u00e9e par des remparts, Toul est per\u00e7ue comme une ville d\u2019histoire \u00ab\u00a0b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019un statut particulier\u00a0\u00bb d\u2019apr\u00e8s Josette C. En effet, selon elle \u2013 et les autres membres de l\u2019\u00e9quipe \u00e0 l\u2019initiative des promenades litt\u00e9raires la rejoignent sur ce point \u2013, les Toulois seraient particuli\u00e8rement \u00ab\u00a0friands de l\u2019histoire de leur ville\u00a0\u00bb engendrant un \u00ab\u00a0attachement particulier\u00a0\u00bb au territoire. Cela justifierait donc l\u2019engouement pour un type d\u2019activit\u00e9s culturelles mettant en valeur la ville \u00e0 travers son patrimoine historique et litt\u00e9raire. Pour \u00e9tayer ses propos, Josette C. compare l\u2019offre culturelle nanc\u00e9ienne \u2013 plus dense \u2013 \u00e0 celle de Toul\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 Nancy, on offre tout. \u00c0 Toul, on ne donne pas tout, alors d\u00e8s qu\u2019il y a quelque chose, on y va. Il y a une d\u00e9marche\u00a0\u00bb. Ainsi, une offre culturelle plus r\u00e9duite aurait pour cons\u00e9quence une large fr\u00e9quentation et une curiosit\u00e9 plus accrue de la part des habitants. \u00c0 croire que la population touloise irait \u00e0 l\u2019encontre de tous les r\u00e9sultats issus des enqu\u00eates men\u00e9es en sociologie de la culture. Pourtant, dans les faits \u2013 et comme partout ailleurs \u2013 le poids des d\u00e9terminants sociaux est bien pr\u00e9sent. Les principaux acteurs des promenades le constatent, non sans une pointe de regret<a href=\"#_edn12\" name=\"_ednref12\">[12]<\/a>. Josette C. remarque par exemple, que les publics pr\u00e9sents aux promenades litt\u00e9raires et historiques sont en fait, pour beaucoup, des \u00ab\u00a0t\u00eates connues\u00a0\u00bb que l\u2019on retrouve dans d\u2019autres associations culturelles touloises (cit\u00e9es ci-dessus). Ainsi, le public des promenades est essentiellement un public local \u2013 d\u2019abord toulois \u2013 ayant d\u00e9j\u00e0 d\u00e9velopp\u00e9 une certaine app\u00e9tence pour la culture au sens large. Le bouche-\u00e0-oreille \u00e9tant le meilleur moyen de communication entre ces associations, il va de soi que les publics sont toujours \u00ab\u00a0un peu les m\u00eames\u00a0\u00bb. La question des publics qui a \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e \u00e0 chacun des quatre organisateurs des promenades litt\u00e9raires est ici int\u00e9ressante parce qu\u2019elle cristallise un certain nombre de questions plus g\u00e9n\u00e9rales sur la posture que les acteurs de l\u2019\u00e9v\u00e9nement veulent adopter. Ici, par exemple, on observe un va-et-vient constant entre une r\u00e9alit\u00e9 fantasm\u00e9e (Toul, l\u2019exception) et un sursaut d\u2019objectivit\u00e9 (\u00ab\u00a0soyons honn\u00eates, ce sont toujours les m\u00eames. Il y a un noyau culturel \u00e0 Toul bien connu qui tourne autour de l\u2019histoire, du patrimoine, de la litt\u00e9rature, des Beaux-arts, etc.\u00a0\u00bb confirme Philippe M.). Dans ce cas, c\u2019est aussi la question de la \u00ab\u00a0bonne\u00a0\u00bb distance que doit trouver le chercheur vis-\u00e0-vis de son objet de recherche qui est interrog\u00e9e (Le Guern, 2009). En effet, il s\u2019agit de discuter et de mettre constamment en perspective le discours r\u00e9flexif des personnes interrog\u00e9es.<\/p>\n<p>Ce qui pouvait appara\u00eetre, de prime abord comme un paradoxe heureux ou une particularit\u00e9 propre \u00e0 la ville de Toul (une ville marqu\u00e9e par la pr\u00e9carit\u00e9 avec des habitants qui ont d\u2019autres pr\u00e9occupations que la culture <em>versus<\/em> un engouement massif pour des promenades litt\u00e9raires et historiques et qui plus est, les seules de la r\u00e9gion Lorraine) n\u2019en est finalement pas un. En tout \u00e9tat de cause, le c\u0153ur de cible des publics est en fait un m\u00eame noyau qui se d\u00e9place d\u2019une activit\u00e9 culturelle \u00e0 l\u2019autre. Cela n\u2019enl\u00e8ve rien \u00e0 la pertinence et au succ\u00e8s de cette activit\u00e9, mais cela modifie le regard qu\u2019on peut lui porter et cela donne une orientation particuli\u00e8re aux id\u00e9es que nous allons d\u00e9velopper.<\/p>\n<h2>Revendiquer le statut amateur<\/h2>\n<p>Apr\u00e8s avoir fourni quelques \u00e9l\u00e9ments explicatifs concernant la ville de Toul, ses habitants et ses publics culturels, concentrons-nous sur les propos tenus par les organisateurs des promenades litt\u00e9raires et historiques. Ces derniers, pourtant interrog\u00e9s s\u00e9par\u00e9ment, tiennent tous un discours identique quand il s\u2019agit d\u2019\u00e9voquer les raisons du succ\u00e8s et de long\u00e9vit\u00e9 de leur action. Outre le pr\u00e9suppos\u00e9 (d\u00e9menti plus haut) d\u2019une ville \u00e0 la population particuli\u00e8re, c\u2019est le c\u00f4t\u00e9 amateur de l\u2019activit\u00e9 qui serait gage de r\u00e9ussite.<\/p>\n<p>L\u2019objectif est donc de r\u00e9fl\u00e9chir, de l\u2019int\u00e9rieur, sur les pratiques de \u00ab\u00a0passionn\u00e9s\u00a0\u00bb qui revendiquent ce statut secondaire, sans jamais parler d\u2019amateurisme \u2013 terme d\u00e9pr\u00e9ciatif, supposant l\u2019absence de comp\u00e9tences. En effet, malgr\u00e9 la revendication d\u2019une passion partag\u00e9e, lib\u00e9r\u00e9e du monde professionnel et des contraintes qui lui sont associ\u00e9es, la qualit\u00e9 et le s\u00e9rieux des promenades litt\u00e9raires n\u2019en sont pas moins un imp\u00e9ratif. Nous le verrons, tout au long des entretiens, la fronti\u00e8re entre un statut amateur revendiqu\u00e9 et des logiques professionnelles non per\u00e7ues comme telles, pass\u00e9es sous silence, voire ni\u00e9es est parfois extr\u00eamement mince.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019image des recherches men\u00e9es par Christian Bromberger (1998) sur les passions ordinaires, celles d\u2019Antoine Hennion (1993\u00a0; Hennion, Maisonneuve, Gomart, 2000) sur la passion musicale ou encore celles, plus larges, d\u2019Olivier Donnat (1996) qui interroge les activit\u00e9s artistiques des Fran\u00e7ais, c\u2019est donc bien le discours r\u00e9flexif de passionn\u00e9s qui guide notre r\u00e9flexion.<\/p>\n<p>Les principaux int\u00e9ress\u00e9s se pr\u00e9sentent tous comme \u00e9tant des \u00ab\u00a0passionn\u00e9s\u00a0\u00bb (Philippe M.), passionn\u00e9s d\u2019histoire et\/ou de litt\u00e9rature. Comme Olivier Donnat (2009) l\u2019a d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9, l\u2019influence sociale joue souvent un r\u00f4le important dans l\u2019ancrage des passions culturelles. Il suffit de regarder la profession des quatre membres de l\u2019\u00e9quipe d\u2019animation pour comprendre que les promenades litt\u00e9raires sont des activit\u00e9s qui r\u00e9sonnent parfaitement avec leur carri\u00e8re professionnelle et leurs go\u00fbts culturels. Josette C. qui est en charge de partie \u00ab\u00a0litt\u00e9raire\u00a0\u00bb des promenades litt\u00e9raires, a \u00e9t\u00e9 professeure de fran\u00e7ais dans le secondaire et a fait du th\u00e9\u00e2tre dans sa jeunesse. Elle \u00e9crit pour son plaisir<a href=\"#_edn13\" name=\"_ednref13\">[13]<\/a>, a d\u00e9j\u00e0 publi\u00e9 plusieurs livres, lit beaucoup, en priorit\u00e9 des essais et des romans classiques fran\u00e7ais. Elle \u00e9coute <em>France Culture<\/em> tous les jours, est abonn\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre de la Manufacture \u00e0 Nancy et se rend plusieurs fois par an \u00e0 l\u2019op\u00e9ra. Elle d\u00e9clare avoir la t\u00e9l\u00e9vision chez elle mais ne l\u2019allumer que tr\u00e8s rarement. Philippe M. qui s\u2019occupe de la partie \u00ab\u00a0historique\u00a0\u00bb des promenades est charg\u00e9 d\u2019enseignement en histoire \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lorraine. Il lit beaucoup, fr\u00e9quente largement les mus\u00e9es, \u00e9coute des \u00e9missions culturelles radiophoniques, n\u2019a pas de t\u00e9l\u00e9vision chez lui et est investi dans un certain nombre d\u2019associations culturelles locales comme le CELT dont il occupe la pr\u00e9sidence depuis 2015. Jean-Pierre Z. a exerc\u00e9 pendant tr\u00e8s longtemps le m\u00e9tier d\u2019instituteur. Maintenant \u00e0 la retraite, il partage son temps libre entre sa passion pour la musique (joueur d\u2019orgue de barbarie), la composition (il compose ses propres musiques et chante) et la peinture. Il a pendant tr\u00e8s longtemps jou\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre ce qui lui vaut le r\u00f4le de \u00ab\u00a0conteur\u00a0\u00bb lors des promenades litt\u00e9raires. Quant \u00e0 Andr\u00e9 R., m\u00e9decin \u00e0 la retraite et initiateur des promenades, c\u2019est un grand collectionneur de livres anciens, passionn\u00e9 de cin\u00e9ma qui fr\u00e9quente de mani\u00e8re assidue les mus\u00e9es mais aussi les th\u00e9\u00e2tres. Chez lui, il n\u2019y a pas de poste de t\u00e9l\u00e9vision. Ainsi, les carri\u00e8res professionnelles et les trajectoires de go\u00fbts expliquent donc l\u2019app\u00e9tence de ces quatre personnes pour une activit\u00e9 associant les \u00ab\u00a0passions ordinaires\u00a0\u00bb de chacun (litt\u00e9rature classique, histoire, patrimoine et partage de ce savoir au plus grand nombre).<\/p>\n<p>Ces d\u00e9terminants sociologiques pos\u00e9s, nous verrons, dans un premier temps, quels sont les indices \u2013 puis\u00e9s dans le discours des acteurs \u2013 qui t\u00e9moignent d\u2019un statut qualifi\u00e9 d\u2019amateur et dans un second, nous verrons comment, <em>a contrario<\/em>, des r\u00e9flexes que l\u2019on pourrait qualifier de \u00ab\u00a0professionnels\u00a0\u00bb se dessinent, mais sont sans cesse minimis\u00e9s, voire repouss\u00e9s par les principaux int\u00e9ress\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00c0 aucun moment, la pr\u00e9paration de ces promenades litt\u00e9raires n\u2019est et ne doit \u00eatre associ\u00e9e de pr\u00e8s ou de loin \u00e0 une contrainte, quelle qu\u2019elle soit. Si cela venait \u00e0 le devenir, les organisateurs pensent tous \u00e0 l\u2019unisson que l\u2019activit\u00e9 se mourrait. Car en effet, ce qui revient syst\u00e9matiquement dans les discours, ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment tous les avantages que l\u2019on peut retirer d\u2019une passion et non d\u2019une profession, \u00e0 savoir l\u2019absence de contraintes, l\u2019absence de hi\u00e9rarchie, l\u2019absence d\u2019imp\u00e9ratif de r\u00e9sultats, l\u2019absence de stress<a href=\"#_edn14\" name=\"_ednref14\">[14]<\/a>, etc. En bref, c\u2019est une certaine libert\u00e9 et d\u00e9sinvolture qui sont recherch\u00e9es. Un rapport d\u00e9complex\u00e9 \u00e0 l\u2019activit\u00e9 qui justifie, selon les organisateurs, le choix du terme \u00ab\u00a0promenade\u00a0\u00bb plut\u00f4t que celui de \u00ab\u00a0visite\u00a0\u00bb qu\u2019ils r\u00e9servent aux professionnels, comme les guides de l\u2019office de tourisme par exemple. \u00ab\u00a0Le terme est choisi \u00e0 dessein. On avait peur de proposer quelque chose qui aurait pu \u00eatre per\u00e7u et pens\u00e9 comme un peu \u00e9litiste. On voulait marquer la singularit\u00e9 du concept et ne pas effrayer le public. Promenade, \u00e7a faisait un petit peu balade. On ne veut pas que ce soit pompeux, formel et mondain\u00a0\u00bb d\u00e9clare Philippe M.<\/p>\n<p>Selon eux, le fait que leur activit\u00e9 ne soit pas prise en charge par une institution et demeure gratuite, les autorisent \u00e0 \u00eatre \u00ab\u00a0moins exhaustifs\u00a0\u00bb dans leurs propos et \u00e0 prendre le risque d\u2019\u00ab\u00a0improviser\u00a0\u00bb (Josette C.). Ainsi opposent-ils souvent le statut du professionnel (figure incarn\u00e9 du savoir expert, r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 pour cela et dont les connaissances se monnaient<a href=\"#_edn15\" name=\"_ednref15\">[15]<\/a>) \u00e0 celui de l\u2019amateur qui s\u2019adonne \u00e0 sa passion, en fait profiter les gens gratuitement et qui, pour ces raisons, a droit \u00e0 l\u2019erreur. Josette C. le formule ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas de titre ici\u00a0\u00bb. Raison pour laquelle, avant chaque promenade, Andr\u00e9 R. veille toujours \u00e0 introduire les organisateurs par leur pr\u00e9nom, sans jamais pr\u00e9ciser leur fonction. Dans un autre cadre, cette mention aurait donn\u00e9 cr\u00e9dit \u00e0 la prestation mais ici elle n\u2019est pas une information n\u00e9cessaire, pire elle pourrait desservir l\u2019image souhait\u00e9e de l\u2019activit\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019absence apparente de cadrage \u2013 propre au monde de l\u2019amateur \u2013 est \u00e9galement \u00e0 chercher lors du montage de l\u2019activit\u00e9. Pour pr\u00e9parer les promenades litt\u00e9raires et historiques \u2013 qui d\u00e9passent r\u00e9guli\u00e8rement les 2h30 \u2013 seules deux \u00e0 trois r\u00e9unions collectives sont pr\u00e9vues, une au mois de juin et une au mois de juillet. Alors que le th\u00e8me de la promenade est g\u00e9n\u00e9ralement propos\u00e9 par Andr\u00e9 R. d\u00e9but janvier, les premiers contacts formels n\u2019arrivent que six mois apr\u00e8s. Pendant ce laps de temps, chacun des quatre membres de l\u2019\u00e9quipe s\u2019approprie le sujet et entame ses propres recherches documentaires de mani\u00e8re assez al\u00e9atoire, sans r\u00e9elle \u00ab\u00a0concertation\u00a0\u00bb. Josette C. explique par exemple qu\u2019elle glane une partie de ses id\u00e9es \u00e0 l\u2019occasion d\u2019\u00e9missions radiophoniques. Ce rapport qui semble tr\u00e8s d\u00e9tendu et distanci\u00e9 par rapport \u00e0 l\u2019activit\u00e9 propos\u00e9e donne l\u2019impression que tout se fait un peu par hasard, de fa\u00e7on \u00ab\u00a0bricol\u00e9e\u00a0\u00bb et surtout sans aucune \u00ab\u00a0strat\u00e9gie\u00a0\u00bb pour reprendre le lexique de Michel de Certeau (1980). Autre exemple, la seule raison invoqu\u00e9e justifiant le choix du calendrier des promenades serait une plus grande disponibilit\u00e9 des membres de l\u2019\u00e9quipe \u00e0 cette p\u00e9riode de l\u2019ann\u00e9e. \u00c0 aucun moment n\u2019est envisag\u00e9e la question de la disponibilit\u00e9 des publics. Le choix du th\u00e8me de la promenade est pr\u00e9sent\u00e9 lui aussi comme \u00e9tant le fruit d\u2019un heureux hasard (au gr\u00e9 des lectures d\u2019Andr\u00e9 R). Or, en creusant, on apprend que le th\u00e8me choisi est puis\u00e9 dans un livre souvent peu connu et tr\u00e8s rare appartenant \u00e0 sa collection priv\u00e9e<a href=\"#_edn16\" name=\"_ednref16\">[16]<\/a>. De m\u00eame, une fois le th\u00e8me communiqu\u00e9, on apprend au cours des entretiens qu\u2019il occupe en permanence une place dans leur esprit. Au cours de leurs lectures personnelles, au gr\u00e9 de leurs p\u00e9r\u00e9grinations dans les rues de Toul, chaque moment est propice au recueil de donn\u00e9es. En outre, la qualit\u00e9 des informations et des commentaires communiqu\u00e9s au cours des promenades est digne d\u2019un travail de professionnels. Par exemple, Philippe M. d\u00e9pouille r\u00e9guli\u00e8rement les archives d\u00e9partementales pour nourrir ses propos. Il s\u2019agit de \u00ab\u00a0la m\u00eame exigence que pour un article scientifique en somme. On se fait plaisir, mais \u00e7a prend du temps<a href=\"#_edn17\" name=\"_ednref17\">[17]<\/a>. M\u00eame si on fait des visites qui se veulent accessibles, on a \u00e0 c\u0153ur que les informations qu\u2019on d\u00e9livre soient les plus exactes, pr\u00e9cises, s\u00e9rieuses possibles. C\u2019est relativement tacite, mais l\u00e0-dessus on est tous d\u2019accord\u00a0\u00bb (Philippe M.). La richesse et la pertinence des textes et des commentaires historiques ne passent pas inaper\u00e7ues aux yeux du public. Il n\u2019est d\u2019ailleurs pas rare que des \u00e9tudiants, notamment en histoire, assistent \u00e0 ces promenades et prennent contact avec les organisateurs pour obtenir des informations suppl\u00e9mentaires afin de compl\u00e9ter un article scientifique par exemple. Outre l\u2019exactitude et la richesse des donn\u00e9es, c\u2019est aussi l\u2019exclusivit\u00e9 des<a href=\"#_edn18\" name=\"_ednref18\">[18]<\/a> informations communiqu\u00e9es lors de ces promenades qui est soulign\u00e9e. Puisque le livre qui est \u00e0 l\u2019origine de la th\u00e9matique est souvent un livre rare, certains \u00e9l\u00e9ments cit\u00e9s sont pour beaucoup de v\u00e9ritables d\u00e9couvertes. Ainsi, ce qui oppose la figure de l\u2019amateur \u00e0 celle du professionnel ce n\u2019est pas tant la question de la comp\u00e9tence ou du s\u00e9rieux avec lequel on accomplit une action, mais le statut, la posture que l\u2019on souhaite se donner et donner \u00e0 voir.<\/p>\n<h2>Communication et discr\u00e9tion<\/h2>\n<p>Un autre espace o\u00f9 se mat\u00e9rialise la posture de l\u2019amateur face \u00e0 celle du professionnel est celui de la communication de l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Il semblerait que pour pr\u00e9server cette posture la communication doit \u00eatre limit\u00e9e. Comme si le simple fait de communiquer sur ces promenades litt\u00e9raires revenait \u00e0 prendre le risque d\u2019\u00eatre jug\u00e9s en tant que professionnels. Autrement dit, communiquer sur l\u2019\u00e9v\u00e9nement les engagerait, de fait, sur la voie de la professionnalisation, voie qu\u2019ils se refusent d\u2019emprunter. De fortes r\u00e9ticences ont ainsi \u00e9t\u00e9 per\u00e7ues \u00e0 ce sujet. Quand on demande aux organisateurs quels sont les moyens mis en place pour faire conna\u00eetre leur promenade litt\u00e9raire et historique, la premi\u00e8re r\u00e9action est tout d\u2019abord la surprise\u00a0: \u00ab\u00a0Pourquoi communiquer\u00a0?\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0je n\u2019en parle pas, m\u00eame autour de moi\u00a0\u00bb (Josette C.). Dans les faits, il est vrai que le chemin num\u00e9rique permettant de trouver l\u2019existence de ces promenades est extr\u00eamement complexe. Le blog de l\u2019association \u00ab\u00a0Le Claveau\u00a0\u00bb n\u2019est pas bien r\u00e9f\u00e9renc\u00e9, les informations n\u2019y sont pas mises \u00e0 jour. Aucun autre site, y compris celui de la ville de Toul, ne renvoie \u00e0 cette activit\u00e9 et les articles dans la presse locale sont noy\u00e9s dans la rubrique \u00ab\u00a0activit\u00e9s\u00a0\u00bb. Une activit\u00e9 <em>a priori<\/em> plac\u00e9e sous le sceau de la discr\u00e9tion, avec un public nombreux, en partie familier et fid\u00e8le, autant de conditions favorables \u00e0 une prise de parole rassurante pour les organisateurs. Pourtant, chaque ann\u00e9e Andr\u00e9 R. a le r\u00e9flexe \u00ab\u00a0professionnel\u00a0\u00bb d\u2019entamer des d\u00e9marches de relations presses aupr\u00e8s des journalistes locaux. Philippe M., de son c\u00f4t\u00e9, tente de faire passer l\u2019information sur une petite radio locale. Une affiche est r\u00e9alis\u00e9e pour l\u2019occasion, mais tr\u00e8s peu diffus\u00e9e. Toutefois, tous se rejoignent pour dire que c\u2019est le bouche-\u00e0-oreille qui fonctionne le mieux. \u00c0 chaque fois, il s\u2019agit de trouver le bon dosage permettant de respecter le statut amateur d\u2019une activit\u00e9 culturelle \u2013 qui se dit sans pr\u00e9tention aucune \u2013 tout en affichant un certain professionnalisme, gage de s\u00e9rieux.<\/p>\n<p>Toujours pour pr\u00e9server ce statut \u00ab\u00a0amateur\u00a0\u00bb, nous pouvons mentionner l\u2019absence de formes de restitution de ces promenades litt\u00e9raires<a href=\"#_edn19\" name=\"_ednref19\">[19]<\/a>. En effet, alors qu\u2019Andr\u00e9 R. demande un compte-rendu \u00e9crit r\u00e9alis\u00e9 par Josette C. et Philippe M. de chaque promenade litt\u00e9raire, le blog qui est cens\u00e9 le rendre visible n\u2019est pas mis \u00e0 jour. Les extraits de textes, les r\u00e9f\u00e9rences historiques, mais aussi les parcours de ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es sont, semble-t-il \u00ab\u00a0quelque part dans les archives personnelles\u00a0\u00bb du pr\u00e9sident de l\u2019association. \u00ab\u00a0Quelques d\u00e9coupes de presse\u00a0\u00bb (Andr\u00e9 R.) sont sans doute conserv\u00e9es au fond d\u2019un tiroir, mais non exploit\u00e9es. Ainsi la trace de ces promenades litt\u00e9raires et historiques uniques en r\u00e9gion Lorraine est \u00e0 chercher dans la m\u00e9moire des acteurs et des publics, raison pour laquelle personne n\u2019a pu donner l\u2019ann\u00e9e exacte de lancement de l\u2019activit\u00e9. De m\u00eame, Josette C. qui, chaque ann\u00e9e, remplit un classeur complet de textes litt\u00e9raires, de d\u00e9coupes d\u2019articles, de citations, de r\u00e9f\u00e9rences bibliographiques, confie le jeter syst\u00e9matiquement \u00e0 la poubelle. Philippe M. qui reconna\u00eet lors d\u2019un entretien que les recherches r\u00e9alis\u00e9es pour les promenades pourraient tout \u00e0 fait servir ses int\u00e9r\u00eats propres, dans un cadre professionnel (pour ses enseignements \u00e0 l\u2019Universit\u00e9, pour la r\u00e9daction d\u2019articles dans des revues scientifiques ou locales, pour donner du grain \u00e0 moudre \u00e0 ses conf\u00e9rences donn\u00e9es au CELT) d\u00e9clare ne jamais les r\u00e9utiliser. Ces gestes, qui symbolisent l\u2019absence de besoin de conservation d\u2019une telle mati\u00e8re intellectuelle, entrent encore une fois en parfaite coh\u00e9rence avec la volont\u00e9 affich\u00e9e de ne pas formaliser l\u2019activit\u00e9.<\/p>\n<h2>L\u2019impertinence de l\u2019\u00e9valuation<\/h2>\n<p>Apr\u00e8s la programmation et la communication de l\u2019activit\u00e9 culturelle, une autre \u00e9tape cristallise la dialectique amateur\/professionnel. Il s\u2019agit de l\u2019\u00e9valuation de l\u2019action, per\u00e7ue comme un attribut du monde professionnel. Celle-ci porte sur trois points, premi\u00e8rement la connaissance du dispositif \u00ab\u00a0promenade litt\u00e9raire\u00a0\u00bb, deuxi\u00e8mement celle des publics et enfin l\u2019auto\u00e9valuation.<\/p>\n<p>Tout d\u2019abord, trois membres de l\u2019\u00e9quipe<a href=\"#_edn20\" name=\"_ednref20\">[20]<\/a> ont d\u00e9clar\u00e9 s\u2019\u00eatre lanc\u00e9s dans le projet sans savoir auparavant ce que recouvrait le dispositif \u00ab\u00a0promenade litt\u00e9raire\u00a0\u00bb. Plus, ils n\u2019ont jamais fait la d\u00e9marche de se renseigner sur la forme que cela pouvait recouvrir dans d\u2019autres villes ou r\u00e9gions. Sans aller jusqu\u2019\u00e0 parler de <em>benchmarking<\/em> ou d\u2019univers concurrentiel \u2013 lexique professionnel rejet\u00e9 \u2013, le simple fait de regarder ailleurs est un non pens\u00e9. Ils ont d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement \u00e9tonn\u00e9s d\u2019apprendre qu\u2019ils \u00e9taient les seuls \u00e0 proposer de fa\u00e7on p\u00e9renne ce type d\u2019activit\u00e9 en r\u00e9gion Lorraine.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, lorsque la question des publics leur est pos\u00e9e, les quatre membres de l\u2019\u00e9quipe organisatrice ont une r\u00e9action unanime, encore une fois en parfaite coh\u00e9rence avec l\u2019image qu\u2019ils souhaitent v\u00e9hiculer de leur activit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0On n\u2019a pas besoin de conna\u00eetre\u00a0nos publics\u00a0\u00bb. Aucun outil \u00e9valuatif n\u2019est mis en place. Ils savent \u00ab\u00a0\u00e0 peu pr\u00e8s\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0\u00e0 la louche\u00a0\u00bb qu\u2019il y a entre 50\u00a0et 80\u00a0personnes \u00e0 chaque promenade. Le comptage n\u2019est pas syst\u00e9matique et les donn\u00e9es chiffr\u00e9es rel\u00e8vent du ressenti personnel. Pourtant, alors qu\u2019ils donnent l\u2019illusion de porter un regard tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9 sur ce type de questions, on apprend rapidement qu\u2019ils connaissent malgr\u00e9 tout parfaitement leur public et sont en mesure d\u2019en dresser un portrait tr\u00e8s pr\u00e9cis<a href=\"#_edn21\" name=\"_ednref21\">[21]<\/a>. Nous l\u2019avons dit, la plupart des personnes sont des habitu\u00e9es d\u2019autres associations culturelles touloises qui connaissent d\u00e9j\u00e0 les organisateurs. \u00ab\u00a0Ce sont des fid\u00e8les qu\u2019on retrouve au cercle d\u2019\u00e9tudes, dans Phil\u2019arts ou encore au club de bridge\u00a0\u00bb constate Josette C. qui r\u00e9ussit \u00e0 qualifier son auditoire avec finesse\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est un public avec une grande qualit\u00e9 d\u2019\u00e9coute, s\u00e9rieux, attentif, participatif, demandeur d\u2019informations et attach\u00e9 \u00e0 la ville de Toul\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Enfin, la question de l\u2019auto\u00e9valuation conduit au m\u00eame constat d\u2019ambigu\u00eft\u00e9 relev\u00e9 dans les discours. Les acteurs d\u00e9clarent ne jamais faire r\u00e9ellement de <em>debriefing<\/em> \u00e0 la suite des promenades, ni pr\u00eater grande attention aux retomb\u00e9es m\u00e9diatiques. D\u2019ailleurs, quand un article para\u00eet, ils ne s\u2019autorisent aucun commentaire et constatent simplement que \u00ab\u00a0le journaliste a fait son travail\u00a0\u00bb (Andr\u00e9 R.). Paradoxalement, lorsqu\u2019ils sont invit\u00e9s \u00e0 parler de leur action, de leur \u00ab\u00a0prestation\u00a0\u00bb (Josette C.), ils sont assez critiques et tiennent un discours r\u00e9flexif parfois tr\u00e8s pouss\u00e9, indice qu\u2019ils int\u00e9riorisent des m\u00e9canismes l\u00e0 aussi relevant du monde professionnel<a href=\"#_edn22\" name=\"_ednref22\">[22]<\/a>. Toutefois la capacit\u00e9 de remise en question et de prise de recul est en fait, pour eux, un moyen suppl\u00e9mentaire de souligner leur appartenance \u00e0 l\u2019univers amateur. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019il y a beaucoup d\u2019am\u00e9liorations \u00e0 apporter au dispositif que celui-ci ne rel\u00e8ve pas du domaine professionnel. M\u00eame si les critiques ne sont pas formalis\u00e9es sous la forme d\u2019un <em>debriefing<\/em> ou d\u2019un compte rendu, chacun se pose des questions quant \u00e0 l\u2019avenir des promenades litt\u00e9raires (\u00e9puisement des th\u00e9matiques, r\u00e9duction de la dur\u00e9e du parcours, renouvellement des itin\u00e9raires, notamment extra-muros<a href=\"#_edn23\" name=\"_ednref23\">[23]<\/a>, capacit\u00e9 d\u2019accueil, etc.) et se fixe une ligne de conduite \u00e0 suivre imp\u00e9rativement (trouver des textes et des r\u00e9f\u00e9rences historiques toujours en lien avec la ville de Toul, ne \u00ab\u00a0jamais tricher\u00a0\u00bb sur les r\u00e9f\u00e9rences, ne pas proposer de \u00ab\u00a0th\u00e8mes artifices ou tir\u00e9s par les cheveux\u00a0\u00bb, conserver un niveau d\u2019exigence \u00e9lev\u00e9, etc).<\/p>\n<h2>Sur la voie du professionnalisme\u00a0: la m\u00e9diation<\/h2>\n<p>L\u2019espace o\u00f9 se mat\u00e9rialise avec le plus de force les logiques professionnelles est pr\u00e9cis\u00e9ment dans la fa\u00e7on dont les organisateurs pensent leur relation avec le public. Ce qui importe dans cette partie, ce n\u2019est pas tant l\u2019objet de la promenade que la relation qui se cr\u00e9e (Caune, 2006)<a href=\"#_edn24\" name=\"_ednref24\">[24]<\/a> \u00e0 travers elle. Pour le prouver, plusieurs \u00e9l\u00e9ments seront mis en exergue\u00a0: le statut des m\u00e9diateurs, la temporalit\u00e9 (le rythme de l\u2019activit\u00e9), la circulation dans la ville et l\u2019\u00e9change avec le public.<\/p>\n<p>Tout d\u2019abord, rappelons que les r\u00f4les sont parfaitement bien r\u00e9partis entre les quatre membres en fonction des comp\u00e9tences et app\u00e9tences de chacun. Andr\u00e9 R., en tant que \u00ab\u00a0chef d\u2019orchestre\u00a0\u00bb (Jean-Pierre Z.) supervise et joue l\u2019agent de contr\u00f4le de l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Toujours un \u0153il sur sa montre, il veille au rythme de la balade, fait signe d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer si besoin et s\u00e9curise le d\u00e9placement dans les rues de la ville. Jean-Pierre Z. qui a fait beaucoup de th\u00e9\u00e2tre, et a la \u00ab\u00a0voix qui porte\u00a0\u00bb assure la partie cont\u00e9e qui, entre chaque explication historique et litt\u00e9raire permet, selon ses propos, de \u00ab\u00a0ralentir le rythme\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0souffler un peu\u00a0\u00bb. Josette C. et Philippe M. s\u2019occupent de la partie \u00ab\u00a0intellectuelle\u00a0\u00bb (Jean-Pierre Z.) de la promenade et avouent que leur profession les aide \u00ab\u00a0consid\u00e9rablement\u00a0\u00bb (Josette C.) dans la partie qu\u2019ils appr\u00e9cient le plus\u00a0: la relation au public. Chacun a donc une exp\u00e9rience plus ou moins accrue dans la transmission de savoirs, le partage de connaissances avec un public. Ici, l\u2019exp\u00e9rience d\u2019enseignement leur permet d\u2019endosser avec une certaine facilit\u00e9 le r\u00f4le de m\u00e9diateur culturel, \u00e0 la grande diff\u00e9rence qu\u2019il faut ici r\u00e9sumer un \u00ab\u00a0<em>Caract\u00e8re<\/em> de la Bruy\u00e8re en trois minutes alors que, devant une classe, cela se fait en une heure\u00a0\u00bb (Josette C.), qu\u2019il faut parler dans un m\u00e9gaphone pour se faire entendre de tous et qu\u2019il faut adapter son discours \u00e0 un public moins disciplin\u00e9 qu\u2019en salle de classe, au niveau de connaissances plus h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne.<\/p>\n<p>Une attention toute particuli\u00e8re est donc port\u00e9e au rythme de la promenade, au m\u00eame titre qu\u2019une s\u00e9quence de cours. Puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une balade, la lenteur propre \u00e0 la d\u00e9ambulation est n\u00e9cessaire, mais il faut veiller \u00e0 ne pas d\u00e9passer une dur\u00e9e raisonnable et trouver la bonne allure<a href=\"#_edn25\" name=\"_ednref25\">[25]<\/a>. Les temps d\u2019arr\u00eat se font toujours en fonction de la pertinence d\u2019un lieu pour \u00e9clairer un passage historique ou litt\u00e9raire. C\u2019est bien le discours qui s\u2019ajuste \u00e0 la g\u00e9ographie et non l\u2019inverse. Les acteurs veillent particuli\u00e8rement aux possibilit\u00e9s offertes par la g\u00e9ographie urbaine, octroyant un certain confort au public et instaurant des \u00ab\u00a0moments de pause\u00a0\u00bb (Andr\u00e9 R.) n\u00e9cessaires pour conserver l\u2019attention du public (pr\u00e9sence d\u2019un trottoir plus large dans une rue parall\u00e8le, pr\u00e9sence d\u2019un banc ou d\u2019un poteau sur lequel s\u2019appuyer, des rues d\u00e9gag\u00e9es et si possibles non encombr\u00e9es par les containers \u00e0 ordures, des rues \u00ab\u00a0mal fr\u00e9quent\u00e9es\u00a0\u00bb \u00e9vit\u00e9es, etc.). Heureux hasard ou montage parfait du circuit<a href=\"#_edn26\" name=\"_ednref26\">[26]<\/a>, lorsqu\u2019on chronom\u00e8tre les temps de prise de parole et les temps de d\u00e9placement, le rythme semble id\u00e9al, comme le montre le tableau ci-dessous r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 partir de la promenade dat\u00e9e du 23 juillet 2016\u00a0:<\/p>\n<p><strong>Tableau\u00a02.<\/strong> Promenade litt\u00e9raire et historique du 23 juillet 2016 avec temps de trajet (T) et temps de commentaires (C).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-3873 size-large\" src=\"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/Clerc_2-586x1024.png\" alt=\"Clerc_2\" width=\"586\" height=\"1024\" srcset=\"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/Clerc_2-586x1024.png 586w, http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/Clerc_2-172x300.png 172w, http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/Clerc_2-768x1341.png 768w, http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/Clerc_2.png 962w\" sizes=\"auto, (max-width: 586px) 100vw, 586px\" \/><\/p>\n<p>Temps de parole, temps de d\u00e9placement et distance \u00e0 parcourir semblent parfaitement ma\u00eetris\u00e9s, alors m\u00eame qu\u2019une seule r\u00e9p\u00e9tition de l\u2019activit\u00e9 est pr\u00e9vue. D\u2019apr\u00e8s les acteurs de l\u2019activit\u00e9, les ajustements semblent se faire \u00e0 la derni\u00e8re minute, voire en cours d\u2019activit\u00e9.<\/p>\n<p>Enfin, plus que l\u2019attention accrue port\u00e9e au bien-\u00eatre du public et \u00e0 ses modalit\u00e9s de d\u00e9placement, c\u2019est l\u2019adaptation du discours \u00e0 ce m\u00eame public<a href=\"#_edn27\" name=\"_ednref27\">[27]<\/a> qui confirme la ma\u00eetrise et la comp\u00e9tence en termes de m\u00e9diation des quatre acteurs de l\u2019\u00e9v\u00e9nement. \u00ab\u00a0On essaie de faire des visites qui restent \u00e0 la port\u00e9e de tout le monde. Pas de textes trop longs, ni trop ardus. On mixe l\u2019anecdote avec la partie litt\u00e9raire afin d\u2019\u00eatre le plus digeste possible. Sinon \u00e7a d\u00e9crocherait\u00a0\u00bb pr\u00e9cise Andr\u00e9 R. Les textes doivent imm\u00e9diatement faire \u00e9cho au public (\u00ab\u00a0faire en sorte de citer des auteurs connus\u00a0\u00bb). Josette C., en charge de la s\u00e9lection des textes, va dans le m\u00eame sens\u00a0: \u00ab\u00a0Scarron et Fureti\u00e8re ont parl\u00e9 des bourgeois dans leurs \u00e9crits, mais je vais citer La Bruy\u00e8re et La Fontaine pour que \u00e7a fasse \u00e9cho aux gens\u00a0\u00bb. Il ne faut surtout pas que le discours et la s\u00e9lection des textes laissent \u00e0 penser que c\u2019est \u00ab\u00a0un truc intellectuel\u00a0\u00bb encha\u00eene-t-elle. Sur ce point, les quatre sont unanimes et semblent vouloir se justifier\u00a0: \u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas condescendant de dire qu\u2019on se met \u00e0 la port\u00e9e de tous\u00a0\u00bb pr\u00e9cise Josette C. L\u2019exp\u00e9rience en tant qu\u2019enseignant est ici encore un avantage consid\u00e9rable comme le remarquent Philippe M. et Josette C.\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut \u00eatre p\u00e9dagogue parce qu\u2019on livre des infos qui sont scientifiques. Il faut savoir s\u2019exprimer, regarder les gens, avoir la voix qui porte. Vous faites un cours, c\u2019est exactement la m\u00eame chose\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0C\u2019est comme le souci d\u2019un enseignant pour se faire comprendre\u00a0\u00bb. De fait, chaque textes litt\u00e9raires cit\u00e9s, chaque r\u00e9f\u00e9rence historique \u00e9voqu\u00e9e sont replac\u00e9s dans leur contexte et donnent lieu \u00e0 un exercice d\u2019herm\u00e9neutique (genre, courant litt\u00e9raire, titre du livre, petite biographie de l\u2019auteur, p\u00e9riode historique, etc.). Par l\u00e0, les quatre acteurs mettent un point d\u2019honneur \u00e0 ne jamais donner l\u2019impression d\u2019occuper une position sup\u00e9rieure \u00e0 leur auditoire. La notion m\u00eame de hi\u00e9rarchie que l\u2019on pr\u00eate tr\u00e8s facilement au monde professionnel<a href=\"#_edn28\" name=\"_ednref28\">[28]<\/a> est en cela syst\u00e9matiquement \u00e9vacu\u00e9e. Les expressions allant dans la logique de l\u2019accompagnement, du partage, de la transmission horizontale, mais aussi du plaisir font flor\u00e8s dans les entretiens (\u00ab\u00a0adapter son propos au public\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0rassurer\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0rendre la visite conviviale\u00a0\u00bb).<\/p>\n<h2>L\u2019excuse de l\u2019amateur<\/h2>\n<p>L\u2019expression de Philippe M. r\u00e9sume assez bien la posture des membres de l\u2019association\u00a0: \u00ab\u00a0on fait les choses s\u00e9rieusement, mais sans se prendre au s\u00e9rieux\u00a0\u00bb. Cette ligne de conduite \u2013 pour ne pas dire cette \u00ab\u00a0strat\u00e9gie\u00a0\u00bb \u2013 \u00e0 laquelle chacun tente de rester fid\u00e8le place les organisateurs des promenades dans une position assez confortable. Certes, ils proposent une activit\u00e9 de qualit\u00e9 (en termes de contenu et d\u2019accompagnement des publics) mais, en niant toute pr\u00e9tention, ils pensent se d\u00e9douaner, se d\u00e9sengager, se d\u00e9responsabiliser et donc se prot\u00e8gent de toute critique. Non pas qu\u2019ils ne se sentent pas potentiellement soumis au jugement, mais la revendication de leur statut d\u2019amateur rend toute forme de critique d\u00e9plac\u00e9e. Comme si le fait de proposer une activit\u00e9 non prise en charge par des professionnels entra\u00eenait, de fait, un regard bienveillant de la part du public. Raison pour laquelle les acteurs s\u2019autorisent un c\u00f4t\u00e9 \u00ab\u00a0improvis\u00e9\u00a0\u00bb (Josette C.), une certaine \u00ab\u00a0l\u00e9g\u00e8ret\u00e9\u00a0\u00bb (Philippe M.) qu\u2019ils ne se seraient peut-\u00eatre pas autoris\u00e9s dans un autre cadre. Rendre les choses trop formelles, trop professionnelles, c\u2019est prendre le risque d\u2019endosser un r\u00f4le soumis \u00e0 un regard plus critique, moins conciliant et plus exigeant. \u00ab\u00a0Les gens ne viennent pas le couteau entre les dents pour nous assassiner si jamais il y avait un petit couac\u00a0\u00bb r\u00e9sume Philippe M. On comprend alors pourquoi le partenariat avec des instances institutionnelles (mus\u00e9e de la ville de Toul ou office de tourisme) n\u2019est pas \u00e0 l\u2019ordre du jour. Non par peur d\u2019\u00eatre d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de leur activit\u00e9, mais surtout par peur d\u2019un changement de statut. Ainsi, Josette C. ne voit pas forc\u00e9ment d\u2019un bon \u0153il le succ\u00e8s que rencontrent ces promenades<a href=\"#_edn29\" name=\"_ednref29\">[29]<\/a>. Le nombre de participants ne faisant qu\u2019augmenter chaque ann\u00e9e, se pose la question de la gestion et de la ma\u00eetrise d\u2019un tel effectif. Ceux qui se revendiquent comme \u00e9tant des passionn\u00e9s, des b\u00e9n\u00e9voles, des amateurs auront-ils les \u00e9paules suffisamment larges pour continuer\u00a0? La taille du groupe ne va-t-elle pas nuire \u00e0 la convivialit\u00e9 de l\u2019activit\u00e9\u00a0? L\u2019inscription pr\u00e9alable pour assister \u00e0 la promenade est actuellement au c\u0153ur des discussions. Cependant, s\u2019inscrire suppose un engagement de la part des publics, formalise le dispositif et s\u2019oppose \u00e0 l\u2019image qu\u2019ils souhaitent v\u00e9hiculer.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p>Bromberger C., dir., 1998, <em>Passions ordinaires. Du match de football au concours de dict\u00e9e<\/em>, Paris, Bayard.<\/p>\n<p>Caune J., 2006, <em>La D\u00e9mocratisation culturelle, une m\u00e9diation \u00e0 bout de souffle<\/em>, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble.<\/p>\n<p>Certeau M. de, 1980, <em>L\u2019Invention du quotidien. 1. Arts de faire<\/em>, Paris, Gallimard, 1990.<\/p>\n<p>Donnat O., 1996, <em>Les Amateurs. Enqu\u00eate sur les activit\u00e9s artistiques des Fran\u00e7ais<\/em>, Paris, DEP\/Minist\u00e8re de la Culture-DAG.<\/p>\n<p>Donnat O., 2009, \u00ab\u00a0Pr\u00e9sentation\u00a0\u00bb, <em>R\u00e9seaux<\/em>, 153, pp.\u00a09-16.<\/p>\n<p>Fabre D., dir., 1997, <em>Par \u00e9crit. Ethnologie des \u00e9critures quotidiennes<\/em>, Paris, \u00c9d. de la Maison des sciences de l\u2019homme.<\/p>\n<p>Hennion A., 1993, <em>La Passion musicale. Une sociologie de la m\u00e9diation<\/em>, Paris, M\u00e9taili\u00e9, 2007.<\/p>\n<p>Hennion A., Maisonneuve S., Gomart \u00c9., 2000, <em>Figures de l\u2019amateur. Formes, objets, pratiques de l\u2019amour de la musique aujourd\u2019hui<\/em>, Paris, \u00c9d. La Documentation Fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Larsson S., 2005, <em>Mill\u00e9nium<\/em>, Stockholm, Norstedts.<\/p>\n<p>Le\u00a0Guern P., 2009, \u00ab\u00a0\u201cNo matter what they do, they can never let you down\u2026\u201d. Entre esth\u00e9tique et politique\u00a0: sociologie des fans, un bilan critique\u00a0\u00bb, <em>R\u00e9seaux<\/em>, 153, pp.\u00a019-54.<\/p>\n<p><em>R\u00e9seaux<\/em>, 2009, \u00ab\u00a0Passionn\u00e9s, fans et amateurs\u00a0\u00bb, 153.<\/p>\n<p>Sagaert M., dir., 2010, <em>Balade dans le Var<\/em>, Paris, Ed. Alexandrines.<\/p>\n<p>Weber F., Lamy Y., 1999, \u00ab\u00a0Amateurs et professionnels\u00a0\u00bb, <em>Gen\u00e8ses<\/em>, 36, pp.\u00a02-5.<\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\">[1]<\/a> G\u00e9n\u00e9ralement, ce sont les maisons d\u2019\u00e9crivain qui donnent lieu \u00e0 des routes d\u2019\u00e9crivains. Citons par exemple la \u00ab\u00a0route historique des maisons d\u2019\u00e9crivains\u00a0\u00bb. Il s\u2019agit d\u2019un circuit touristique de France couvrant l\u2019\u00cele de France et la vall\u00e9e de la Basse-Seine. Il permet de visiter les demeures de treize \u00e9crivains dont celle du couple Aragon-Triolet.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref2\" name=\"_edn2\">[2]<\/a> \u00ab\u00a0On a d\u00e9sormais compris que Ronsard \u00e9tait un bon moyen d\u2019attirer les visiteurs en Vend\u00f4mois, de m\u00eame que l\u2019on essaie de donner envie aux lecteurs de Mauriac de d\u00e9couvrir le Bordelais ou \u00e0 ceux de Balzac de venir en Touraine. M\u00eame un po\u00e8te comme Racan, que plus personne ne lit, est utilis\u00e9 pour faire la promotion du terroir qui entoure sa maison natale et son ch\u00e2teau patrimonial. Hors de nos fronti\u00e8res, il en va de m\u00eame, et on peut citer, entre beaucoup d\u2019autres, le p\u00e8lerinage Shakespeare \u00e0 Stratford, le p\u00e8lerinage au presbyt\u00e8re des s\u0153urs Bront\u00eb \u00e0 Haworth, ou le p\u00e8lerinage Tchekhov en Crim\u00e9e, aux portes de Yalta\u2026\u00a0\u00bb (Jean-Fran\u00e7ois Nivet. Acc\u00e8s\u00a0: http:\/\/www.bude-orleans.org\/lespages\/34etud\/pelerinages.html, consult\u00e9 le 09\/12\/16)<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref3\" name=\"_edn3\">[3]<\/a>Le lecteur pourra se r\u00e9f\u00e9rer au portail de l\u2019association \u00ab\u00a0Terres d\u2019\u00e9crivains\u00a0\u00bb. Acc\u00e8s\u00a0:\u00a0http:\/\/www.terresdecrivains.com\/, consult\u00e9 le 09\/12\/16.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref4\" name=\"_edn4\">[4]<\/a> Acc\u00e8s\u00a0: http:\/\/www.alexandrines.fr\/, consult\u00e9 le 09\/12\/16.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref5\" name=\"_edn5\">[5]<\/a> Les auteurs ne sont pas les seuls artistes \u00e0 susciter un tel engouement. Il en est de m\u00eame pour les peintres, les sculptures, les musiciens\u2026<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref6\" name=\"_edn6\">[6]<\/a> M\u00e9decin \u00e0 la retraite, Andr\u00e9 R. r\u00e9side \u00e0 Toul depuis 1975.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref7\" name=\"_edn7\">[7]<\/a> La date exacte \u00e9tant incertaine, y compris lorsqu\u2019on demande au premier int\u00e9ress\u00e9, Andr\u00e9 R. Nous verrons que cette impr\u00e9cision participe pleinement \u00e0 l\u2019image que les acteurs de l\u2019\u00e9v\u00e9nement souhaitent donner \u00e0 leur action.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref8\" name=\"_edn8\">[8]<\/a> Chiffres de 2013. <a href=\"https:\/\/www.insee.fr\/fr\/statistiques\/1405599?geo=COM-54528\">https:\/\/www.insee.fr\/fr\/statistiques\/1405599?geo=COM-54528<\/a>, consult\u00e9 le 28\/01\/17.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref9\" name=\"_edn9\">[9]<\/a> Notons que l\u2019expression est devenue pour certains artistes une source d\u2019inspiration et d\u2019autod\u00e9rision, \u00e0 l\u2019image de l\u2019artiste b\u00e9d\u00e9iste Niko Lefebvre qui a publi\u00e9 en 2015 un livre <em>Le Petit toulois illustr\u00e9. Toul les boules<\/em> que l\u2019on peut trouver en vente \u00e0 l\u2019Office de tourisme.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref10\" name=\"_edn10\">[10]<\/a> Le CELT publie \u00e9galement une revue culturelle locale trimestrielle <em>\u00c9tudes Touloises<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref11\" name=\"_edn11\">[11]<\/a> Phil\u2019arts est une association qui propose des activit\u00e9s culturelles vari\u00e9es\u00a0: conf\u00e9rences et d\u00e9bats philosophiques, lecture de textes, expression musicale et po\u00e9tique.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref12\" name=\"_edn12\">[12]<\/a> Tous \u00e9mettent le souhait de drainer un public plus large. En effet, capter un public plus diversifi\u00e9 qu\u2019il ne l\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 entrerait en parfait coh\u00e9sion avec le discours qu\u2019ils souhaitent v\u00e9hiculer\u00a0: une activit\u00e9 culturelle qui ne veut, en aucun cas, laisser penser qu\u2019elle serait destin\u00e9e \u00e0 un public d\u2019\u00e9rudits. Voir <em>infra<\/em> pour plus de pr\u00e9cision sur ce point.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref13\" name=\"_edn13\">[13]<\/a> Pour en savoir plus sur la pratique de l\u2019\u00e9criture en amateur, voir l\u2019ouvrage de Daniel Fabre (1997).<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref14\" name=\"_edn14\">[14]<\/a> \u00ab\u00a0Je n&#8217;ai pas le trac. Il n&#8217;y a pas de rituel, contrairement \u00e0 la salle de classe\u00a0\u00bb (Josette C.). \u00ab\u00a0Je n\u2019ai pas le trac pour \u00e7a\u00a0\u00bb (Philippe M.).<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref15\" name=\"_edn15\">[15]<\/a> Soit 5 euros pour la visite de la ville de Toul r\u00e9alis\u00e9e par un guide professionnel de l\u2019office de tourisme.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref16\" name=\"_edn16\">[16]<\/a> Par exemple, le livre qui a servi de fil rouge pour la promenade litt\u00e9raire de 2016 est un livre publi\u00e9 \u00e0 une centaine d\u2019exemplaires seulement.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref17\" name=\"_edn17\">[17]<\/a> Dans cette phrase sont r\u00e9unies les deux conditions d\u2019une passion\u00a0: plaisir et temps.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref18\" name=\"_edn18\">[18]<\/a> \u00ab\u00a0On pr\u00e9pare toujours les choses avec beaucoup de s\u00e9rieux\u00a0\u00bb (Jean-Pierre Z.).<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref19\" name=\"_edn19\">[19]<\/a> Alors que les guides litt\u00e9raires proposant des parcours touristiques font flor\u00e8s, ni la volont\u00e9, ni m\u00eame l\u2019id\u00e9e de transposer cette somme d\u2019informations sur un autre support ne se fait ressentir.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref20\" name=\"_edn20\">[20]<\/a> Andr\u00e9 R. \u00e0 l\u2019initiative des promenades avait d\u00e9j\u00e0 particip\u00e9 \u00e0 une promenade litt\u00e9raire en Alsace.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref21\" name=\"_edn21\">[21]<\/a> Ils sont d\u2019ailleurs capables de d\u00e9terminer s\u2019il y a de nouvelles t\u00eates par rapport aux \u00e9ditions pr\u00e9c\u00e9dentes.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref22\" name=\"_edn22\">[22]<\/a> Non pas que la capacit\u00e9 de remise en question soit l\u2019apanage du monde professionnel, mais celle-ci est d\u00e9tourn\u00e9e \u00e0 leur avantage.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref23\" name=\"_edn23\">[23]<\/a> Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, la configuration circulaire de la ville de Toul (centre historique se trouvant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des remparts) permettait de r\u00e9aliser l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 du circuit intra-muros. Cette g\u00e9ographie circulaire facilite les courts d\u00e9placements et permet d\u2019emprunter de nombreuses rues et ruelles qui m\u00e8nent toutes vers le centre-ville \u00e9vitant en cela de lasser le public. Apr\u00e8s dix ann\u00e9es de promenades avec, pour chacune, des th\u00e9matiques diff\u00e9rentes et des parcours originaux, se pose la question d\u2019\u00e9largir les circuits extra-muros, dans des lieux encore inexploit\u00e9s.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref24\" name=\"_edn24\">[24]<\/a> \u00ab Se focaliser sur le ph\u00e9nom\u00e8ne de m\u00e9diation, c\u2019est mettre l\u2019accent sur la relation plut\u00f4t que l\u2019objet. \u00bb (Caune, 2006\u00a0: 132).<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref25\" name=\"_edn25\">[25]<\/a> \u00ab\u00a0Parfois il nous est arriv\u00e9 de laisser tomber une partie au moment de la visite parce que le temps tournait et on voyait bien que les gens commen\u00e7aient \u00e0 \u00eatre un peu fatigu\u00e9s. On s\u2019adaptait sur le parcours\u00a0\u00bb (Philippe M.).<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref26\" name=\"_edn26\">[26]<\/a> Bien \u00e9videmment, pour les organisateurs, le rythme parfait n\u2019est que le fruit du hasard.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref27\" name=\"_edn27\">[27]<\/a> Philippe M. qui a \u00e9t\u00e9 guide professionnel pendant un an en fait sa priorit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Ce qui fait la qualit\u00e9 d\u2019un guide, c\u2019est pouvoir s\u2019adapter au public. On peut tr\u00e8s bien avoir des universitaires en goguette ou le club du temps libre de telle ou telle commune\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref28\" name=\"_edn28\">[28]<\/a> Voir les travaux fran\u00e7ais en sociologie du travail.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref29\" name=\"_edn29\">[29]<\/a> Pour montrer encore une fois que rien n\u2019est strat\u00e9gique, les organisateurs ont toujours l\u2019air surpris du succ\u00e8s que rencontrent les promenades \u00e0 l\u2019image de Philippe M\u00a0: \u00ab\u00a0On a r\u00e9ussi sans le vouloir\u00a0\u00bb. Ils ont par ailleurs tous \u00e9t\u00e9 \u00e9tonn\u00e9s de l\u2019int\u00e9r\u00eat scientifique que nous leur avons port\u00e9.[\/vc_column_text][\/vc_column][\/vc_row]<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[vc_row][vc_column][vc_column_text]Adeline Clerc-Florimond Centre de recherche sur les m\u00e9diations Universit\u00e9 de Lorraine F-57000 adeline.florimond-clerc[at]univ-lorraine.fr Les promenades litt\u00e9raires et historiques. Entre discours amateurs et logiques professionnelles Dispositifs de m\u00e9diation<\/p>\n<p> <a class=\"more-link\" href=\"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/es\/adeline-clerc-florimond\/\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-3869","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/es\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/3869","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/es\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/es\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/es\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/es\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3869"}],"version-history":[{"count":4,"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/es\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/3869\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4564,"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/es\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/3869\/revisions\/4564"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/es\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3869"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}