{"id":3797,"date":"2017-07-13T16:10:25","date_gmt":"2017-07-13T15:10:25","guid":{"rendered":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/?page_id=3797"},"modified":"2018-03-27T16:23:45","modified_gmt":"2018-03-27T15:23:45","slug":"catherine-fhima","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/it\/catherine-fhima\/","title":{"rendered":"Catherine Fhima"},"content":{"rendered":"<p>[vc_row][vc_column][vc_column_text]<strong>Catherine Fhima<\/strong><br \/>\nCentre de recherches historiques<br \/>\n\u00c9cole des hautes \u00e9tudes en sciences sociales<br \/>\nF-75013 Paris<br \/>\nCatherine.fhima[at]wanadoo.fr<\/p>\n<h1>Arch\u00e9ologie d\u2019une m\u00e9moire lorraine chez des \u00e9crivains juifs fran\u00e7ais autour de 1900<\/h1>\n<hr \/>\n<p>Comment des auteurs \u00e9crivent-ils sur un lieu \u00e0 partir d\u2019un autre lieu et que produit cet \u00e9cart en termes de cr\u00e9ation litt\u00e9raire\u00a0? Cette double question engage toute la r\u00e9flexion de cette \u00e9tude en s\u2019articulant \u00e0 un constat\u00a0: si le lieu de l\u2019\u00e9criture et le lieu inspirant l\u2019\u00e9criture ne se recoupent pas, les textes et les gestes litt\u00e9raires s\u2019en trouvent n\u00e9cessairement affect\u00e9s parce que les auteurs convoquent une langue, des images et des actions dont les effets sont d\u00e9cal\u00e9s. De sorte qu\u2019il s\u2019impose de r\u00e9fl\u00e9chir sur ces effets avec les notions de territoire, de territorialit\u00e9, de territorialisation, de \u00ab\u00a0d\u00e9territorialisation\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0reterritorialisation\u00a0\u00bb (Deleuze, Guattari, 1975) m\u00eame<a href=\"#_edn1\" name=\"_ednref1\">[1]<\/a> en interd\u00e9pendance avec l\u2019\u00e9criture, la litt\u00e9rature et les espaces litt\u00e9raires o\u00f9 les \u00e9crivains s\u2019ins\u00e8rent. La r\u00e9flexion \u00e0 partir de l\u2019intrication entre territoire et litt\u00e9rature importe davantage encore lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019\u00e9tudier des textes produits par des Juifs marqu\u00e9s par leur exp\u00e9rience d\u2019\u00e9migration de la Lorraine, leur terre natale, vers Paris, la capitale de la France, \u00e0 la faveur de contextes historiques particuliers et qui, ensuite, deviennent \u00e9crivains. Parce que ces porteurs d\u2019une \u00ab\u00a0litt\u00e9rature mineure\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.), c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019une litt\u00e9rature qu\u2019ils produisent en tant qu\u2019ils sont issus d\u2019une minorit\u00e9 (juive), ne peuvent vivre l\u2019attachement aux territoires, aux terres, aux ancrages, aux pays, aux provinces, aux \u00ab\u00a0petites patries\u00a0\u00bb, au r\u00e9gional, \u00e0 la patrie, \u00e0 la terre de France, \u00e0 la nation et au national, d\u2019une mani\u00e8re en tous points identique aux porteurs d\u2019une \u00ab\u00a0litt\u00e9rature majeure\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019une litt\u00e9rature produite par des auteurs issus de la majorit\u00e9 (fran\u00e7aise). De fait, sans qu\u2019il soit surd\u00e9termin\u00e9 par un rapport domin\u00e9\/dominants, le rapport minorit\u00e9\/majorit\u00e9 instruit n\u00e9cessairement toute inscription intellectuelle, artistique et litt\u00e9raire des auteurs. Or pr\u00e9cis\u00e9ment, d\u00e9territorialis\u00e9s de la Lorraine les \u00e9crivains se sont territorialis\u00e9s \u00e0 Paris, ville dont la centralit\u00e9 est ind\u00e9passable, symboliquement et politiquement\u00a0: elle est la capitale de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise, centre n\u00e9vralgique des enjeux et des circulations litt\u00e9raires, et capitale de la nation fran\u00e7aise o\u00f9 s\u2019enracine le d\u00e9sir d\u2019engagement citoyen de la minorit\u00e9 juive fran\u00e7aise. De telle sorte que pour les \u00e9crivains juifs, la Lorraine ne peut figurer que comme un lieu d\u2019origine, une terre natale, presque une terre maternelle comme on parle d\u2019une langue maternelle. C\u2019est donc un pays d\u2019enfance en m\u00eame temps qu\u2019une terre ancestrale, puisque certains se r\u00e9clament d\u2019une anciennet\u00e9 d\u2019enracinement souvent soulign\u00e9e (Spire, 1962). Aussi, parce que Paris et la nation sont les territorialisations par excellence des \u00e9crivains juifs, l\u2019attachement de ces \u00e9crivains \u00e0 la Lorraine est essentiellement d\u2019ordre m\u00e9moriel.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi cette \u00e9tude propose de dresser \u00ab\u00a0l\u2019arch\u00e9ologie d\u2019une m\u00e9moire lorraine\u00a0\u00bb afin de retrouver les lin\u00e9aments et le sens de la \u00ab\u00a0trace m\u00e9morielle\u00a0\u00bb que semblent contenir toute la litt\u00e9rature et la gestuelle litt\u00e9raire<a href=\"#_edn2\" name=\"_ednref2\">[2]<\/a> des \u00e9crivains juifs fran\u00e7ais. Cette recherche de \u00ab\u00a0trace m\u00e9morielle\u00a0\u00bb est sous-tendue par l\u2019hypoth\u00e8se que le rapport des \u00e9crivains juifs fran\u00e7ais \u00e0 la Lorraine autour des ann\u00e9es\u00a01900 se construit dans une identification de ces \u00e9crivains \u00e0 la nation qui pr\u00e9vaut sur l\u2019identification \u00e0 la Lorraine. Afin de le comprendre, nous nous attacherons d\u2019abord \u00e0 circonscrire les \u00e9crivains juifs lorrains dans une \u00ab\u00a0configuration\u00a0\u00bb (Elias, 1991) d\u2019\u00e9criture sp\u00e9cifique et sur lesquels on fonde cette hypoth\u00e8se. Il s\u2019agira ensuite d\u2019\u00e9tudier les effets de ce qu\u2019on appelle ici la \u00ab\u00a0perte des lieux\u00a0\u00bb au plan des contraintes existentielles, ce qui provoque n\u00e9cessairement un type de m\u00e9moire particulier, \u00e0 relier \u00e0 la modernit\u00e9 juive historiquement inscrite en Lorraine. Cela permettra ensuite d\u2019examiner le terreau de fabrication du rapport m\u00e9moriel des \u00e9crivains \u00e0 travers des th\u00e9matisations litt\u00e9raires de figures-phares pour d\u00e9gager les lignes de force que sont l\u2019utilisation des mythologies lorraines, les affiliations textuelles et enfin les gestes de r\u00e9engagement m\u00e9moriels partag\u00e9s entre deux p\u00f4les, Metz et Nancy.<\/p>\n<h2>Configuration d\u2019\u00e9crivains, configuration d\u2019\u00e9criture<\/h2>\n<p>C\u2019est en distinguant une configuration \u2013 au sens d\u00e9fini par Norbert Elias (1990) \u2013 d\u2019\u00e9crivains juifs lorrains que l\u2019on met \u00e0 l\u2019\u00e9preuve notre hypoth\u00e8se d\u2019une m\u00e9moire lorraine alimentant une identification \u00e0 la France. Cette configuration repose sur le partage par des \u00e9crivains d\u2019un ensemble de caract\u00e9ristiques interd\u00e9pendantes\u00a0: d\u2019une part, c\u2019est \u00e0 Paris que se forge leur r\u00f4le social et litt\u00e9raire, c\u2019est pour le public parisien qu\u2019ils \u00e9crivent, et c\u2019est en ce lieu que la norme et la valeur litt\u00e9raires s\u2019\u00e9tablissent et les \u00e9tablissent\u00a0; d\u2019autre part, ils circonscrivent des zones de r\u00e9f\u00e9rences communes et travaillent avec un vocabulaire et une \u00e9criture \u00e9labor\u00e9s en fonction, quoique de mani\u00e8re tacite, d\u2019une exp\u00e9rience originaire identique, la Lorraine. L\u2019on fonde donc ce corpus sur la circulation de th\u00e8mes similaires dans des \u0153uvres et sur les liens unissant des \u00e9crivains entre eux parce qu\u2019ils ont pu se lire ou se conna\u00eetre mais, plus g\u00e9n\u00e9ralement, parce qu\u2019ils entretiennent un fond commun d\u2019exp\u00e9riences et de r\u00e9f\u00e9rences et, qu\u2019en outre, ils choisissent de repr\u00e9senter ces m\u00eames r\u00e9f\u00e9rences dans leurs textes. De la sorte, cette configuration d\u2019\u00e9crivains engendre \u00e0 son tour une configuration d\u2019\u00e9criture sp\u00e9cifique.<\/p>\n<p>Cette configuration s\u2019articule autour de deux p\u00f4les urbains \u00e0 contraster, Metz et Nancy. Trois auteurs principaux sont retenus\u00a0: Gustave Kahn (Metz 1859-1936 Paris) pour Metz et Andr\u00e9 Spire (Nancy 1868-1966 Neuilly) et Raymond Schwab (Nancy1884-1956 Paris) pour Nancy. On y adjoint James Darmesteter (Ch\u00e2teau Salins 1849-1894 Maisons-Laffitte), dont la \u00ab\u00a0qualit\u00e9\u00a0\u00bb d\u2019\u00e9crivain est rarement prise en compte. En fait, on comprend \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9crivain\u00a0\u00bb dans un sens large, c\u2019est-\u00e0-dire comme celui qui, quels que soient ses domaines d\u2019intervention intellectuelle, s\u2019implique express\u00e9ment dans une relation \u00e0 l\u2019\u00e9criture. Il est donc important d\u2019\u00e9largir l\u2019exp\u00e9rience lorraine \u00e0 cet universitaire, professeur au Coll\u00e8ge de France \u00e0 la chaire de Zend et de l\u2019Iran ancien. Car James Darmesteter n\u2019a pas seulement \u00e9crit des articles et des ouvrages scientifiques\u00a0: il entretenait une v\u00e9ritable passion pour la litt\u00e9rature et notamment pour les lettres anglaises<a href=\"#_edn3\" name=\"_ednref3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p>Trois de ces \u00e9crivains sont des po\u00e8tes, mais \u00e0 des degr\u00e9s divers. C\u2019est surtout l\u2019activit\u00e9 d\u2019\u00e9criture principale de Gustave Kahn et Andr\u00e9 Spire qui s\u2019int\u00e8grent, d\u00e8s leurs d\u00e9buts respectifs, dans les avant-gardes parisiennes de leur temps, de la po\u00e9sie dite \u00ab\u00a0symboliste\u00a0\u00bb en 1886, aux courants \u00ab\u00a0unanimistes\u00a0\u00bb de l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019Abbaye de Cr\u00e9teil, vers 1905, en passant par une po\u00e9sie et une litt\u00e9rature dite \u00ab\u00a0de combat\u00a0\u00bb, dans les ann\u00e9es 1910. Cette insertion volontaire dans les avant-gardes s\u2019accompagne de revendications novatrices formelles. Gustave Kahn revendique la paternit\u00e9 de l\u2019invention du vers-libre et Andr\u00e9 Spire, vingt ans plus tard, s\u2019\u00e9rige en th\u00e9oricien d\u2019un verslibrisme renouvel\u00e9. Ces \u00e9crivains sont tr\u00e8s pr\u00e9sents dans les revues litt\u00e9raires et trois d\u2019entre eux ont assur\u00e9 la direction et la r\u00e9daction de revues\u00a0: Gustave Kahn s\u2019occupe alternativement, pendant les ann\u00e9es 1885-1895, de la direction du<em> Symboliste <\/em>(qu\u2019il fonde avec Jean Mor\u00e9as et Paul Adam), de <em>La Vogue, <\/em>puis de <em>La Revue ind\u00e9pendante <\/em>d\u2019\u00c9douard Dujardin<em>, <\/em>ainsi que de <em>La Soci\u00e9t\u00e9 nouvelle <\/em>en Belgique\u00a0; enfin, en 1924, il prend en charge la r\u00e9daction de la revue juive <em>Menorah, <\/em>jusqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 1930\u00a0; James Darmesteter, dirige la <em>Revue de Paris, <\/em>en 1894, et Raymond Schwab, en 1936, avec le po\u00e8te Guy Lavaud, prend la direction d\u2019une revue de po\u00e9sie intitul\u00e9e <em>Yggdrasill<\/em>.<\/p>\n<p>Quels sont les th\u00e8mes qu\u2019ils abordent en commun\u00a0? Tous quatre \u00e9crivent surtout sur l\u2019Orient, auquel, du reste, est assimil\u00e9 le \u00ab\u00a0s\u00e9mitisme\u00a0\u00bb pendant cette p\u00e9riode. Mais ils \u00e9crivent \u00e9galement, et plus ou moins, sur la culture juive ou la culture h\u00e9bra\u00efque. Ainsi, James Darmesteter, sp\u00e9cialiste de l\u2019Iran ancien et du zoroastrisme n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 faire des incursions dans le domaine h\u00e9bra\u00efque o\u00f9 est tr\u00e8s pr\u00e9sent son fr\u00e8re, le linguiste Ars\u00e8ne Darmesteter (1846-1888)\u00a0; Raymond Schwab montre son int\u00e9r\u00eat pour la Bible et compose un po\u00e8me sur la figure biblique de Nemrod, se passionne pour les contes des <em>Mille et une nuits<\/em> et r\u00e9dige un ouvrage de synth\u00e8se sur les savoirs orientalistes sur l\u2019Inde,<em> La Renaissance orientale, <\/em>paru en 1950, qui continue \u00e0 \u00eatre salu\u00e9 de nos jours pour son caract\u00e8re pionnier. Andr\u00e9 Spire et Gustave Kahn \u00e9crivent des articles, des contes, des nouvelles, des po\u00e8mes sur l\u2019Orient, la mis\u00e8re des Juifs de l\u2019Europe de l\u2019Est, sur l\u2019antis\u00e9mitisme, sur le sionisme (Fhima, 1997), etc.<\/p>\n<p>Mais ce qu\u2019ils \u00e9crivent sur la Lorraine semble provenir d\u2019un tronc commun et quasi unique. Cela passe d\u2019abord par des figures litt\u00e9raires ancr\u00e9es en Lorraine et imm\u00e9diatement rattach\u00e9es \u00e0 la Lorraine dans les imaginaires. Ainsi Andr\u00e9 Spire, Raymond Schwab \u00e9crivent sur Maurice Barr\u00e8s, Gustave Kahn \u00e9crit inlassablement sur Paul Verlaine, Andr\u00e9 Spire \u00e9crit r\u00e9guli\u00e8rement sur James Darmesteter lui-m\u00eame. Ils transformant ces figures r\u00e9elles en th\u00e8mes litt\u00e9raires, comme ils le font du mythe de Jeanne d\u2019Arc quasi omnipr\u00e9sent dans les \u0153uvres. Jeanne d\u2019Arc comme incarnation d\u2019une figure de synth\u00e8se, ouvre la possibilit\u00e9 du lien entre le territoire r\u00e9gional et le territoire national, c\u2019est pourquoi les \u00e9crivains juifs creusent ce sillon pour sceller leur attachement \u00e0 la nation. D\u00e8s lors, in\u00e9vitablement, se joue un double rapport \u00e0 la Lorraine\u00a0: ces \u00e9crivains ne sont jamais pris dans la mouvance litt\u00e9raire r\u00e9gionaliste, ce sont des \u00e9crivains r\u00e9solument fran\u00e7ais. La dimension nationale \u00e9claire la question r\u00e9gionale laquelle nourrit la dimension nationale, sans oublier la dimension d\u2019un \u00ab\u00a0tiers\u00a0\u00bb r\u00e9gional, qu\u2019est l\u2019Alsace et qui vient renforcer l\u2019interd\u00e9pendance de ces dimensions. Il y a comme un accomplissement litt\u00e9raire national dans la capitale dans lequel le national devient comme la condition de l\u2019universalisme. En cons\u00e9quence, la Lorraine occupe la place politique d\u2019une origine que les \u00e9crivains <em>patrimonialisent <\/em>afin de se territorialiser \u00e0 Paris.<\/p>\n<h2>La perte des lieux<\/h2>\n<p>Car le rapport des \u00e9crivains juifs \u00e0 la Lorraine est d\u2019embl\u00e9e \u00e0 inscrire dans une profonde identification de ces \u00e9crivains \u00e0 la France et dans ce qu\u2019ils consid\u00e8rent comme son \u00ab\u00a0destin\u00a0\u00bb historique. En effet, autour de 1900, le contexte g\u00e9n\u00e9ral d\u2019incertitudes et d\u2019inqui\u00e9tudes est tel que les sensibilit\u00e9s de ces \u00e9crivains s\u2019en trouvent exacerb\u00e9es et, ainsi, leur fournit la mati\u00e8re et l\u2019environnement de leur \u00e9criture\u00a0: la g\u00e9ographie frontali\u00e8re red\u00e9ploy\u00e9e depuis la guerre franco-prussienne de 1870, l\u2019installation de la III<sup>e<\/sup> R\u00e9publique et les crises parlementaires, les crises \u00e9conomiques et les scandales financiers qui se succ\u00e8dent, les crises politiques, l\u2019antis\u00e9mitisme se faisant de plus en plus mena\u00e7ant et culminant avec l\u2019affaire Dreyfus, la mont\u00e9e des nationalismes et de l\u2019antis\u00e9mitisme europ\u00e9en, l\u2019\u00e9mergence d\u2019un nationalisme juif nomm\u00e9 sionisme, les bouleversements sociaux et la sensibilit\u00e9 accrue aux injustices sociales et l\u2019adh\u00e9sion aux th\u00e8ses socialistes, la Premi\u00e8re Guerre mondiale et enfin, sans que la liste soit exhaustive, la la\u00efcisation progressive de la soci\u00e9t\u00e9, ne sont pas sans modifier les \u00ab\u00a0cadres de l\u2019exp\u00e9rience\u00a0\u00bb (Goffman, 1974) ni sans provoquer des ruptures de cadres ou des voies d\u2019engagements qui influent sur le rapport national\/r\u00e9gional.<\/p>\n<p>Dans cet environnement, les r\u00e9gions de la Lorraine et de l\u2019Alsace ne forment pas que des \u00ab\u00a0petites patries\u00a0\u00bb au milieu des autres, elles sont aussi des \u00ab\u00a0provinces perdues\u00a0\u00bb, pour une grande part. En \u00eatre originaire induit donc une sp\u00e9cificit\u00e9 nationale qui peut soulever des enjeux patriotiques diff\u00e9rents. De fait, parce qu\u2019ils sont minoritaires et qu\u2019\u00e0 ce titre leur inclusion dans la nation est sans cesse mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve, le rapport des Juifs \u00e0 la citoyennet\u00e9, \u00e0 la culture fran\u00e7aise et au sentiment patriotique prime. Dans ce cadre patriotique, la probl\u00e9matique de la fronti\u00e8re n\u2019est pas \u00e0 \u00e9luder, il s\u2019y m\u00eale alors le rapport \u00e0 l\u2019Allemagne. Ce rapport renvoie, \u00e0 son tour, \u00e0 la question de la litt\u00e9rature (et notamment \u00e0 la langue d\u2019\u00e9criture), \u00e0 la place des fronti\u00e8res m\u00eame de la litt\u00e9rature. Or la litt\u00e9rature constitue un enjeu de revendications cosmopolites, m\u00eame si ce n\u2019est que pour des raisons symboliques que les auteurs, \u00e0 un moment ou \u00e0 un autre, magnifient, par exemple, le wagn\u00e9risme, pour manifester leur distance avec la \u00ab\u00a0litt\u00e9rature respectable des acad\u00e9miciens\u00a0\u00bb (Wilfert-Portal, 2002\u00a0: 43). Le patriotisme des \u00e9crivains juifs, dans ce cadre d\u2019internationalisme culturel, n\u2019est donc pas \u00e0 confondre avec un nationalisme \u00e9troit.<\/p>\n<p>Les formes litt\u00e9raires de r\u00e9activation m\u00e9morielle que prennent certains de leurs textes sont certes celles d\u2019une m\u00e9moire rattach\u00e9e \u00e0 l\u2019enfance et \u00e0 l\u2019adolescence, et donc se modulent sur un mode nostalgique, mais ces formes sont \u00e9galement li\u00e9es \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019une \u00ab\u00a0perte de territoire\u00a0\u00bb, d\u2019une \u00ab\u00a0perte de lieu\u00a0\u00bb. Pour autant, peut-on parler d\u2019une litt\u00e9rature de \u00ab\u00a0l\u2019exil\u00a0\u00bb\u00a0? Rien n\u2019est moins s\u00fbr. L\u2019exil signifiant ce retour impossible qu\u2019\u00e9voquent certains \u00e9crivains (Goldschmidt, 2016\u00a0:\u00a0104), cette fa\u00e7on de consid\u00e9rer le lointain n\u2019a pu \u00eatre le fait de tous les \u00e9crivains car tous n\u2019ont pas \u00ab\u00a0\u00e9migr\u00e9\u00a0\u00bb. En effet, toute la Lorraine n\u2019est pas une \u00ab\u00a0province perdue\u00a0\u00bb. Metz est certes annex\u00e9e par l\u2019Allemagne mais Nancy ne l\u2019est pas. L\u2019\u00e9criture des \u00e9crivains, leur vie m\u00eame se trouvent sous l\u2019emprise de cette diff\u00e9rence. Car dans un cas ou un autre, quitter la Lorraine pour faire une carri\u00e8re litt\u00e9raire \u00e0 Paris n\u2019a pas le m\u00eame sens. Ainsi, Gustave Kahn quitte Metz avec ses parents lors de l\u2019annexion. Pour lui comme pour nombre de messins il s\u2019agit bien d\u2019un exil, le non retour s\u2019inscrit dans l\u2019inconnu du devenir territorial. Andr\u00e9 Spire, James Darmesteter, Raymond Schwab quittent la Lorraine pour des raisons \u00e9conomiques ou d\u2019\u00e9tudes. Il s\u2019agit ici de migration, de d\u00e9placement temporaire. Ils peuvent toujours revenir. S\u2019il existe, le tragique du d\u00e9part s\u2019av\u00e8re d\u00e8s lors diff\u00e9rent.<\/p>\n<p>Aussi, le seul \u00e9crivain \u00e0 v\u00e9ritablement exp\u00e9rimenter ce sentiment de tragique fut peut-\u00eatre Gustave Kahn\u00a0: avant l\u2019\u00e9clatement de la Premi\u00e8re Guerre mondiale il \u00e9tait \u00e9videmment difficile d\u2019envisager que Metz ferait partie des territoires \u00ab\u00a0retrouv\u00e9s\u00a0\u00bb. Toutefois cette probl\u00e9matique de \u00ab\u00a0l\u2019exil\u00a0\u00bb pour des \u00e9crivains qui ont pu int\u00e9rioriser l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00eatre des exil\u00e9s possibles, comme pris dans une transmission m\u00e9morielle inscrite corporellement par une histoire faite d\u2019exclusions, de bannissements de masse, de fuites et dont t\u00e9moignent les martyrologes, les \u00ab\u00a0livres du souvenir\u00a0\u00bb, depuis les premi\u00e8res Croisades (Yerushalmi, 1982\u00a0: 61-62), n\u2019est qu\u2019une porte d\u2019entr\u00e9e dans le rapport des \u00e9crivains juifs lorrains, mais non la plus pr\u00e9gnante.<\/p>\n<h2>La modernit\u00e9 des lieux lorrains<\/h2>\n<p>Mais afin de mieux comprendre la profondeur des traces m\u00e9morielles que l\u2019on veut \u00e9tablir, il faut aussi saisir ce que les lieux lorrains signifient dans la m\u00e9moire des \u00e9crivains juifs. Car ils attestent aussi d\u2019une pr\u00e9sence juive sp\u00e9cifique et d\u2019une pleine exigence de modernit\u00e9 qui organise le maillage avec les mouvements de l\u2019histoire de France \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale, pr\u00e9cis\u00e9ment. Esquissons \u00e0 cet effet un bref parcours. Les lieux concern\u00e9s, l\u00e0 encore, sont essentiellement Nancy et Metz mais plus particuli\u00e8rement Metz qui a \u00e9t\u00e9 le p\u00f4le le plus important pour l\u2019histoire des Juifs de cette r\u00e9gion. Sans vouloir brosser le tableau de l\u2019histoire de la pr\u00e9sence juive dans ces deux villes, on soulignera qu\u2019elle est particuli\u00e8rement ancienne \u00e0 Metz, attest\u00e9e d\u00e8s l\u2019antiquit\u00e9 romaine et plus s\u00fbrement au moyen \u00e2ge, au IX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et d\u2019un enracinement moins profond \u00e0 Nancy. Notre objectif est de montrer ce qui peut avoir fourni, historiquement, un ancrage m\u00e9moriel tel qu\u2019il impr\u00e8gne les Juifs lorrains, mais plus encore, fa\u00e7onne leur \u00ab\u00a0\u00eatre-juif-au monde\u00a0\u00bb, pour paraphraser Zigmunt Bauman (2010\u00a0: 31). Metz exerce ainsi une attraction importante du point de vue de la culture religieuse du juda\u00efsme. En 1859, l\u2019\u00c9cole rabbinique de Metz s\u2019installe \u00e0 Paris o\u00f9 elle prend le nom de S\u00e9minaire isra\u00e9lite. Rempla\u00e7ant l\u2019\u00c9cole talmudique de Metz tr\u00e8s r\u00e9put\u00e9e qui formait les rabbins dans l\u2019Ancien R\u00e9gime, cette \u00e9cole avait \u00e9t\u00e9 mise en place d\u00e8s 1829 et d\u00e9livrait d\u00e9sormais des dipl\u00f4mes. Elle relevait de la d\u00e9cision de Napol\u00e9on 1<sup>er<\/sup>, \u00e0 partir de 1807, d\u2019organiser le juda\u00efsme en une religion sur le mod\u00e8le hi\u00e9rarchis\u00e9 du protestantisme et du catholicisme et donc d\u2019organiser le juda\u00efsme en le dotant de consistoires locaux dirig\u00e9s par un consistoire central \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me des jalons qui importent dans cette modernit\u00e9 concerne l\u2019acc\u00e8s des Juifs, pour la premi\u00e8re fois de leur histoire en diaspora, \u00e0 l\u2019int\u00e9gration politique. C\u2019est un messin, un abb\u00e9 connu sous le nom de l\u2019abb\u00e9 Gr\u00e9goire qui est l\u2019un des instigateurs de cette \u00e9mancipation en France. Or c\u2019est \u00e9galement \u00e0 Metz que s\u2019ouvre cette br\u00e8che. En effet, en 1787, \u00e0 la question mise au concours cette ann\u00e9e-l\u00e0 par la Soci\u00e9t\u00e9 royale des sciences et des arts de Metz, \u00ab\u00a0Est-il des moyens de rendre les juifs plus utiles et plus heureux en France\u00a0\u00bb, l\u2019abb\u00e9 Gr\u00e9goire r\u00e9pond par son <em>Essai sur la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration physique, politique et morale des Juifs<\/em>, point de d\u00e9part de la r\u00e9daction de ce que l\u2019on a appel\u00e9 ensuite l\u2019acte d\u2019\u00e9mancipation des Juifs de France. Son texte est bient\u00f4t suivi d\u2019une <em>Motion en faveur des Juifs <\/em>pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e Constituante en 1789 puis vot\u00e9e en 1791. Cet acte d\u2019\u00e9mancipation, l\u2019abb\u00e9 Gr\u00e9goire entendait le penser comme un mouvement de \u00ab\u00a0r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration\u00a0\u00bb des Juifs (Hermon-Belot, 2006) et notamment ceux d\u2019Alsace et de Lorraine, consid\u00e9r\u00e9s comme une population mis\u00e9rable. Les Juifs acqui\u00e8rent donc la citoyennet\u00e9 fran\u00e7aise et deviennent des \u00e9gaux en droit et libres d\u2019exercer toute profession en acceptant toutefois de renoncer \u00e0 se consid\u00e9rer comme une \u00ab\u00a0nation juive\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La centralisation de l\u2019\u00c9tat se double donc d\u2019une centralisation de l\u2019organisation cultuelle, et religieuse, telle qu\u2019elle entra\u00eene aussi une red\u00e9finition du rapport des Juifs \u00e0 la nation. Il est tr\u00e8s int\u00e9ressant de noter la post\u00e9rit\u00e9 de l\u2019apport de l\u2019abb\u00e9 Gr\u00e9goire dans la soci\u00e9t\u00e9 juive fran\u00e7aise. Jusqu\u2019\u00e0 la c\u00e9l\u00e9bration du centenaire de sa mort, en 1931, les Juifs semblent faire peu de cas des pr\u00e9jug\u00e9s d\u00e9pr\u00e9ciatifs, d\u2019ailleurs subsum\u00e9s dans la notion de \u00ab\u00a0r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration\u00a0\u00bb, de l\u2019abb\u00e9 \u00e0 leur encontre. Ce qui importe c\u2019est l\u2019id\u00e9e d\u2019h\u00e9riter d\u2019une histoire qui se m\u00eale au territoire et fonde l\u2019origine de chacun. Les sentiments de fiert\u00e9 qui s\u2019en inf\u00e8rent sont visibles dans les \u0153uvres de ces \u00e9crivains, m\u00eame s\u2019ils ne rendent que peu compte de l\u2019histoire factuelle, la libert\u00e9 donn\u00e9e dans les faits affleure dans l\u2019expression elle-m\u00eame.<\/p>\n<h2>Une cha\u00eene d\u2019affiliations textuelles<\/h2>\n<p>En fait, les \u00e9crivains juifs \u00e9crivent sur des figures lorraines qui ont un poids \u00e0 la fois national et juif, parce qu\u2019elles leur permettent d\u2019op\u00e9rer une synth\u00e8se identificatoire \u00e0 la France d\u2019abord, \u00e0 la Lorraine ensuite, et, subrepticement, \u00e0 la jud\u00e9it\u00e9 lorraine. Aussi, ils \u00e9laborent une forme \u00ab\u00a0d\u2019affiliation textuelle\u00a0\u00bb, outrepassant la simple intertextualit\u00e9. En effet, le rapport vertical de l\u2019intertextualit\u00e9 se double d\u2019une circulation qui est un rapport horizontal de \u00ab\u00a0transmission\u00a0\u00bb d\u2019attachements affectifs \u00e0 la Lorraine, mais sous une forme tacite, en filigrane. Car la circulation signifie, d\u2019une part, des relations entre les \u00e9crivains (soit d\u2019amiti\u00e9, soit professionnelles), en \u00ab\u00a0face-\u00e0-face\u00a0\u00bb (Strauss, 1959\u00a0: 58) telle qu\u2019elles s\u2019irriguent d\u2019un fond culturel et d\u2019imaginaires communs et, d\u2019autre part, la lecture des \u00e9crivains des \u0153uvres des uns et des autres, pour en \u00e9crire encore d\u2019autres. Autrement dit, les savoirs, les imaginaires et les sentiments circulent, les syst\u00e8mes de r\u00e9f\u00e9rences \u00e9galement. En fait, on veut retrouver la trace litt\u00e9raire d\u2019une forme d\u2019affiliation collective d\u2019\u00e9criture juive lorraine. Cela s\u2019exprime sous forme de \u00ab\u00a0th\u00e9matisations litt\u00e9raires\u00a0\u00bb de figures particuli\u00e8res, embl\u00e9matis\u00e9es. On en \u00e9tablit quatre sortes, trois qui sont des figures d\u2019\u00e9crivains et une qui est une figure symbolique, mythologique. Parmi les \u00e9crivains, on distingue tout d\u2019abord la figure \u00ab\u00a0nationaliste\u00a0\u00bb dont la fonction est peut-\u00eatre d\u2019apprivoiser celui qui stigmatise les Juifs dans sa propre \u00e9criture\u00a0; puis la figure \u00ab\u00a0juive lorraine\u00a0\u00bb dont la fonction est d\u2019organiser une fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 une origine r\u00e9gionale commune et de manifester la circulation d\u2019un cadre d\u2019exp\u00e9rience de l\u2019entre-soi auquel le syntagme \u00ab\u00a0juive lorraine\u00a0\u00bb ici donne son sens\u00a0; enfin, la figure \u00ab\u00a0patrimoniale\u00a0\u00bb dont la fonction est de prolonger l\u2019inscription m\u00e9morielle lorraine. Pour finir, la figure symbolique mythologique, \u00e9videmment f\u00e9minine\u00a0: Jeanne d\u2019Arc, est une sorte de tableau, fonctionnant pour les \u00e9crivains juifs sur un mode similaire \u00e0 celui de l\u2019all\u00e9gorie de la \u00ab\u00a0Libert\u00e9 guidant le peuple\u00a0\u00bb d\u2019Eug\u00e8ne Delacroix, tableau charg\u00e9 de la r\u00e9f\u00e9rence r\u00e9publicaine patriotique, r\u00e9volutionnaire et de lib\u00e9ration. L\u2019affiliation textuelle ici est de l\u2019ordre du passage de la transposition des images avec un sens identique, celui de l\u2019\u00e9mancipation.<\/p>\n<p>Sur la figure \u00ab\u00a0nationaliste\u00a0\u00bb de Maurice Barr\u00e8s, l\u2019hommage rendu, quoique teint\u00e9 d\u2019ambivalence est quasi unanime et sa caract\u00e9ristique lorraine soulign\u00e9e. Trois des \u00e9crivains<a href=\"#_edn4\" name=\"_ednref4\">[4]<\/a> insistent sur l\u2019influence de ses ouvrages, sur l\u2019emprise litt\u00e9raire qu\u2019il exerce. Gustave Kahn a \u00e9t\u00e9 li\u00e9 \u00e0 Maurice Barr\u00e8s, a correspondu avec lui et lui a consacr\u00e9 quelques comptes rendus dans des revues\u00a0; Andr\u00e9 Spire \u00e9crit sur Maurice Barr\u00e8s en particulier dans un ouvrage d\u00e9di\u00e9 \u00e0 <em>Quelques Juifs et demi-Juifs <\/em>(1928) o\u00f9 Barr\u00e8s est le seul \u00e9crivain non-juif \u00e0 occuper un chapitre<a href=\"#_edn5\" name=\"_ednref5\">[5]<\/a>. Raymond Schwab consacre \u00e9galement des pages admiratives au \u00ab\u00a0g\u00e9nie\u00a0\u00bb de Barr\u00e8s dans son livre sur <em>Nancy <\/em>(1926). Autrement dit, l\u2019antis\u00e9mitisme violent et \u00e9vident de cet auteur \u00ab\u00a0nationaliste\u00a0\u00bb ne repr\u00e9sente pas un obstacle majeur\u00a0; Spire lui fait un sort, tandis que Schwab le passe sous silence. Il est vrai que les auteurs \u00e9crivent sur Barr\u00e8s apr\u00e8s l\u2019affaire Dreyfus dont l\u2019issue les a rassur\u00e9s sur leur place de citoyens.<\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0th\u00e9matisation litt\u00e9raire\u00a0\u00bb de la figure \u00ab\u00a0juive lorraine\u00a0\u00bb se porte sur James Darmesteter lui-m\u00eame qui en devient l\u2019objet. James Darmesteter incarne, en fait, l\u2019expression la plus aboutie de ce qu\u2019on a identifi\u00e9 comme une \u00ab\u00a0cha\u00eene d\u2019affiliations textuelles\u00a0\u00bb. Andr\u00e9 Spire r\u00e9dige un long essai sur lui en 1913 dans <em>Quelques Juifs<\/em>. L\u2019\u00e9tude est reprise dans une nouvelle parution en 1919, puis en 1928 lorsque le livre s\u2019augmente d\u2019un autre volume et s\u2019intitule <em>Quelques Juifs et demi-Juifs<\/em>. Aux yeux de Spire, le Lorrain James Darmesteter repr\u00e9sente le mod\u00e8le id\u00e9al d\u2019une fusion jud\u00e9o-fran\u00e7aise (Fhima, 2012). Ce n\u2019est pas ce que retient Gustave Kahn, en 1892 dans la revue socialiste belge, <em>la Soci\u00e9t\u00e9 nouvelle<\/em> \u00e0 propos des <em>Proph\u00e8tes d\u2019Isra\u00ebl<\/em> de Darmesteter (1894) dont la th\u00e8se proph\u00e9tique sur le bien de l\u2019humanit\u00e9 et de la science ne le convainc pas. Toutefois importe la place qu\u2019il lui accorde \u00e0 un moment o\u00f9 Kahn n\u2019\u00e9crivait pas aussi explicitement sur des \u0153uvres \u00e0 \u00ab\u00a0th\u00e8me juif\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Paul Verlaine est la figure \u00ab\u00a0patrimoniale\u00a0\u00bb par excellence. Ce n\u2019est pas une co\u00efncidence si c\u2019est Gustave Kahn qui s\u2019y attache et s\u2019att\u00e8le \u00e0 structurer la m\u00e9moire de l\u2019\u00e9crivain messin. Concern\u00e9 au premier chef, en tant que po\u00e8te, il se place au plus pr\u00e8s d\u2019une identification \u00ab\u00a0naturelle\u00a0\u00bb. Il exprime par ses hommages r\u00e9p\u00e9t\u00e9s une filiation et une fid\u00e9lit\u00e9 inscrites dans la dur\u00e9e. D\u2019ailleurs, on peut affirmer que Kahn cr\u00e9\u00e9 v\u00e9ritablement la trace m\u00e9morielle de Verlaine et l\u2019entretient comme on entretient la flamme patriotique. L\u2019affiliation textuelle qu\u2019il instaure s\u2019exerce moins \u00e0 travers une dette contract\u00e9e envers la po\u00e9sie de Verlaine elle-m\u00eame prise comme mod\u00e8le d\u2019\u00e9criture par Gustave Kahn, que par le fait que la c\u00e9l\u00e9bration du \u00ab\u00a0g\u00e9nie po\u00e9tique\u00a0\u00bb de Verlaine est \u00e9labor\u00e9e comme un patrimoine \u00ab\u00a0contr\u00f4l\u00e9\u00a0\u00bb par le seul po\u00e8te \u00e0 m\u00eame de l\u2019encenser de l\u2019int\u00e9rieur\u00a0: Gustave Kahn s\u2019est offert en repr\u00e9sentant et h\u00e9ritier quasi exclusif de ce passage de t\u00e9moin d\u2019une po\u00e9sie fran\u00e7aise symboliste.<\/p>\n<h2>Les traces messines de Gustave Kahn<\/h2>\n<p>Caract\u00e9ris\u00e9 comme un \u00ab\u00a0po\u00e8te messin\u00a0\u00bb par un chroniqueur de la revue <em>Le Pays Lorrain <\/em>en 1921, revue \u00e0 laquelle collaborait parfois Raymond Schwab, Gustave Kahn n\u2019\u00e9crit que rarement sur la Lorraine et moins encore sur Metz. Ou plus exactement deux p\u00e9riodes sont \u00e0 consid\u00e9rer\u00a0: avant 1900 et apr\u00e8s la Grande Guerre. On mesure combien cette polarit\u00e9 temporelle des traces m\u00e9morielles, du point de vue du sens du passage de la \u00ab\u00a0perte de lieu\u00a0\u00bb au \u00ab\u00a0lieu retrouv\u00e9\u00a0\u00bb, s\u2019av\u00e8re int\u00e9ressante \u00e0 consid\u00e9rer. En 1897, <em>Le Livre d\u2019images<\/em> est ainsi un ouvrage singulier<em>. <\/em>Y prennent place des po\u00e8mes d\u00e9veloppant des <em>Images mosellanes<\/em>, o\u00f9 le po\u00e8te entend donner des chansons, ainsi le \u00ab\u00a0Violonneux de Lorraine\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Voici des bouquets pour la fianc\u00e9e<br \/>\nEt les violons jouent l\u2019antique contre-danse.<br \/>\nOn s\u2019en va danser sous les peupliers<br \/>\nPr\u00e8s de la rivi\u00e8re, o\u00f9 les tiges s\u2019\u00e9lancent<br \/>\nDes herbes vertes comme paroles d\u2019esp\u00e9rance\u00a0\u00bb (Kahn, 1897\u00a0:\u00a0148)<\/p><\/blockquote>\n<p>Cette \u0153uvre doit cependant \u00eatre replac\u00e9e dans un contexte plurivoque\u00a0: les \u00ab\u00a0Mosellanes\u00a0\u00bb, comme l\u2019indique le titre du recueil, appartiennent \u00e0 un ensemble plus vaste d\u2019images\u00a0: aux \u00ab\u00a0Images d\u2019\u00cele de France\u00a0\u00bb succ\u00e8dent des \u00ab\u00a0Images du Rhin\u00a0\u00bb, des \u00ab\u00a0Images de landes\u00a0\u00bb, des \u00ab\u00a0Images de Provence\u00a0\u00bb et enfin des \u00ab\u00a0Images d\u2019Orient\u00a0\u00bb. En somme, toutes les identit\u00e9s du po\u00e8te se sont ici rassembl\u00e9es (Fhima, 2013). S\u2019auto-\u00e9tiquetant comme un po\u00e8te fran\u00e7ais, Kahn marque sa place dans les avant-gardes. Il figure comme un des repr\u00e9sentants du mouvement dit \u00ab\u00a0symboliste\u00a0\u00bb. Ce mouvement s\u2019harmonise \u00e0 la mode wagn\u00e9rienne pour donner son ampleur au symbole, sorte de mixage entre la r\u00e9alit\u00e9 et le r\u00eave. En ce sens, Kahn est donc \u00e0 prendre au mot\u00a0: pour lui, la Moselle, ce sont d\u2019abord des images. \u00c0 l\u2019\u00e9vidence, les traces sont, \u00e0 cette p\u00e9riode, t\u00e9nues. En fait, les traces d\u2019images lorraines sont \u00e0 rechercher moins dans son \u00e9criture que dans sa fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la po\u00e9sie.<\/p>\n<p>Dans ces interstices, entre images et gestuelles litt\u00e9raires de Gustave Kahn, Paul Verlaine vient occuper une place embl\u00e9matique. La structuration de la m\u00e9moire de Verlaine par Gustave Kahn se forge progressivement. Il avait nou\u00e9 des liens d\u2019amiti\u00e9 avec le po\u00e8te \u00e0 la fin de sa vie, en 1886. Kahn prononce un premier discours aux obs\u00e8ques de Verlaine en 1895. Puis, Kahn devient le pr\u00e9sident de la Soci\u00e9t\u00e9 des Amis de Paul Verlaine qui se constitue et se r\u00e9unit une fois par an donnant lieu \u00e0 maints discours. Apr\u00e8s la Grande Guerre, on constate une acc\u00e9l\u00e9ration de c\u00e9l\u00e9brations. Sans doute \u00e0 la faveur de la fin de l\u2019exil\u00a0? La terre \u00ab\u00a0retrouv\u00e9e\u00a0\u00bb semble en tout cas l\u2019occasion d\u2019amplifier le ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019approfondissement m\u00e9moriel. Gustave Kahn ne cesse d\u2019\u0153uvrer pour la m\u00e9moire de Verlaine, contribuant \u00e0 la mise en \u0153uvre du buste de Paul Verlaine \u00e0 Metz, dans sa ville natale. L\u2019inauguration du buste du po\u00e8te en est l\u2019aboutissement en 1925. Gustave Kahn prononce \u00e0 cette occasion un discours qui, de mani\u00e8re remarquable, contient d\u2019embl\u00e9e un rappel sur la commune origine messine des deux po\u00e8tes. Kahn se met au diapason de la m\u00e9moire de Verlaine qu\u2019il rappelle \u00e0 tous, soulignant le caract\u00e8re \u00ab\u00a0\u00e9ternel\u00a0\u00bb de sa po\u00e9sie. Ce discours r\u00e9v\u00e8le la mise en place d\u2019une v\u00e9ritable patrimonialisation litt\u00e9raire\u00a0: \u00ab\u00a0Au nom de tous les fervents de la po\u00e9sie (et j\u2019ai l\u2019honneur de saluer ici le nom d\u2019un grand messin Fran\u00e7ois de Curel) qui ont voulu apporter leur obole \u00e0 cette personnification de Verlaine dans sa patrie et donner ainsi une marque de sympathie au grand po\u00ebte [<em>sic<\/em>] et \u00e0 sa ville natale, je remets \u00e0 la Ville de Metz, aux \u00e9lus de notre ville natale \u00e0 Verlaine et \u00e0 moi-m\u00eame, le buste monumental auquel Metz donne place parmi ses arbres admirables et qu\u2019elle dressera sur un socle de pierre lorraine\u00a0\u00bb (Kahn, 1925a\u00a0: 1)<a href=\"#_edn6\" name=\"_ednref6\">[6]<\/a>.<\/p>\n<p>Le jour m\u00eame de la prononciation de ce discours d\u2019inauguration \u00e0 Metz, soit le 27 juin 1925, en une simultan\u00e9it\u00e9 \u00ab\u00a0m\u00e9diatique\u00a0\u00bb saisissante, Kahn livre, au <em>Figaro,<\/em> \u00e0 Paris, un article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Metz et Verlaine\u00a0\u00bb. Cette fois, l\u2019accent est v\u00e9ritablement mis sur Metz. On lit des descriptions \u00e9l\u00e9gantes de l\u2019Esplanade, des arbres, un r\u00e9cit imaginaire des jeux de Verlaine, enfant. Mais plus que tout la description se porte vers l\u2019histoire pass\u00e9e de la ville, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 G\u00e9rard de Nerval\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait un grand glacis arborescent de la citadelle. Ses all\u00e9es de marronniers aboutissaient \u00e0 une vaste plateforme, brusquement arr\u00eat\u00e9e par un petit mur surplombant un terrain accident\u00e9 de poternes recouvertes d\u2019herbes, zone sans arbres.\u00a0\u00bb (Kahn, 1925b\u00a0: 1) La comparaison entre Metz et Paris \u00e0 laquelle proc\u00e8de Kahn, non sous l\u2019angle de descriptions paysag\u00e8res mais sous celui d\u2019une caract\u00e9ristique historico-sociale, est particuli\u00e8rement int\u00e9ressante. Selon lui, \u00e0 Metz comme \u00e0 Paris, personne n\u2019y serait de \u00ab\u00a0vieille souche\u00a0\u00bb, ce sont deux villes \u00ab\u00a0d\u2019amalgame\u00a0\u00bb, dit-il. Cette id\u00e9e, il ne se lasse pas de la r\u00e9p\u00e9ter d\u2019un discours \u00e0 l\u2019autre. Sans doute a-t-elle une signification pacificatrice apr\u00e8s la Grande Guerre\u00a0: penser les mondes divers, penser les langues, penser les circulations de personnes. L\u2019\u00e9crivain doublement minoritaire \u00e0 Paris, en tant que juif messin, para\u00eet t\u00e9moigner d\u2019une exp\u00e9rience de la confrontation d\u2019alt\u00e9rit\u00e9s. Ainsi, cette id\u00e9e r\u00e9p\u00e9t\u00e9e donne \u00e0 Kahn comme une assise justifiant son double attachement.<\/p>\n<p>Dans cet article, Kahn \u00e9voque \u00e9galement ses propres souvenirs d\u2019enfance. Puis il conclut en revenant \u00e0 la figure de Verlaine\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 mesure qu\u2019il vieillissait, l\u2019emprise de Metz se r\u00e9veillait dans son esprit.\u00a0\u00bb En 1925, Kahn est \u00e2g\u00e9 de 66 ans, Verlaine est mort ayant \u00e0 peine d\u00e9pass\u00e9 la cinquantaine. Il n\u2019est pas tr\u00e8s difficile de comprendre que Kahn en passe par une identification empathique \u00e0 Verlaine. Sa propre exp\u00e9rience en est la r\u00e9sonance, lorsqu\u2019il s\u2019exprime de mani\u00e8re in\u00e9dite en un vocabulaire d\u2019attachement r\u00e9gional\u00a0: \u00ab\u00a0son lyrisme se r\u00e9chauffe aux souvenirs d\u2019enfance, ineffa\u00e7ables, aux souvenirs de la petite patrie, inoubliables\u00a0\u00bb. Au final, l\u2019inscription de Kahn par rapport \u00e0 la Lorraine est bien une construction symbolique. Il demeure dans le patrimoine, dans la valorisation de la po\u00e9sie moderne la plus fran\u00e7aise qui soit. Ainsi Gustave Kahn est travaill\u00e9 doublement par la m\u00e9moire\u00a0: celle de Verlaine et celle de Metz. Deux m\u00e9moires qu\u2019il rend consubstantielles, comme pour en d\u00e9gager un patrimoine qui puisse lui assurer sa propre post\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<h2>Nancy, l\u2019ambivalence des traces<\/h2>\n<p>Les \u00e9ditions \u00c9mile Paul Fr\u00e8res se sont dot\u00e9es d\u2019une collection d\u2019ouvrages intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Portrait de la France\u00a0\u00bb dont chacun rendait compte d\u2019une ville fran\u00e7aise. Le <em>Nancy <\/em>de Raymond Schwab fut le 7<sup>e<\/sup> de cette collection. D\u00e8s la premi\u00e8re page, il affirme que Nancy, l\u2019image de Nancy, doit se relier \u00e0 la m\u00e9moire\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Lien tr\u00e8s fort, une communaut\u00e9 de tristesse. Celle que j\u2019ai avec Nancy ressemble \u00e0 ces mauvais m\u00e9nages que d\u2019irritables affinit\u00e9s rendent indissolubles. Si je ne tol\u00e8re pas longtemps mon pass\u00e9 que me renvoient tous les pav\u00e9s de cette ville, j\u2019en prom\u00e8ne partout des fant\u00f4mes qui sont, dans les assises de ma m\u00e9moire, mes formateurs les plus tenaces\u00a0\u00bb (Schwab, 1926\u00a0: 8).<\/p><\/blockquote>\n<p>Or il ne cesse de d\u00e9velopper l\u2019id\u00e9e que si le retour est parfois possible, le souvenir n\u2019est pas si heureux. La nostalgie n\u2019a rien de doux. Se d\u00e9veloppe une pesanteur qui obscurcit l\u2019avenir et emp\u00eache \u00e0 l\u2019\u00eatre de s\u2019\u00e9panouir. Sauf s\u2019il s\u2019en \u00e9chappe. Raymond Schwab d\u00e9montre le besoin de l\u2019ailleurs et de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 pour cr\u00e9er, pour \u00e9crire, pour transformer. \u00ab\u00a0Plus que toute autre, celle ville-ci a une force d\u2019\u00e9tablissement. On n\u2019y respire des vertus que s\u00e9dentaires\u00a0: labeur, prudence, tradition, avec une fureur de critique o\u00f9 perce comme un d\u00e9sespoir de ne saisir d\u2019abord tout alliage que par l\u2019endroit de la paille\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>\u00a0: 10). Il \u00e9crit plus loin\u00a0: \u00ab\u00a0Puisqu\u2019ici chacun de mes pas est enlis\u00e9 dans mes propres traces, puisque je n\u2019ignore point quels morts m\u2019y attendent\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 22) Ce sont bien de traces m\u00e9morielles qu\u2019il s\u2019agit, mais ces traces sont celles de la mort. Pour Schwab, il faut se faire autre, ailleurs, tout en reconnaissant en soi ce qui demeure de l\u2019origine. Il \u00e9voque ensuite des figures, faisant se succ\u00e9der celles de Jeanne d\u2019Arc (\u00e0 plusieurs reprises), celles des fr\u00e8res James et Ars\u00e8ne Darmesteter\u00a0; l\u2019abb\u00e9 Gr\u00e9goire n\u2019est pas absent de la liste, sans que son r\u00f4le dans l\u2019\u00e9mancipation des Juifs soit pour autant \u00e9voqu\u00e9. Puis, Raymond Schwab consacre plusieurs pages \u00e0 Maurice Barr\u00e8s. C\u2019est pour lui l\u2019occasion d\u2019affirmer que Nancy n\u2019est pas une ville d\u2019artistes, que les artistes aspirant \u00e0 suivre leur vocation doivent partir, et m\u00eame quitter la Lorraine\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019aventure des artistes lorrains, \u00e9crit-il, suit l\u2019un ou l\u2019autre versant d\u2019une m\u00eame pente\u00a0: ce n\u2019est point hasard que le plus impatient d\u2019entre eux [Barr\u00e8s] mette en honneur le mot\u00a0: <em>d\u00e9racin\u00e9<\/em>, ils devaient choisir entre province et vocation. Si le temp\u00e9rament ethnique domine, l\u2019ombre du clocher les arr\u00eate au rang d\u2019enjoliveurs en quelque mati\u00e8re que ce soit\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>\u00a0:\u00a084).<\/p>\n<p>Andr\u00e9 Spire consacre \u00e0 Maurice Barr\u00e8s, dans son essai <em>Quelques Juifs et demi-juifs, <\/em>publi\u00e9 chez Grasset en deux volumes, en 1928, quelques commentaires \u00e9parpill\u00e9s et un chapitre entier. Ainsi, deux Barr\u00e8s se d\u00e9gagent\u00a0: un \u00ab\u00a0premier\u00a0\u00bb Barr\u00e8s d\u2019avant la Grande Guerre dont Spire rappelle l\u2019antis\u00e9mitisme et un \u00ab\u00a0deuxi\u00e8me Barr\u00e8s\u00a0\u00bb, qui ne figure plus que comme le grand \u00e9crivain en une sorte d\u2019hommage, \u00e0 sa mort en 1923. La pacification semble en passer par cette op\u00e9ration de distorsion du message barr\u00e9sien selon lequel les Juifs composaient un \u00e9l\u00e9ment \u00e9tranger \u00e0 la nation fran\u00e7aise. Andr\u00e9 Spire proposait, en regard, par cet essai, de s\u2019affirmer Juif fran\u00e7ais. \u00c0 la faveur du fait que Maurice Barr\u00e8s avait lui-m\u00eame att\u00e9nu\u00e9 son discours pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale en conc\u00e9dant aux Juifs la reconnaissance de leur appartenance aux <em>Diverses familles spirituelles de la France <\/em>(1917)<em>, <\/em>la blessure du rejet antis\u00e9mite s\u2019adoucit. La revendication d\u2019appartenance \u00e0 la nation, par des \u00e9crivains juifs comme Raymond Schwab et Andr\u00e9 Spire leur permet de se confronter au \u00ab\u00a0grand\u00a0\u00bb \u00e9crivain et de faire la d\u00e9monstration \u00e9crite de leur \u00e9gale position de d\u00e9positaires d\u2019une francit\u00e9 authentique, d\u2019autant plus authentique qu\u2019elle est lorraine et plus encore nanc\u00e9ienne, comme celle de Maurice Barr\u00e8s. Si le d\u00e9racinement est envisageable, ils le partagent donc au nom de leur m\u00eame condition d\u2019artistes fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Reste la question de la jud\u00e9it\u00e9. Selon Andr\u00e9 Spire, en cultivant son \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb lorrain et fran\u00e7ais, Maurice Barr\u00e8s aurait oblig\u00e9 les Juifs \u00e0 se pencher sur leur identit\u00e9 originelle\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 nous, Juifs, sa le\u00e7on de \u00ab\u00a0culture du Moi\u00a0\u00bb, il la donna de mani\u00e8re un peu rude\u00a0\u00bb (Spire, 1928, t.1\u00a0: VII), \u00e9crit-il en une formule euph\u00e9mis\u00e9e. Toutefois, s\u2019il para\u00eet peu probable que Spire ait con\u00e7u une dette si grande envers Maurice Barr\u00e8s afin de valoriser une identit\u00e9 juive latente, comme il l\u2019affirme, il faut bien constater une \u00e9criture de valorisation de la jud\u00e9it\u00e9 en tant qu\u2019elle est aussi lorraine. La th\u00e9matisation litt\u00e9raire s\u2019oriente alors vers la \u00ab\u00a0figure juive\u00a0\u00bb \u00e0 portraiturer. C\u2019est ainsi qu\u2019il s\u2019attache \u00e0 cet autre Lorrain, James Darmesteter. Spire en passe alors par l\u2019expression d\u2019une reconnaissance envers l\u2019esprit des Lumi\u00e8res, rappelle le r\u00f4le de la R\u00e9volution fran\u00e7aise pour les Juifs et celui de l\u2019abb\u00e9 Gr\u00e9goire. Il s\u2019emploie \u00e0 d\u00e9montrer que le patriotisme de Darmesteter trouvait \u00e0 s\u2019ancrer surtout dans les proph\u00e8tes bibliques mais \u00e9galement dans la figure de Jeanne d\u2019Arc. Pas plus que l\u2019antis\u00e9mitisme de Barr\u00e8s ne g\u00eane les \u00e9crivains juifs outre mesure, le catholicisme fervent de Jeanne d\u2019Arc ou le catholicisme de Verlaine ne d\u00e9rangent James Darmesteter ou Gustave Kahn dans leurs admirations r\u00e9ciproques m\u00eame s\u2019ils se tiennent \u00e0 distance de cette religiosit\u00e9 qui leur est \u00e9trang\u00e8re.<\/p>\n<p>Jeanne d\u2019Arc repr\u00e9sente une figure symbolique investie d\u2019un ensemble de valeurs identificatoires. Le patriotisme lorrain et donc national et r\u00e9publicain qu\u2019elle incarne, il faut l\u2019examiner non dans la r\u00e9interpr\u00e9tation de Spire des propos de James Darmesteter, mais directement dans les textes de celui-ci. Pour James Darmesteter, Jeanne d\u2019Arc est <em>le<\/em> sauveur et elle est li\u00e9e \u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise qui repr\u00e9sente \u00e9galement le salut par le triomphe de la raison puis de la science. Il valorise donc Jeanne d\u2019Arc dans deux ouvrages\u00a0: dans des <em>Lectures patriotiques sur l\u2019histoire de France <\/em>(1881) et dans de <em>Nouvelles \u00e9tudes anglaises <\/em>(1896), ouvrage posthume publi\u00e9 par Mary Darmesteter. Dans les <em>Lectures patriotiques, <\/em>ouvrage \u00e0 destination des enfants des \u00e9coles primaires, il est tout \u00e0 fait significatif qu\u2019il s\u00e9pare en deux parties l\u2019histoire de France, la c\u00e9sure s\u2019organisant autour de Jeanne d\u2019Arc. La deuxi\u00e8me partie s\u2019intitule en effet\u00a0: \u00ab\u00a0Depuis Jeanne d\u2019Arc jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution\u00a0\u00bb, selon un d\u00e9coupage de l\u2019histoire peu fr\u00e9quent. La saintet\u00e9 de Jeanne d\u2019Arc telle que la d\u00e9peint Darmesteter tout au long de ces chapitres, repr\u00e9sente une conception nationale, bien qu\u2019il retrace son enfance en Lorraine\u00a0: \u00ab\u00a0elle entend la voix de la France\u00a0\u00bb (Darmesteter, 1881\u00a0: 70). N\u2019oublions pas que James Darmesteter signe d\u2019un pseudonyme cet ouvrage\u00a0: J.-D. Lefran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Il proc\u00e8de quelque peu diff\u00e9remment dans les <em>Nouvelles \u00e9tudes anglaises<\/em>. De mani\u00e8re tout \u00e0 fait originale, Darmesteter analyse dans un long chapitre la repr\u00e9sentation de Jeanne d\u2019Arc dans les chroniques historiques anglaises et chez les historiens anglais, et m\u00eame dans des \u0153uvres picturales. C\u2019est \u00e0 la fois un essai d\u2019\u00e9rudition et en m\u00eame temps l\u2019affermissement d\u2019une passion ou fascination pour une figure mythifi\u00e9e qui constitue un \u00e9l\u00e9ment patrimonial et un ferment patriotique. Ainsi, James Darmesteter (1896\u00a0: 68) fa\u00e7onne constamment le lien entre le local et le national, mais surtout construit une \u00e9criture prise entre projet historiographique et dramaturgie lyrique\u00a0: \u00ab\u00a0Pour nous, son histoire m\u00eame est la po\u00e9sie supr\u00eame et toute imagination po\u00e9tique serait au-dessous. Qu\u2019elle soit donc l\u2019h\u00e9ro\u00efne de l\u2019histoire, non seulement du pass\u00e9, mais de l\u2019avenir\u00a0: la France doit se faire \u00e0 son image. [\u2026] \u00e0 cette heure o\u00f9 la conscience nationale se refait par l\u2019\u00e9ducation civique, cette vie doit \u00eatre l\u2019\u00e9cole et la m\u00e9ditation de tout Fran\u00e7ais et de toute Fran\u00e7aise\u00a0\u00bb. Et plus loin, il appuie\u00a0: \u00ab\u00a0Jeanne d\u2019Arc n\u2019appartient pas \u00e0 la France ancienne, elle appartient \u00e0 la France \u00e9ternelle\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>\u00a0: 69). Le raccord \u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise suit aussit\u00f4t\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Dans nos dix-huit si\u00e8cles d\u2019histoire, il n\u2019y a que deux dates\u00a0: 1429 et 1789, Jeanne d\u2019Arc et la R\u00e9volution. Tout l\u2019enseignement civique du si\u00e8cle doit tenir dans ces deux dates, dans ces deux mots\u00a0; par l\u00e0 s\u2019accomplira l\u2019avenir de la France\u00a0: l\u2019esprit de la R\u00e9volution avec l\u2019\u00e2me de Jeanne d\u2019Arc. L\u00e0 aussi l\u2019art trouvera ce qu\u2019il cherche en vain depuis des ann\u00e9es, sa R\u00e9publique fran\u00e7aise. [\u2026] La R\u00e9publique de l\u2019art, c\u2019est la bonne Lorraine, c\u2019est la Fran\u00e7aise id\u00e9ale qui en donne le symbole au Phidias attendu\u00a0\u00bb (<em>ibid. <\/em>69-70).<\/p><\/blockquote>\n<p>Le lien \u00e9troit que James Darmesteter \u00e9tablit entre Jeanne d\u2019Arc et la R\u00e9volution fran\u00e7aise et l\u2019accent passionn\u00e9 pour l\u2019exprimer, peuvent rappeler les conceptions de l\u2019historien romantique, Jules Michelet, selon lesquelles Jeanne d\u2019Arc constitue un \u00ab\u00a0relai d\u2019identit\u00e9s\u00a0\u00bb (Barthes, 1954\u00a0: 35). Toutefois, ce n\u2019est pas en termes d\u2019influence qu\u2019on peut comprendre cet \u00e9cho. Si l\u2019on pense que Darmesteter s\u2019accorde \u00e0 cette conception, il s\u2019av\u00e8re plus heuristique de rechercher la signification que rev\u00eat, pour lui, ce lien Jeanne d\u2019Arc\/R\u00e9volution fran\u00e7aise. De fait, c\u2019est en tant que savant juif fran\u00e7ais qui ambitionne d\u2019\u00eatre le h\u00e9raut de la culture fran\u00e7aise \u00e0 laquelle il voue un v\u00e9ritable culte, d\u2019\u00eatre un porteur de message de conscience citoyenne \u00e0 destination des g\u00e9n\u00e9rations futures, qu\u2019il op\u00e8re une double identification historique de fondation qui s\u2019ancre dans le territoire et dans l\u2019universalit\u00e9 du message\u00a0: d\u2019un c\u00f4t\u00e9, l\u2019identification \u00e0 Jeanne d\u2019Arc du fait de sa port\u00e9e sacrificielle qui en fait un \u00eatre christique \u00e0 valeur universelle, son origine lorraine venant renforcer la fid\u00e9lit\u00e9 de Darmesteter\u00a0; de l\u2019autre, l\u2019identification \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement R\u00e9volution, \u00e9mancipateur des Juifs, d\u00e9tenteur d\u2019un message plus universel encore parce qu\u2019il marque l\u2019av\u00e8nement de la R\u00e9publique, et donc empreint de sacralit\u00e9. La port\u00e9e de l\u2019appariement symbolique des deux faits est d\u2019incarner une exp\u00e9rience sp\u00e9cifique nationale.<\/p>\n<p>Dans un autre registre, Raymond Schwab aussi a \u00e9crit <em>sa <\/em>Jeanne d\u2019Arc. Il semble r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019invitation historique de James Darmesteter en composant un roman intitul\u00e9 <em>Mengeatte<\/em> (Schwab, 1914) dont l\u2019h\u00e9ro\u00efne, lorraine elle aussi, pr\u00e9sente des similitudes avec Jeanne d\u2019Arc, en ce qu\u2019image de vertu et de d\u00e9votion chr\u00e9tiennes, elle s\u2019attache \u00e0 vouloir d\u00e9livrer la Lorraine d\u2019envahisseurs su\u00e9dois au XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Par co\u00efncidence, le roman est publi\u00e9 juste en 1914. Traces m\u00e9morielles de la Lorraine encore chez Andr\u00e9 Spire, pr\u00e9cis\u00e9ment pendant la Grande Guerre lorsqu\u2019il retourne \u00e0 Nancy pour s\u2019occuper de l\u2019usine familiale de fabrication de chaussures. Le patriotisme fran\u00e7ais se noue avec le besoin de d\u00e9fendre la terre de la \u00ab\u00a0petite patrie\u00a0\u00bb. Andr\u00e9 Spire r\u00e9dige de nombreux po\u00e8mes publi\u00e9s apr\u00e8s la guerre dont la caract\u00e9ristique majeure r\u00e9side dans le fait que le po\u00e8te signale \u00e0 la fin de chacun d\u2019eux, qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 compos\u00e9s \u00e0 Nancy pendant la guerre. Nancy figure l\u00e0 comme trace de lieu d\u2019\u00e9criture inhabituel. On extraie le po\u00e8me \u00ab\u00a0Moi, Moi\u00a0\u00bb qui r\u00e9v\u00e8le un patriotisme anti-allemand accentu\u00e9, avec des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la pens\u00e9e de la \u00ab\u00a0race\u00a0\u00bb souvent mobilis\u00e9e par les contemporains \u00e0 cette p\u00e9riode\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Nous vous aurions donn\u00e9, m\u00eame notre chemise,<br \/>\nSi nous avions pu emp\u00eacher nos c\u00f4tes et nos gorges de rire<br \/>\nLorsque, sous les plis chauves de vos nuques p\u00e2teuses,<br \/>\nVos bouches opposaient \u00e0 notre b\u00e2tardise,<br \/>\nLe sang pur et la blonde dolichoc\u00e9phalie de vos grands-p\u00e8res.<\/p>\n<p>C\u2019est alors que vous vous \u00eates jet\u00e9s sur nous\u00a0!<br \/>\nNous aimions, nous pardonnions encore,<br \/>\nOn les pousse, on les force, pensions-nous\u00a0;<br \/>\n[\u2026]<\/p>\n<p>Et puis, qu\u2019est-ce que de pauvres murailles croulantes,<br \/>\nQuelques tristes hameaux \u00e0 demi d\u00e9sert\u00e9s,<br \/>\nEt, quelques mis\u00e9rables existences d\u2019esclaves<br \/>\nQui se font massacrer pour un lopin de terre,<br \/>\nEt n\u2019ont pas su mourir pour s\u00e9parer des fr\u00e8res \u00e9gar\u00e9s\u00a0!<\/p>\n<p>Mais vos hordes avan\u00e7aient, toujours ob\u00e9issantes,<br \/>\n\u00c9crasant, en chantant, nos \u00e9glises, nos livres,<br \/>\nIncendiant nos mus\u00e9es [\u2026]<br \/>\n<em>Nancy, janvier 1916-mai 1917<\/em>\u00a0\u00bb \u00a0(Spire, 1917)<\/p><\/blockquote>\n<p>Or dans ce po\u00e8me la Lorraine n\u2019appara\u00eet pas. Seule la pr\u00e9sence, en creux, de \u00ab\u00a0terres perdues\u00a0\u00bb et peut-\u00eatre de l\u2019Alsace en particulier, se per\u00e7oit\u00a0; la France semble importer davantage. En revanche, si ce n\u2019est dans le th\u00e8me d\u2019inspiration du texte, la Lorraine est pr\u00e9sente dans la localisation et la datation du po\u00e8me cr\u00e9\u00e9, appos\u00e9es apr\u00e8s le point final. \u00c9crire \u00e0 partir de Nancy se marque, comme se marque le fait qu\u2019on \u00e9crit \u00e0 cot\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience du front et des combats de Verdun tout proches. En 1919, Andr\u00e9 Spire publie <em>Le Secret, <\/em>recueil de po\u00e8mes dont certains sont empreints de l\u2019atmosph\u00e8re de la guerre, qui perdure\u00a0: la plupart des po\u00e8mes sont dat\u00e9s et localis\u00e9s \u00e0 Nancy, en pleine guerre. Si la ville ne s\u2019y trouve pas repr\u00e9sent\u00e9e, elle en est bien le marqueur ultime. Au reste, dans ses <em>Souvenirs \u00e0 b\u00e2tons rompus, <\/em>Andr\u00e9 Spire nous apprend dans une note infrapaginale qu\u2019un po\u00e8me de ce recueil, \u00ab\u00a0Retour\u00a0\u00bb, est inspir\u00e9 par un incident au sein de la soci\u00e9t\u00e9 nanc\u00e9ienne de sa jeunesse qu\u2019il critique (Spire, 1962\u00a0: 68). Si l\u2019on n\u2019avait pas dispos\u00e9 de cette information minimale, l\u2019inscription territoriale et le sujet du po\u00e8me, si t\u00e9nus, seraient rest\u00e9s herm\u00e9tiques \u00e0 la lecture, d\u2019autant que le lieu de r\u00e9daction \u00ab\u00a0Somewhere\u00a0\u00bb, est plein d\u2019une ironie \u00e9nigmatique\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Parce que, vers ce pays b\u00e9at, une guerre me ram\u00e8ne<br \/>\nComme un gibier chass\u00e9 revient \u00e0 son lanc\u00e9<br \/>\n[\u2026]<\/p>\n<p>Ils croient que je suis de leur monde [\u2026]<br \/>\n<em>Somewhere, f\u00e9vrier 1915<\/em>\u00a0\u00bb (Spire, 1919\u00a0: 172-173)<\/p><\/blockquote>\n<p>Assez \u00e9trangement, on trouve des po\u00e8mes guerriers chez ce po\u00e8te issu d\u2019une ville rest\u00e9e fran\u00e7aise, tandis qu\u2019il n\u2019y a rien de tel chez Gustave Kahn dont on a vu qu\u2019il valorise la diversit\u00e9 des origines de Metz pourtant annex\u00e9e. La guerre v\u00e9cue n\u2019est pas sans avoir d\u2019importance dans ce rapport \u00e0 la d\u00e9fense patriotique farouche. En 1925, lorsque Kahn loue le caract\u00e8re \u00ab\u00a0d\u2019amalgame\u00a0\u00bb de Metz gr\u00e2ce \u00e0 la fixation \u00e9ternelle de la post\u00e9rit\u00e9 de Verlaine, la menace que faisait peser la Grande Guerre sur l\u2019identit\u00e9 fran\u00e7aise s\u2019\u00e9loignait, remplac\u00e9e par l\u2019assurance d\u2019une continuit\u00e9 territoriale \u00e9tablie.<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>Marc Bloch qui a enseign\u00e9 \u00e0 la facult\u00e9 de Strasbourg dans l\u2019imm\u00e9diat apr\u00e8s-guerre, en 1919, proposait, en 1940, une lecture sur la Nation en mobilisant les \u00e9motions autour de deux p\u00f4les historiques\u00a0: \u00ab\u00a0le sacre de Reims\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0la f\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration\u00a0\u00bb (Bloch, 1946\u00a0: 198). Strasbourg symbolisait ainsi comme un lieu de r\u00e9paration nationale, et \u00e0 travers elle s\u2019exprimait l\u2019Alsace, province historiquement \u00ab\u00a0s\u0153ur\u00a0\u00bb de la Lorraine. Comment ne pas songer \u00e0 Marc Bloch en \u00e9voquant le cas de James Darmesteter qui associait si naturellement Jeanne d\u2019Arc et la R\u00e9volution fran\u00e7aise. Ce rapprochement permettrait ainsi de penser que le lieu d\u2019origine n\u2019influe peut-\u00eatre pas autant que l\u2019impr\u00e9gnation culturelle et les valeurs fran\u00e7aises incorpor\u00e9es qui, dans le cas des Juifs fran\u00e7ais, ont plus \u00e0 voir avec leur \u00e9mancipation qu\u2019avec l\u2019imaginaire d\u2019un enracinement uniquement local. Apr\u00e8s tout, Marc Bloch \u00e9tait n\u00e9 \u00e0 Lyon, de parents alsaciens. Or si on a montr\u00e9 que le rapport des \u00e9crivains juifs \u00e0 la Lorraine, autour des ann\u00e9es 1900, \u00e9tait nourri de traces m\u00e9morielles reli\u00e9es \u00e0 leur territorialisation nationale, on incline \u00e0 penser de fa\u00e7on connexe, que la part nationale est si importante qu\u2019elle subsume le rapport \u00e0 la Lorraine, mais \u00e9galement le rapport \u00e0 l\u2019Alsace.<\/p>\n<p>Ajouter ce tiers propice au rayonnement et \u00e0 la relation Lorraine\/France parce qu\u2019il agit comme un miroir, \u00e9claire et compl\u00e8te le chemin d\u2019incorporation des Juifs dans une modernit\u00e9 r\u00e9publicaine et fran\u00e7aise. Parce que le syntagme Alsace-Lorraine est \u00e0 cette \u00e9poque pens\u00e9 globalement et que, peu ou prou, les \u00e9crivains se situent en fonction de cette histoire li\u00e9e \u00e0 la th\u00e9matique des \u00ab\u00a0provinces perdues\u00a0\u00bb qui draine une partie des imaginaires et participe d\u2019un type d\u2019\u00e9crits sp\u00e9cifiques (les \u00e9crits de guerre, par exemple), notamment apr\u00e8s la guerre de 1870, l\u2019association de l\u2019Alsace \u00e0 la structuration de l\u2019imaginaire \u00ab\u00a0m\u00e9moriel\u00a0\u00bb lorrain que l\u2019on a voulu retracer n\u2019a rien d\u2019artificiel. D\u2019autant que les \u00e9crivains dont on a ici \u00e9voqu\u00e9 l\u2019\u00e9criture ont des liens familiaux en Alsace et que l\u2019Alsace fait \u00e9galement partie de leur patrimoine national d\u2019\u00e9criture puisque d\u2019autres \u00e9crivains juifs d\u2019origine alsacienne leur renvoient le miroir de leurs probl\u00e9matiques et puisent aux m\u00eames th\u00e9matisations litt\u00e9raires afin de d\u00e9montrer leur attachement \u00e0 la France.<\/p>\n<p>Il serait donc fructueux d\u2019\u00e9tendre la configuration d\u2019\u00e9crivains \u00e0 Edmond Fleg (1874-1963) n\u00e9 \u00e0 Gen\u00e8ve, dont la m\u00e8re \u00e9tait alsacienne et qui s\u2019est attach\u00e9 lui aussi \u00e0 \u00e9crire sur la figure de Jeanne d\u2019Arc\u00a0; \u00e0 Jean-Richard Bloch (1884-1947) dont le roman <em>Et Compagnie <\/em>(1918) relate l\u2019\u00e9pop\u00e9e d\u2019industriels drapiers juifs d\u2019Alsace qui ont opt\u00e9 pour la France en 1871 pour s\u2019installer dans l\u2019Ouest fran\u00e7ais\u00a0; au beau-fr\u00e8re de ce dernier, Andr\u00e9 Maurois (1885-1967), n\u00e9 \u00c9mile Herzog, qui travestit dans son roman <em>Bernard Quesnay <\/em>(1926) cette m\u00eame histoire d\u2019<em>Et Compagnie <\/em>v\u00e9cue par ses parents<em>\u00a0;<\/em> et Maurois de consacrer aussi un de ses premiers articles \u00e0 l\u2019\u00e9loge de Maurice Barr\u00e8s en commen\u00e7ant par un d\u00e9clamatoire \u00ab\u00a0Barr\u00e8s, ennemi de ma race, je t\u2019aime\u00a0\u00bb, puis saluant sa \u00ab\u00a0gr\u00eale malice de la Lorraine\u00a0\u00bb et son objectif d\u2019\u00ab\u00a0enraciner les d\u00e9racin\u00e9s\u00a0\u00bb, il d\u00e9montrait ainsi son emprise litt\u00e9raire (Maurois, 1910). Dresser cette liste d\u2019interconnexions, qui n\u2019est pas exhaustive, vise \u00e0 esquisser un cadre des exp\u00e9riences d\u2019\u00e9criture des \u00e9crivains juifs fran\u00e7ais en soulignant la f\u00e9condit\u00e9 de penser avec les \u00e9carts, avec la circulation des inter-th\u00e8mes et l\u2019historicisation de ces exp\u00e9riences d\u2019\u00e9criture en fonction des \u00e9chelles d\u2019analyse. Les cat\u00e9gories de territoires r\u00e9gional\/national et les id\u00e9es comme le proche et le lointain nous aident \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur l\u2019\u00e9criture et la litt\u00e9rature, sur le fait d\u2019\u00e9crire ailleurs sur l\u2019ici et le l\u00e0-bas, sur les images qu\u2019ainsi les \u00e9crivains se forgent d\u2019eux-m\u00eames \u00e9crivant.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p>Barthes R., 1954, <em>Michelet, <\/em>Paris, \u00c9d. Le Seuil, 1995.<\/p>\n<p>Bauman Z., 2010, <em>L\u2019Identit\u00e9, <\/em>trad. de l\u2019anglais par M. Denneby, Paris, \u00c9d. de l\u2019Herne.<\/p>\n<p>Bloch M., 1946, <em>L\u2019\u00c9trange d\u00e9faite, t\u00e9moignage \u00e9crit en 1940, <\/em>Paris, Gallimard, 1990.<\/p>\n<p>Darmesteter J., 1881, <em>Lectures patriotiques sur l\u2019histoire de France \u00e0 l\u2019usage des \u00e9coles primaires, <\/em>Paris, Delagrave.<\/p>\n<p>Darmesteter J., 1896, <em>Nouvelles \u00e9tudes anglaises, <\/em>Paris, Calmann-L\u00e9vy.<\/p>\n<p>Deleuze G., Guattari F., 1975, <em>Kafka. Pour une litt\u00e9rature mineure, <\/em>Paris, \u00c9d de Minuit.<\/p>\n<p>Elias, N. 1990, <em>Norbert Elias par lui-m\u00eame, <\/em>trad. de l\u2019allemand par J.-Cl. Cap\u00e8le, Paris, Fayard, 1991.<\/p>\n<p>Fhima C., 1997, \u00ab\u00a0Les \u00e9crivains juifs fran\u00e7ais et le sionisme (1897-1930)\u00a0\u00bb, <em>Archives juives, <\/em>30, 2, pp.\u00a049-70.<\/p>\n<p>Fhima C., 2012, \u00ab\u00a0Trajectoires de retour ou r\u00e9-affiliation\u00a0? Edmond Fleg et Andr\u00e9 Spire, deux \u00e9crivains aux prises avec une jud\u00e9it\u00e9 nouvelle au d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle\u00a0\u00bb, <em>Plurielles, <\/em>17, pp. \u00a076-86.<\/p>\n<p>Fhima C., 2013, \u00ab\u00a0De silence et d\u2019or\u00a0: un parcours d\u2019\u00e9crivain juif singulier de la fin du XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle au d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle \u00bb, pp.\u00a0245-262, <em>in<\/em>\u00a0: Lucbert Fr., Shryock R., dirs, <em>Gustave Kahn, un \u00e9crivain engag\u00e9,<\/em> Rennes, Presses universitaires de Rennes.<\/p>\n<p>Goffman E., 1974, <em>Les Cadres de l\u2019exp\u00e9rience,<\/em> trad. de l\u2019anglais par I. Joseph, Paris, \u00c9d. de Minuit, 1991.<\/p>\n<p>Goldschmidt G.-A., 2016, <em>Un destin, <\/em>Paris, \u00c9d. de l\u2019\u00c9clat.<\/p>\n<p>Hermon-Belot R., 2006, \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9laboration d\u2019une connaissance du juda\u00efsme au tournant de l\u2019\u00e9mancipation\u00a0: l\u2019abb\u00e9 Gr\u00e9goire, \u00e9mancipateur des Juifs et pr\u00eatre catholique\u00a0\u00bb, pp.\u00a0147-154, <em>in\u00a0<\/em>: Tollet D., dir., <em>Les \u00c9glises et le Talmud\u00a0: ce que les Chr\u00e9tiens savaient du juda\u00efsme, (XVI<sup>e<\/sup>-XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cles), <\/em>Paris, Presses de l\u2019universit\u00e9 Paris-Sorbonne.<\/p>\n<p>Kahn G., 1897, <em>Le Livre d\u2019images, <\/em>Paris, \u00c9d. Mercure de France.<\/p>\n<p>Kahn G., 1925a, \u00ab\u00a0Discours d\u2019inauguration du buste de Verlaine\u00a0\u00bb, Manuscrits Gustave Kahn, Fonds patrimoniaux, R\u00e9serve pr\u00e9cieuse, MS 1646, 5 f., 27 juin. Acc\u00e8s\u00a0: <a href=\"http:\/\/bm.metz.fr\/iguana\/www.main.cls?surl=reserve-precieuse\">http:\/\/bm.metz.fr\/iguana\/www.main.cls?surl=reserve-precieuse<\/a>.<\/p>\n<p>Kahn G., 1925b, \u00ab\u00a0Metz et Verlaine\u00a0\u00bb, <em>Le Figaro, suppl\u00e9ment litt\u00e9raire, <\/em>n<sup>o<\/sup>\u00a0325, 27 juin.<\/p>\n<p>Lardinois R., 2008, \u00ab\u00a0Raymond Schwab\u00a0\u00bb, pp.\u00a0878-879, <em>in<\/em>\u00a0: Pouillon Fr., Valensi L., dirs, <em>Dictionnaire des orientalistes de langue fran\u00e7aise, <\/em>Paris, \u00c9d. Karthala.<\/p>\n<p>Maurois A. [Herzog \u00c9.], 1910, \u00ab\u00a0M\u00e9ditation sur Barr\u00e8s\u00a0\u00bb, <em>L\u2019Effort<\/em>, n<sup>o<\/sup>\u00a06, 15 ao\u00fbt.<\/p>\n<p>Schwab R. 1926, <em>Nancy, <\/em>Paris, \u00c9d. \u00c9mile Paul-Fr\u00e8res.<\/p>\n<p>Schwab R., 1914, <em>Mengeatte, <\/em>Paris, Grasset.<\/p>\n<p>Spire A., 1917, <em>Moi\u00a0!&#8230; Moi\u00a0!!!, <\/em>Nevers, Imprimerie Nouvelle l\u2019Avenir.<\/p>\n<p>Spire A., 1919, <em>Le Secret, <\/em>Paris, \u00c9d. La Nouvelle revue fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Spire A., 1928, <em>Quelques Juifs et demi-Juifs, <\/em>Paris, Grasset, 2 vol.<\/p>\n<p>Spire A., 1962, <em>Souvenirs \u00e0 b\u00e2tons rompus, <\/em>Paris, A.\u00a0Michel.<\/p>\n<p>Strauss A. L., 1959, <em>Miroirs et masques. Une introduction \u00e0 l\u2019interactionnisme, <\/em>trad. de l\u2019am\u00e9ricain par M. Falandry<em>, <\/em>Paris, \u00c9d. M\u00e9taill\u00e9, 1992.<\/p>\n<p>Wilfert Portal B., 2002, \u00ab\u00a0\u201cCosmopolis et l\u2019homme invisible\u201d Les importateurs de litt\u00e9rature \u00e9trang\u00e8re en France, 1885-1914\u00a0\u00bb, <em>Actes de la recherche en sciences sociales,<\/em> 144, 4, pp.\u00a033-46.<\/p>\n<p>Yerushalmi Y. H., 1982, <em>Zakhor, histoire juive et m\u00e9moire juive, <\/em>trad. de l\u2019anglais par \u00c9.\u00a0Vigne, Paris, \u00c9d. La D\u00e9couverte, 1984.<\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\">[1]<\/a> Le contexte fran\u00e7ais de la litt\u00e9rature et de la position sociale et politique des Juifs s\u2019av\u00e9rant diff\u00e9rent de celui d\u2019autres ensembles nationaux, certaines des propositions conceptuelles f\u00e9condes, d\u00e9clin\u00e9es \u00e0 partir de l\u2019id\u00e9e de \u00ab\u00a0territoire\u00a0\u00bb, de Deleuze et Guattari analysant l\u2019\u0153uvre de Franz Kafka, sont ici utilis\u00e9es diff\u00e9remment (Deleuze, Guattari, 1975).<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref2\" name=\"_edn2\">[2]<\/a> On entend par \u00ab\u00a0gestuelle litt\u00e9raire\u00a0\u00bb tout ce qui accompagne la production d\u2019un texte\u00a0: l\u2019insertion dans des courants d\u2019\u00e9criture, dans des r\u00e9seaux de sociabilit\u00e9s, les actions dans des comit\u00e9s d\u2019\u00e9crivains, les \u00e9diteurs, la r\u00e9ception par les critiques, la valorisation de leurs textes dans la presse par les auteurs eux-m\u00eames, etc.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref3\" name=\"_edn3\">[3]<\/a> C\u2019est d\u2019ailleurs par le biais de la litt\u00e9rature anglaise qu\u2019il rencontre la po\u00e9tesse Mary Robinson dont il traduit un livre de po\u00e9sies (<em>Po\u00e9sies<\/em>, Paris, A. Lemerre, 1888). Il l\u2019\u00e9pouse ensuite.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref4\" name=\"_edn4\">[4]<\/a> D\u2019une g\u00e9n\u00e9ration ant\u00e9rieure, James Darmesteter en est exclu. Curieusement son \u00e9pouse Mary Darmesteter noue, des ann\u00e9es plus tard, des liens d\u2019amiti\u00e9 litt\u00e9raire avec Maurice Barr\u00e8s\u00a0: <em>Lettres \u00e9chang\u00e9es<\/em>, Mary Duclaux et Maurice Barr\u00e8s, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de <em>les Trois Mary<\/em> par Daniel Hal\u00e9vy, Paris, Grasset, 1959.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref5\" name=\"_edn5\">[5]<\/a> Signalons un chapitre intitul\u00e9 \u00ab\u00a0<em>Silberman <\/em>par Jacques de Lacretelle\u00a0\u00bb, o\u00f9 Spire indique l\u2019origine lorraine (non juive) de l\u2019\u00e9crivain, mais l\u2019essai analyse le roman, non le romancier (Spire, 1928\u00a0: 63-91).<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref6\" name=\"_edn6\">[6]<\/a> Les Biblioth\u00e8ques-M\u00e9diath\u00e8ques de Metz \u2013 D\u00e9partement Patrimoines, conservent et valorisent un Fonds Gustave Kahn. Je remercie particuli\u00e8rement Nicolas Jourdan de m\u2019avoir facilit\u00e9 l\u2019acc\u00e8s aux manuscrits de Kahn sur Paul Verlaine notamment en me fournissant, en d\u00e9cembre 2016, des pages num\u00e9ris\u00e9es de son discours du 27 juin 1925\u00a0: Manuscrits Gustave Kahn, Fonds patrimoniaux, R\u00e9serve pr\u00e9cieuse, MS 1646 (notice consultable en ligne <a href=\"http:\/\/bm.metz.fr\/iguana\/www.main.cls?surl=reserve-precieuse\">http:\/\/bm.metz.fr\/iguana\/www.main.cls?surl=reserve-precieuse<\/a>).[\/vc_column_text][\/vc_column][\/vc_row]<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[vc_row][vc_column][vc_column_text]Catherine Fhima Centre de recherches historiques \u00c9cole des hautes \u00e9tudes en sciences sociales F-75013 Paris Catherine.fhima[at]wanadoo.fr Arch\u00e9ologie d\u2019une m\u00e9moire lorraine chez des \u00e9crivains juifs fran\u00e7ais autour de<\/p>\n<p> <a class=\"more-link\" href=\"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/it\/catherine-fhima\/\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-3797","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/it\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/3797","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/it\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/it\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/it\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/it\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3797"}],"version-history":[{"count":3,"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/it\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/3797\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4559,"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/it\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/3797\/revisions\/4559"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/it\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3797"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}