{"id":3876,"date":"2017-07-17T13:52:05","date_gmt":"2017-07-17T12:52:05","guid":{"rendered":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/?page_id=3876"},"modified":"2018-03-27T16:26:48","modified_gmt":"2018-03-27T15:26:48","slug":"sylvie-rosienski-pellerin","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/it\/sylvie-rosienski-pellerin\/","title":{"rendered":"Sylvie Rosienski-Pellerin"},"content":{"rendered":"<p>[vc_row][vc_column][vc_column_text]<strong>Sylvie Rosienski-Pellerin<\/strong><br \/>\nUniversit\u00e9 York, Coll\u00e8ge universitaire Glendon<br \/>\nCA-M4N 3M6<br \/>\nrosienski[at]glendon.yorku.ca<\/p>\n<h1>Le Graoully dans la litt\u00e9rature de jeunesse\u00a0d\u2019aujourd\u2019hui\u00a0: entre v\u00e9rit\u00e9 historique, anachronismes et mise en tourisme<\/h1>\n<hr \/>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Le Graoully, c\u2019\u00e9tait Metz, et Metz, c\u2019\u00e9tait le Graoully. Si on touchait \u00e0 cette effigie empaill\u00e9e, on touchait \u00e0 chaque citoyen [\u2026] [C]haque enfant de la ville, depuis des g\u00e9n\u00e9rations, \u00e9tait parti au lit avec la menace parentale d\u2019\u00eatre d\u00e9vor\u00e9 par le Graoully s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas sage [\u2026].\u00a0\u00bb (C. Autain, <em>La R\u00e9surrection du Graoully<\/em>).<\/p><\/blockquote>\n<p>Propre \u00e0 la ville de Metz, la l\u00e9gende du Graoully se rattache \u00e0 ces nombreuses l\u00e9gendes de saints \u00ab\u00a0sauroctones\u00a0\u00bb (ou tueurs de dragons) qui illustraient autrefois la victoire du christianisme sur le paganisme\u00a0; des l\u00e9gendes par lesquelles, au fil des si\u00e8cles, le monstre (serpent, dragon, drac ou vouivre) s\u2019est parfois transform\u00e9 pour devenir en quelque sorte le \u00ab\u00a0<em>palladium <\/em>[catalyseur] d\u2019une communaut\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0(Dumont, 1951\u00a0: 227). \u00c0 ce titre, le Graoully (ou \u00ab\u00a0dragon de saint Cl\u00e9ment\u00a0\u00bb) rejoint la Tarasque de sainte Marthe \u00e0 Tarascon ou la Grand\u2019 Goule de sainte Radegonde \u00e0 Poitiers. Sacr\u00e9 \u00ab\u00a0Figure de Metz\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn1\" name=\"_ednref1\"><sup><sup>[1]<\/sup><\/sup><\/a> par les biblioth\u00e8ques-m\u00e9diath\u00e8ques de Metz, le Graoully s\u2019affiche en effet aujourd\u2019hui clairement comme \u00ab\u00a0\u00e9l\u00e9ment fondateur d\u2019une identit\u00e9 urbaine\u00a0\u00bb (<em>La Semaine.fr<\/em>, 10 d\u00e9c. 2009)\u00a0: embl\u00e8me de l\u2019\u00e9quipe de football, repr\u00e9sentant de la voix du peuple messin dans \u00ab\u00a0Le Graoully d\u00e9cha\u00een\u00e9 \u2013 l\u2019actualit\u00e9 par ceux qui la vivent \u2013 <a href=\"http:\/\/www.legraoullydechaine.fr\">www.legraoullydechaine.fr<\/a>\u00a0\u00bb, il d\u00e9signe m\u00eame, par une antonomase locale, tout habitant de Metz, qui devient ainsi \u00ab\u00a0un graoully\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Avec la valorisation grandissante du patrimoine culturel immat\u00e9riel en France et ailleurs (notamment depuis l\u2019entr\u00e9e en vigueur en 2006 de la Convention sur la protection et la promotion de la diversit\u00e9 des expressions culturelles de l\u2019Unesco), il n\u2019est pas surprenant que le Graoully, comme ces autres monstres ou dragons l\u00e9gendaires (dans les deux sens du terme), fasse aussi un retour marqu\u00e9 en litt\u00e9rature. Le premier titre de la s\u00e9rie de polars fantastiques pour adultes inspir\u00e9e de l\u00e9gendes lorraines de Camille Autain, <em>La R\u00e9surrection\u00a0du Graoully <\/em>(2014), nous semble \u00e0 cet \u00e9gard plut\u00f4t m\u00e9taphorique<a href=\"#_edn2\" name=\"_ednref2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p>C\u2019est en litt\u00e9rature de jeunesse que le retour des dragons locaux est particuli\u00e8rement notable\u00a0: sous l\u2019influence ind\u00e9niable de la <em>fantasy<\/em> et des politiques culturelles et \u00e9ducatives<a href=\"#_edn3\" name=\"_ednref3\">[3]<\/a>, paraissent ainsi depuis plusieurs ann\u00e9es des ouvrages qui revisitent, pour un jeune public et essentiellement gr\u00e2ce \u00e0 des maisons d\u2019\u00e9dition locales, des l\u00e9gendes de saints sauroctones souvent entam\u00e9es par la popularit\u00e9 de leur dragon (voir, entre autres, Na\u00efma, Mahler, 2015). \u00c0 cet \u00e9gard, le Graoully n\u2019a rien \u00e0 envier \u00e0 ses cong\u00e9n\u00e8res\u00a0: h\u00e9ros de deux nouveaux albums pour enfants en 2011 et 2012 (un d\u00e9tournement avec dossier p\u00e9dagogique [Larchev\u00eaque, 2011] et une adaptation assez traditionnelle de la l\u00e9gende [Bastien, Laurendin, 2012]), il est depuis peu au centre d\u2019un r\u00e9cit de d\u00e9tection jeunesse dont l\u2019enqu\u00eate permet au protagoniste \u2013 et donc au lecteur \u2013 de d\u00e9couvrir Metz (Haury, 2016)\u00a0: trois ouvrages bien en vue dans la section jeunesse des librairies messines, \u00e0 l\u2019Office du tourisme de la ville, mais aussi au mus\u00e9e de la Cour d\u2019or de Metz.<\/p>\n<p>Tout processus de patrimonialisation \u2013 car c\u2019est bien de cela dont il s\u2019agit \u00e0 divers degr\u00e9s dans ces ouvrages jeunesse \u2013 n\u00e9cessite cependant que l\u2019objet, pour devenir patrimoine, soit per\u00e7u comme h\u00e9ritage, comme legs que l\u2019on s\u2019approprie avant de pouvoir le transmettre (Davallon, 2002). Or la l\u00e9gende est un genre qui s\u2019inscrit dans le local, pour ne pas dire, avec Jean-Marie Privat et Marie-Christine Vinson, dans le localis\u00e9 et le localisable (Privat, Vinson, 2000\u00a0: 100), o\u00f9 le r\u00e9cit est \u00ab\u00a0ancr\u00e9 dans un r\u00e9el historique et g\u00e9ographique pr\u00e9cis\u00a0\u00bb, mais o\u00f9 le merveilleux le \u00ab\u00a0lib\u00e8r[e] de ces m\u00eames attaches r\u00e9f\u00e9rentielles\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 100-101). Que deviennent alors les rep\u00e8res spatio-temporels de la l\u00e9gende dans ces ouvrages dont l\u2019objectif premier semble \u00eatre l\u2019appropriation, par les jeunes, d\u2019un patrimoine oral tr\u00e8s ancien, mais \u00e9troitement associ\u00e9 \u00e0 l\u2019identit\u00e9 d\u2019une communaut\u00e9 bien contemporaine et bien r\u00e9elle, la leur\u00a0? Quels sont les lieux privil\u00e9gi\u00e9s par ces promenades litt\u00e9raires dans l\u2019univers du Graoully et quelle place ces derni\u00e8res accordent-elles au contexte historique\u00a0? C\u2019est ce que nous nous proposons d\u2019examiner ici\u00a0: nous tenterons de montrer que si ces trois r\u00e9appropriations de la l\u00e9gende du Graoully se rejoignent par leur nature fortement didactique, leur approche est bien diff\u00e9rente\u00a0: brouillage des rep\u00e8res temporels pour l\u2019un, exploitation patrimoniale du contexte historique pour le second, alors que le dernier verse clairement dans la mise en tourisme.<\/p>\n<h2>La l\u00e9gende du Graoully\u00a0: de l\u2019hagiographie au folklore<\/h2>\n<p>Il nous semble important, pour une meilleure lisibilit\u00e9 des ouvrages \u00e0 l\u2019\u00e9tude, de replacer la l\u00e9gende du \u00ab\u00a0dragon\u00a0de saint Cl\u00e9ment\u00a0\u00bb dans l\u2019histoire, et de rappeler, dans leurs grandes lignes, quelques \u00e9l\u00e9ments de son \u00e9volution.<\/p>\n<p>Pr\u00e9cisons que si la toute premi\u00e8re mention \u00e9crite (attest\u00e9e) de la vie de saint Cl\u00e9ment, le <em>Liber de episcopis de Mettensibus<\/em> de Paul Diacre (784), pr\u00e9sente Cl\u00e9ment comme un envoy\u00e9 de saint Pierre (ce qui situerait l\u2019\u00e9v\u00eaque vers la moiti\u00e9 du I<sup>er <\/sup>si\u00e8cle apr\u00e8s J.-C.), les historiens s\u2019accordent aujourd\u2019hui pour affirmer qu\u2019il aurait plut\u00f4t v\u00e9cu au milieu du III<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle. Quant aux points d\u2019ancrage de la l\u00e9gende dans la topographie messine, si ce m\u00eame texte de Paul Diacre mentionne l\u2019ancien amphith\u00e9\u00e2tre romain (situ\u00e9 \u00e0 l\u2019emplacement du Centre Pompidou actuel) comme le lieu o\u00f9 Cl\u00e9ment choisit de s\u2019installer avant d\u2019y construire un oratoire en l\u2019honneur de saint Pierre (qui deviendra Saint-Pierre aux ar\u00e8nes), il y est seulement \u00e9crit qu\u2019\u00e0 partir de l\u2019arriv\u00e9e de saint Cl\u00e9ment \u00ab\u00a0aucun serpent ne chercha plus \u00e0 s\u2019y installer \/ ne put y rester\u00a0\u00bb ([<em>usque ad presentem diem nec serpens consistere queat<\/em>]. C\u2019est au XI<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, dans un ajout \u00e0 ce texte par des moines de l\u2019abbaye saint Cl\u00e9ment d\u00e9sireux de garder les reliques de l\u2019\u00e9v\u00eaque (Picard, 1990\u00a0: 378) qu\u2019apparaissent, parmi les nombreux miracles du saint homme, ce que l\u2019on peut consid\u00e9rer comme les racines de la l\u00e9gende. Cet ajout, qui devint la <em>Vita prima,<\/em> raconte en effet que le souffle pestilentiel des serpents qui occupaient l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre s\u2019\u00e9tendait \u00e0 toute la ville et faisait mourir ses habitants, et que les Messins s\u2019engag\u00e8rent aupr\u00e8s de Cl\u00e9ment \u00e0 renoncer\u00a0\u00e0 leurs croyances (pa\u00efennes) et \u00e0 se convertir au christianisme s\u2019il r\u00e9ussissait \u00e0 les d\u00e9barrasser de la b\u00eate. Le texte pr\u00e9cise qu\u2019\u00e0 l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre, Cl\u00e9ment s\u2019adressa alors au plus gros des serpents, lui passa son \u00e9tole autour du cou et le conduisit \u00e0 la rivi\u00e8re (la Seille) o\u00f9 il le d\u00e9tacha en lui ordonnant de traverser le fleuve pour ne plus revenir\u00a0; ce que fit le serpent, suivi de tous les autres. Un texte hagiographique l\u00e9g\u00e8rement post\u00e9rieur \u00e0 la <em>Vita prima<\/em>, la <em>Vita secunda<\/em> (XI<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle aussi), reprendra le m\u00eame \u00e9pisode \u00e0 la diff\u00e9rence pr\u00e8s que saint Cl\u00e9ment s\u2019adresse \u00e0 l\u2019animal en utilisant le mot \u00ab\u00a0dragon\u00a0\u00bb (et non serpent). C\u2019est aussi dans ce texte, probablement r\u00e9dig\u00e9 \u00e0 Gorze, pr\u00e8s de Metz (Chazan, 2000\u00a0: 28-29), qu\u2019il est rapport\u00e9 que Cl\u00e9ment fit \u00e9tape \u00e0 Gorze o\u00f9 une pierre aurait, depuis, gard\u00e9 l\u2019empreinte des genoux de l\u2019\u00e9v\u00eaque en pri\u00e8re.<\/p>\n<p>La l\u00e9gende ne changera gu\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 la fin du Moyen \u00c2ge, \u00e9poque \u00e0 laquelle on raconte aussi que plut\u00f4t que de lib\u00e9rer le dragon, Cl\u00e9ment l\u2019avait noy\u00e9 dans la Seille. Comme le souligne Mireille Chazan (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 34-35), \u00ab\u00a0l\u2019image du dragon [\u2026] dompt\u00e9 mais non d\u00e9truit [\u2026] a [alors] compl\u00e8tement disparu. Les la\u00efcs, ignorant les sources latines et savantes de la l\u00e9gende de saint Cl\u00e9ment, banalisent le th\u00e8me du dragon\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ajoutons enfin que\u00a0le \u00ab\u00a0dragon de saint Cl\u00e9ment\u00a0\u00bb ne sera gratifi\u00e9 d\u2019un nom (gagnant ainsi en autonomie sur le saint) qu\u2019\u00e0 partir du milieu du XVI<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle\u00a0: <em>Growelin<\/em>, ou <em>Graulin<\/em>, puis <em>Grolly<\/em> \u00e0 la fin du XVII<sup>e<\/sup> (Wagner, 2000\u00a0: 82)<a href=\"#_edn4\" name=\"_ednref4\">[4]<\/a>. C\u2019est aussi l\u2019\u00e9poque o\u00f9 la l\u00e9gende commence \u00e0 verser dans le folklore, que le dragon devient amateur de chair humaine et qu\u2019appara\u00eet la nouvelle \u00e9tymologie de la rue Taison (\u00ab\u00a0Taisons-nous\u00a0! Taisons-nous\u00a0!\u00a0\u00bb)<a href=\"#_edn5\" name=\"_ednref5\">[5]<\/a>. Depuis, le folklore a fait du dragon un monstre ail\u00e9 qui survolait la ville de Metz \u00e0 la recherche de ses proies (surtout des enfants)<a href=\"#_edn6\" name=\"_ednref6\">[6]<\/a>, mais qui hanterait peut-\u00eatre encore les lieux, sa disparition n\u2019ayant jamais pu \u00eatre prouv\u00e9e. Certains diront m\u00eame que tant que l\u2019effigie du monstre restera enferm\u00e9e dans la crypte de la cath\u00e9drale, la ville sera en s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<h2><em>Le Graoully<\/em> (album)<\/h2>\n<p>Devant la premi\u00e8re de couverture du <em>Graoully<\/em>, album de Ren\u00e9 Bastien, Bernard Laurendin et Laurel (2012), le tout jeune lecteur messin ne s\u2019y trompera pas\u00a0: cette cath\u00e9drale de pierre jaune qui occupe le tiers de la page, c\u2019est celle de sa ville, qu\u2019il conna\u00eet bien, et ce dragon rouge qui le regarde du coin de l\u2019\u0153il, perch\u00e9 sur le toit de la cath\u00e9drale, ce ne peut \u00eatre que le Graoully. Mais reconna\u00eetra-t-il le personnage de gauche, qui porte une longue \u00e9charpe et une croix autour du cou\u00a0? Car sous couvert de l\u2019histoire du c\u00e9l\u00e8bre dragon, c\u2019est en fait surtout celle du premier \u00e9v\u00eaque de Metz qui sera ici racont\u00e9e. Le Graoully se pr\u00e9sente en effet comme un album hybride, \u00e0 la crois\u00e9e de la <em>fantasy<\/em>, de la l\u00e9gende populaire et du texte religieux, et dans lequel illustratrice et auteurs ont donc choisi de faire fi de tout r\u00e9alisme historique, quitte \u00e0 verser parfois dans l\u2019anachronisme et \u00e0 rejeter du m\u00eame coup toute tentative d\u2019exploitation p\u00e9dagogique visant \u00e0 une structuration du temps par le jeune lecteur.<\/p>\n<p>L\u2019album s\u2019ouvre sur l\u2019imaginaire enfantin des dragons\u00a0: un univers enti\u00e8rement fictif, a-temporel, presque mythique. Le fils d\u2019Horus (notons la r\u00e9f\u00e9rence au dieu faucon de la mythologie \u00e9gyptienne) est n\u00e9 sur l\u2019\u00eele aux Dragons, une \u00eele \u00ab\u00a0oubli\u00e9e\u00a0des hommes\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0que les cartographes [n]\u2019ont pas dessin\u00e9e\u00a0\u00bb. Il y vit quelque temps jusqu\u2019au jour o\u00f9 un cyclone l\u2019emporte \u00e0 \u00ab\u00a0Divodurum (l\u2019antique cit\u00e9 de Metz), au c\u0153ur de l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre situ\u00e9 sur les bords de la Seille\u00a0\u00bb. Il mange une ch\u00e8vre, y prend go\u00fbt, et\u2026 devient un dangereux carnivore. S\u2019op\u00e8re ainsi un glissement g\u00e9n\u00e9rique vers la l\u00e9gende, dans une version qui puise cependant \u00e0 la fois dans l\u2019hagiographie (m\u00eame si le mot \u00ab\u00a0saint\u00a0\u00bb n\u2019est en fait jamais utilis\u00e9) et dans le merveilleux des adaptations populaires plus r\u00e9centes de l\u2019histoire du Graoully. Cl\u00e9ment, envoy\u00e9 \u00e0 Metz par le Pape<a href=\"#_edn7\" name=\"_ednref7\">[7]<\/a>, s\u2019arr\u00eate \u00e0 Gorze o\u00f9 il prie\u00a0; arriv\u00e9 \u00e0 Metz, press\u00e9 par la population qui reconna\u00eet en lui le repr\u00e9sentant de Dieu, il accepte de faire face \u00e0 ce dragon cracheur de feu et amateur de chair humaine qui plane au-dessus de la ville et menace la population ; il lui passe \u00ab\u00a0mine de rien\u00a0\u00bb son \u00e9tole autour du cou et l\u2019\u00e9trangle avant de le jeter \u00e0 la Seille.<\/p>\n<p>\u00c0 ce m\u00e9lange des genres s\u2019ajoutent quelques libert\u00e9s prises tant dans\u00a0la narration verbale (texte) que dans la narration iconique (images), libert\u00e9s qui ne manqueront pas de faire sourciller le lecteur adulte averti, en l\u2019occurrence l\u2019adulte qui accompagnera la lecture et saura replacer saint Cl\u00e9ment au d\u00e9but du Christianisme. L\u2019ouverture du r\u00e9cit textuel de la partie l\u00e9gende \u2013 \u00ab\u00a0Tout est calme,\u00a0la guerre avec les Gaulois est termin\u00e9e\u00a0\u00bb \u2013 semble situer l\u2019action peu apr\u00e8s la guerre des Gaules, c\u2019est-\u00e0-dire peu apr\u00e8s 51\/50 <em>avant <\/em>J.-C. et donc, en toute logique, pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle avant le premier pape. Et la narration iconique (destin\u00e9e en premier lieu aux jeunes lecteurs-cibles) d\u2019\u00e9voquer quant \u00e0 elle un Divodurum plut\u00f4t f\u00e9odal avec, en lieu de l\u00e9gionnaires romains, des chevaliers ou soldats avec cottes de mailles, casques cerveli\u00e8res, boucliers \u00e9cus et \u00e9tendards \u00e0 deux pointes. \u00c0 l\u2019univers di\u00e9g\u00e9tique d\u2019Ast\u00e9rix possiblement \u00e9voqu\u00e9 par l\u2019allusion \u00e0 la guerre des Gaules s\u2019en superpose ainsi visuellement un autre\u00a0: celui d\u2019un imaginaire on ne peut plus st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 o\u00f9 dragons et Moyen \u00c2ge semblent aller de pair.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9es, la narration verbale \u00e9voque les \u00e9tapes du voyage de Cl\u00e9ment de Rome \u00e0 Metz, puis les traditionnels points d\u2019ancrage de la l\u00e9gende tels que les \u00e9voquaient d\u00e9j\u00e0 les hagiographies\u00a0: Gorze, o\u00f9 s\u2019agenouille Cl\u00e9ment laissant ses empreintes dans la pierre, l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre, la Seille et m\u00eame le temple de Jupiter, lieu de rassemblement pa\u00efen. Elle se conclut cependant par la mention d\u2019une f\u00eate donn\u00e9e en l\u2019honneur de Cl\u00e9ment sur le \u00ab\u00a0champ \u00e0 Seille\u00a0\u00bb, l\u2019une des plus grandes places de Metz du Moyen \u00c2ge (situ\u00e9e \u00e0 l\u2019emplacement du parking Coislin d\u2019aujourd\u2019hui). Cet autre anachronisme est sans aucun doute lui aussi motiv\u00e9 puisque ce toponyme a l\u2019avantage d\u2019en \u00e9voquer d\u2019autres dans l\u2019esprit du jeune lecteur messin d\u2019aujourd\u2019hui (comme la Place du Pont-\u00e0-Seille), et que le Champ \u00e0 Seille est l\u2019endroit qui accueillait, au XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, <em>la foire de Saint-Cl\u00e9ment<\/em><a href=\"#_edn8\" name=\"_ednref8\"><sup><sup>[8]<\/sup><\/sup><\/a>. Ajoutons que l\u2019image qui accompagne l\u2019\u00e9pisode du Champ \u00e0 Seille reprend un autre \u00ab\u00a0lieu commun\u00a0\u00bb de la l\u00e9gende connu par l\u2019ensemble de la communaut\u00e9 messine, la c\u00e9l\u00e8bre enluminure du non moins c\u00e9l\u00e8bre manuscrit 5227 de la vie de saint Cl\u00e9ment (XIV<sup>e<\/sup>) (de la biblioth\u00e8que de l\u2019Arsenal), enluminure qui est associ\u00e9e r\u00e9guli\u00e8rement au Graoully, et figure m\u00eame sur la premi\u00e8re de couverture de l\u2019\u00e9dition de 2009 des <em>Contes et L\u00e9gendes de Lorraine<\/em> de Nicole Lazzarini\u2026<\/p>\n<p>Mais ce sont les figurations iconiques de la ville de Divodurum qui sont peut-\u00eatre les plus surprenantes. En effet, en arri\u00e8re-fond, derri\u00e8re quelques vieilles pierres, se devinent des maisons aux volets ext\u00e9rieurs ou aux chemin\u00e9es plut\u00f4t modernes. Quant aux repr\u00e9sentations plus panoramiques de l\u2019univers di\u00e9g\u00e9tique, elles r\u00e9v\u00e8lent les hauts lieux d\u2019un patrimoine architectural embl\u00e9matique du paysage messin <em>d\u2019aujourd\u2019hui<\/em>. Les jeunes lecteurs qui auront reconnu en couverture cette cath\u00e9drale de pierre jaune comme \u00e9tant celle de leur ville (cath\u00e9drale dont la construction n\u2019a \u00e9t\u00e9 achev\u00e9e, rappelons-le, qu\u2019en 1552), sauront sans aucun doute reconna\u00eetre aussi visuellement dans le Divodorum de saint Cl\u00e9ment\u00a0: la Porte des Allemands (construite aux XIII<sup>e<\/sup> et XV<sup>e<\/sup> si\u00e8cles)<a href=\"#_edn9\" name=\"_ednref9\"><sup><sup>[9]<\/sup><\/sup><\/a> et, dans l\u2019\u00e9pisode pr\u00e9c\u00e9dent l\u2019arriv\u00e9e de Cl\u00e9ment \u00e0 Metz, le Temple Neuf (nouveau temple construit entre 1901 et 1905). Quant \u00e0 l\u2019Amphith\u00e9\u00e2tre ou au temple de Jupiter, qui ont aujourd\u2019hui tous deux disparu du paysage messin, s\u2019ils sont mentionn\u00e9s, ils ne sont pas repr\u00e9sent\u00e9s visuellement (Cl\u00e9ment approche le dragon dans ce qui ressemble \u00e0 un pr\u00e9).<\/p>\n<p>Marc Soriano (1975) a d\u00e9j\u00e0 not\u00e9 que tout d\u00e9placement dans le temps est v\u00e9cu par les jeunes lecteurs plut\u00f4t comme un d\u00e9placement dans l\u2019espace (ou le monde) du \u00ab\u00a0Il \u00e9tait une fois\u00a0\u00bb. Replacer visuellement la l\u00e9gende dans cet espace imaginaire du \u00ab\u00a0Il \u00e9tait une fois\u00a0\u00bb (aussi st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 soit-il) et y associer des \u00e9l\u00e9ments appartenant \u00e0 un patrimoine architectural (mat\u00e9riel) contemporain, clairement identifiable au quotidien, ne pourra donc que renforcer, chez les tout jeunes lecteurs, l\u2019importance de la l\u00e9gende de saint Cl\u00e9ment comme marqueur identitaire de la culture messine d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n<h2><em>Cl\u00e9mentine et le Graoully<\/em><\/h2>\n<p>C\u2019est une approche diam\u00e9tralement oppos\u00e9e qu\u2019avait adopt\u00e9e un an plus t\u00f4t l\u2019auteur-illustrateur Lionel Larchev\u00eaque (2011) avec <em>Cl\u00e9mentine et le Graoully<\/em>, album destin\u00e9 aux 3-6 ans, publi\u00e9 aux \u00e9ditions messines Feuilles de menthe<a href=\"#_edn10\" name=\"_ednref10\"><sup><sup>[10]<\/sup><\/sup><\/a> et \u00e9dit\u00e9 dans le cadre du projet Les Figures de Metz, \u00ab\u00a0projet alliant patrimoine et cr\u00e9ation, et d\u00e9velopp\u00e9 par les Biblioth\u00e8ques-M\u00e9diath\u00e8ques de Metz<a href=\"#_edn11\" name=\"_ednref11\"><sup><sup>[11]<\/sup><\/sup><\/a>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Notons tout de suite que le mod\u00e8le social de l\u2019enfant lecteur est ici clairement celui \u00ab\u00a0qui a pr\u00e8s de lui un adulte qui \u201clit\u201d ou accompagne la lecture [\u2026] pas seulement au niveau de la lecture \u201c\u00e0 plat\u201d [mais en ayant conscience] qu\u2019il y a l\u00e0 une occasion d\u2019introduction \u00e0 un patrimoine culturel\u00a0\u00bb (Bonnery, 2010\u00a0: 3). Pour preuve, l\u2019imposant dossier p\u00e9dagogique \u00ab\u00a0Sur les traces du Graoully\u00a0\u00bb pr\u00e9par\u00e9 en collaboration avec Kevin Kazek (assistant de conservation au Mus\u00e9e de La Cour d\u2019Or) qui occupe pr\u00e8s du tiers de l\u2019ouvrage\u00a0: ce dossier remonte aux sources de la l\u00e9gende (du texte de Paul Diacre aux enrichissements qui ont suivi), explique avec simplicit\u00e9 son symbolisme et sa moralit\u00e9, pr\u00e9sente les manifestations religieuses et folkloriques auxquelles elle a donn\u00e9 lieu (rogations), \u00e9voque la Metz gallo-romaine et les \u00ab\u00a0traces\u00a0\u00bb du Graoully dans la Metz d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>L\u2019histoire est celle de Cl\u00e9mentine, petite fille de Divodurum, petit monstre \u00e0 l\u2019affreux caract\u00e8re, qui d\u00e9cide de tenir t\u00eate \u00e0 son alter ego, le Graoully, gros monstre rouge cornu \u00e0 queue de diable, qui, comme elle, terrorise la population\u00a0; elle le poursuit dans les rues de la ville jusque dans l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre, o\u00f9 il s\u2019appr\u00eate \u00e0 la d\u00e9vorer. Mais un vieil homme passe une \u00e9charpe autour du cou de la b\u00eate et l\u2019entra\u00eene hors de la ville\u2026 avec Cl\u00e9mentine. Dans la for\u00eat, les deux monstres deviennent alors les meilleurs amis du monde. Ils rejettent toute violence et mangent beaucoup de soupes\u00a0: le Graoully r\u00e9tr\u00e9cira jusqu\u2019\u00e0 devenir un petit l\u00e9zard, et Cl\u00e9mentine, elle, en sortira grandie, devenue une \u00ab\u00a0belle jeune fille tout \u00e0 fait sage\u00a0\u00bb. D\u00e9pouill\u00e9 de tout caract\u00e8re religieux, ce joli d\u00e9tournement humoristique anti-violence et pro-l\u00e9gumes joue ainsi subtilement sur les motifs du conte initiatique et de la qu\u00eate identitaire.<\/p>\n<p>Une lecture \u00e0 un second degr\u00e9 du message iconique permet cependant de voir cet album aussi et surtout comme une introduction \u00e0 l\u2019\u00e9poque gallo-romaine. En t\u00e9moignent, et ce d\u00e8s les premi\u00e8res pages, la repr\u00e9sentation de l\u2019espace di\u00e9g\u00e9tique (murs o\u00f9 alternent pierres et briques, amphores, inscriptions en latin telles que\u00a0<em>medica, vasa<\/em>, <em>via scarponensis<\/em>\u2026) et les tenues vestimentaires des personnages (tuniques, sandales, cuculus\u2026). Dans le cadre de notre r\u00e9flexion sur les lieux de la l\u00e9gende, le plan de la ville de Divodurum qui accompagne l\u2019\u00e9pisode de la poursuite du Graoully par Cl\u00e9mentine m\u00e9rite alors qu\u2019on s\u2019y attarde. Central tant de par son emplacement dans l\u2019album-objet que de par la th\u00e9matique de qu\u00eate qui lui est associ\u00e9e, ce plan offre en effet une lecture, un d\u00e9codage, par strates.<\/p>\n<ul>\n<li>Repr\u00e9sentation d\u2019une topographie fictive (le Divodurum de Cl\u00e9mentine), il invite bien s\u00fbr le jeune lecteur \u00e0 reconstituer le chemin parcouru par les protagonistes\u00a0: en direction du relais de poste, \u00e0 travers le d\u00e9dale de petites rues en haut de la colline, en suivant la <em>via inferior<\/em> et la grande voie qui menait \u00e0 Argentoratum [Strasbourg], pour arriver enfin \u00e0 l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre abandonn\u00e9 o\u00f9 se nouera l\u2019action. Le jeune\u00a0lecteur est ainsi invit\u00e9 \u00e0 d\u00e9ambuler lui aussi dans cet espace fictif,\u00a0et \u00e0 se l\u2019approprier.<\/li>\n<li>Mais de par l\u2019horizon d\u2019attente pos\u00e9 par le nom \u00ab\u00a0Graoully\u00a0\u00bb et par la place de premier plan qu\u2019occupe l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre, ce plan se lira aussi pour beaucoup comme une transposition de la topographie d\u2019un autre espace imaginaire \u00e0 reconstituer et \u00e0 s\u2019approprier, celui de l\u2019hypotexte (la l\u00e9gende de saint Cl\u00e9ment), ville gallo-romaine comportant outre un amphith\u00e9\u00e2tre (ici sur la belle page), aqueduc, thermes, forum, statio [poste], palestre\u2026 (fonction p\u00e9dagogique).<\/li>\n<li>La l\u00e9gende \u00e9tant ancr\u00e9e dans une r\u00e9alit\u00e9 historique et g\u00e9ographique que les Messins connaissent bien, ce plan s\u2019offre donc enfin comme transposition de celui du \u00ab\u00a0vrai\u00a0\u00bb Divodurum gallo-romain, c\u2019est-\u00e0-dire comme palimpseste de la topographie messine d\u2019aujourd\u2019hui.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Repris quasiment \u00e0 l\u2019identique dans le dossier p\u00e9dagogique avec notes en bas de pages et renvois historiques, g\u00e9ographiques et photographiques, ce \u00ab\u00a0plan de Divodorum \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Cl\u00e9mentine\u00a0\u00bb devient alors aussi, dans le cadre d\u2019une lecture accompagn\u00e9e, un jeu consistant \u00e0 associer certains \u00e9l\u00e9ments de l\u2019espace di\u00e9g\u00e9tique \u00e0 des lieux r\u00e9els contemporains\u00a0en s\u2019appuyant sur leur forme, leur nom ou leur emplacement\u00a0: le b\u00e2timent de Saint-Pierre-aux-Nonnains \u00e9tait \u00ab\u00a0peut-\u00eatre utilis\u00e9 par les Gallo-Romains comme palestre\u00a0\u00bb, les thermes sont \u00ab\u00a0situ\u00e9s \u00e0 l\u2019emplacement du Mus\u00e9e de la Cour d\u2019Or\u00a0\u00bb (leurs ruines en occupent en effet le sous-sol) et le forum, n\u2019est-il pas au m\u00eame emplacement que la place du Forum, pr\u00e8s du Centre Saint-Jacques d\u2019aujourd\u2019hui\u00a0?<\/p>\n<p>Comme le rappelle Christophe Meunier (2014\u00a0: 221), dans les albums pour enfants, les cartes cherchent \u00ab\u00a0\u00e0 porter un message spatial fort de territorialisation, de domination d\u2019une aire circonscrite\u00a0\u00bb. Comme la jeune Cl\u00e9mentine a fait de sa ville son territoire (qu\u2019elle d\u00e9fend et qu\u2019elle conna\u00eet bien, commentant m\u00eame le parcours du Graoully par un \u00ab\u00a0Encore un qui ne conna\u00eet pas la ville\u00a0!\u00a0\u00bb), le jeune lecteur messin, qui s\u2019identifiera \u00e0 la jeune protagoniste, sera ainsi lui aussi invit\u00e9 \u00e0 partir \u00ab\u00a0sur les traces du Graoully<a href=\"#_edn12\" name=\"_ednref12\"><sup><sup>[12]<\/sup><\/sup><\/a>\u00a0\u00bb et \u00e0 s\u2019approprier le patrimoine historique et culturel de la ville de Metz,\u00a0\u00e0 commencer par les sites gallo-romains\u00a0: l\u2019aqueduc \u00ab\u00a0dont les arches sont encore debout \u00e0 Jouy aux arches\u00a0et \u00e0 Ars sur Moselle\u00a0\u00bb, les restes de remparts de la ville \u00ab\u00a0en bas de la rue de Ch\u00e8vremont\u00a0\u00bb, ou la <em>statio<\/em>, qui n\u2019existe plus mais que l\u2019on retrouve dans la rue Taison, rue dont le nom \u00ab\u00a0serait une d\u00e9formation de <em>statio<\/em>, une station postale o\u00f9 les fonctionnaires en voyage pouvaient s\u2019arr\u00eater pour changer de cheval\u00a0\u00bb (mais auquel la l\u00e9gende, nous l\u2019avons vu, a donn\u00e9 une toute autre \u00e9tymologie). Cette qu\u00eate, comme celle de Cl\u00e9mentine, contribuera sans aucun doute \u00e0 la construction de l\u2019identit\u00e9 messine du jeune lecteur qui ne pourra qu\u2019en sortir grandi.<\/p>\n<h2><em>Sur les traces du Graoully<\/em><\/h2>\n<p><em>Sur les traces du Graoully<\/em> est aussi le titre du roman de d\u00e9tection publi\u00e9 par Isabelle Haury en 2016 \u00e0 l\u2019\u00c9dition du bout de la rue (collection Detectivarium, destin\u00e9e aux 9-12 ans). Dans ce volume<a href=\"#_edn13\" name=\"_ednref13\">[13]<\/a>, Guillaume et son ins\u00e9parable compagnon (un ange) sont appel\u00e9s \u00e0 Metz pour enqu\u00eater sur la disparition r\u00e9cente d\u2019un arch\u00e9ologue qui menait des recherches sur le Graoully. Mais la qu\u00eate, comme l\u2019annonce le titre, est en fait double\u00a0: \u00e0 celle du scientifique disparu, s\u2019ajoute celle du Graoully, suspect \u00e9voqu\u00e9 en filigrane\u00a0: \u00ab\u00a0[saint Cl\u00e9ment] aur<em>ait<\/em> r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9busquer le monstre et l\u2019aur<em>ait <\/em>noy\u00e9 dans la Seille. [\u2026] Toujours est-il qu\u2019aucune trace, jamais, ne fut trouv\u00e9e\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 22, nous soulignons). L\u2019enqu\u00eate m\u00e8ne ainsi le d\u00e9tective (et donc le jeune lecteur) \u00ab\u00a0au c\u0153ur de l\u2019histoire et des secrets de la ville\u00a0\u00bb (quatri\u00e8me de couverture), dans les rues de Metz, au Mus\u00e9e de la Cour d\u2019Or, \u00e0 la cath\u00e9drale\u2026 Elle le conduit aussi chez un historien en possession de cartes r\u00e9v\u00e9lant \u00ab\u00a0ce que peu de Messins connaissent\u00a0: le r\u00e9seau sous-terrain de la ville\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 44).<\/p>\n<p>\u00c0 cette double (en)qu\u00eate correspond ainsi une double cartographie de l\u2019espace di\u00e9g\u00e9tique\u00a0: d\u2019une part, la cartographie du monde \u00ab\u00a0du dessus\u00a0\u00bb, urbaine, esquiss\u00e9e par les p\u00e9r\u00e9grinations de l\u2019enqu\u00eateur et dont le r\u00e9f\u00e9rent r\u00e9el est clairement celui du Metz contemporain puisque le protagoniste apprend que la gare de Metz a \u00e9t\u00e9 r\u00e9cemment r\u00e9nov\u00e9e et que le Centre Pompidou ne date que de quelques ann\u00e9es\u00a0; d\u2019autre part, la cartographie \u00ab\u00a0du dessous\u00a0\u00bb, plus myst\u00e9rieuse, l\u00e9gendaire, celle des souterrains et tunnels de la ville qui retiendra sans doute davantage l\u2019attention des jeunes lecteurs.<\/p>\n<h2>Cartographie urbaine<\/h2>\n<p>La cartographie urbaine dans laquelle se d\u00e9ploie l\u2019enqu\u00eate rel\u00e8ve clairement, surtout dans la premi\u00e8re partie du r\u00e9cit, du circuit touristique. Citons, parmi d\u2019autres, ce passage o\u00f9 le protagoniste traverse la \u00ab\u00a0rue Serpenoise, art\u00e8re centrale du quartier commer\u00e7ant messin\u00a0\u00bb, pour \u00ab\u00a0d\u00e9boucher sur une place enti\u00e8rement pav\u00e9e\u00a0\u00bb, prend \u00ab\u00a0la direction de la sublime cath\u00e9drale Saint-\u00c9tienne\u00a0\u00bb, d\u00e9bouche sur \u00ab\u00a0une nouvelle place\u00a0qui reli[e] le monument \u00e0 la mairie de Metz\u00a0\u00bb, longe l\u2019h\u00f4tel de Ville puis une rue assez sombre pour arriver enfin au \u00ab\u00a0b\u00e2timent imposant qui abrit[e] le mus\u00e9e [de la Cour d\u2019Or] (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 16-18).<\/p>\n<p>Ajoutons que la mise en place d\u2019un narrateur d\u00e9tective <em>parisien<\/em> qui d\u00e9couvre la ville permet de conf\u00e9rer au r\u00e9cit une rh\u00e9torique parfois proche de celle du guide touristique (et peut-\u00eatre m\u00eame trop proche pour un r\u00e9cit de d\u00e9tection jeunesse)\u00a0: Guillaume appr\u00e9cie l\u2019urbanit\u00e9 de la ville, qui a parfois des \u00ab\u00a0allures de petit village [et sent] le bon vivre\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 35), s\u2019\u00e9merveille devant la gare \u00ab\u00a0construite apr\u00e8s l\u2019annexion de la Lorraine en 1870 par un certain Kr\u00f6ger\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0somptueus[e] avec sa haute tour orn\u00e9e d\u2019une horloge blanche [qui lui] donn[e] une allure de cath\u00e9drale\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 12). Il admire les vo\u00fbtes \u00ab\u00a0\u00e0 couper le souffle\u00a0\u00bb du sous-sol du Mus\u00e9e de la Cour d\u2019or (il s\u2019agit ici du Grenier de Ch\u00e8vremont), et n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 affirmer que la cath\u00e9drale Saint-\u00c9tienne aux \u00ab\u00a0deux grandes portes en bois [\u2026] surplomb\u00e9es par une multitude de sculptures (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 49), \u00ab\u00a0connue notamment pour ses innombrables vitraux et aussi pour ses verri\u00e8res gothiques\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 16) \u00ab\u00a0m\u00e9rit[e] enti\u00e8rement sa r\u00e9putation\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 49). La mention, au sein de la di\u00e9g\u00e8se, des circuits de triangles de bronze ou de laiton mis en place en 2007 par la ville de Metz (et plus particuli\u00e8rement celle du circuit marqu\u00e9 \u00e0 l\u2019image du dragon et nomm\u00e9 lui aussi \u00ab\u00a0Sur les traces du Graoully\u00a0\u00bb) se doit alors d\u2019\u00eatre lue comme mise en abyme non seulement de la qu\u00eate du protagoniste d\u00e9tective, mais aussi de la forte \u00ab\u00a0mise en tourisme\u00a0\u00bb des lieux de la l\u00e9gende du Graoully tels que pr\u00e9sent\u00e9s dans ce roman jeunesse.<\/p>\n<h2>Cartographie du monde sous-terrain<\/h2>\n<p>La cartographie du monde sous-terrain, quant \u00e0 elle, est \u00e9voqu\u00e9e par la mention de trois types de documents \u00ab\u00a0myst\u00e9rieux\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<ol>\n<li>Une carte de la l\u00e9gende \u00ab\u00a0implant\u00e9e sous terre\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 44), celle des tunnels qu\u2019aurait emprunt\u00e9s le dragon sous le quartier de l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre, reconstitu\u00e9e, dessin\u00e9e \u00ab\u00a0au fil des diff\u00e9rents r\u00e9cits et entretiens que [le personnage historien a] pu avoir sur le sujet\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.)\u00a0: une carte qui, \u00e0 l\u2019image de l\u2019autre l\u00e9gende du Graoully, se pr\u00e9sente comme fruit d\u2019un imaginaire collectif.<\/li>\n<li>Des documents \u00e9voquant des galeries \u00ab\u00a0qui auraient travers\u00e9 une bonne partie de la ville\u00a0\u00bb et qu\u2019utilisaient les Allemands apr\u00e8s l\u2019annexion de 1870, mais \u00ab\u00a0aujourd\u2019hui d\u00e9truites par les nouvelles constructions\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 45)\u00a0: une cartographie donc l\u00e9gendaire elle aussi mais dans le sens figur\u00e9 du terme<a href=\"#_edn14\" name=\"_ednref14\">[14]<\/a>, puisqu\u2019\u00ab\u00a0en creusant \u00e0 certains endroits pr\u00e9cis, on est quasiment certains de trouver des vestiges de ces ensembles.\u00a0\u00bb\u00a0(<em>ibid<\/em>.)<\/li>\n<li>Enfin, une carte \u00e0 l\u2019aspect de carte au tr\u00e9sor, sortie d\u2019un tr\u00e8s vieux manuscrit au papier jauni et sur laquelle, au-dessus d\u2019un des tunnels qu\u2019elle repr\u00e9sente, \u00ab\u00a0tr\u00f4ne l\u2019ombre du Graoully\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0sorte de dragon terrifiant\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.).<\/li>\n<\/ol>\n<p>C\u2019est cette carte qui, sans surprise, au prix d\u2019une petite \u00e9nigme \u00e0 r\u00e9soudre (le seul passage v\u00e9ritablement interactif de ce roman de d\u00e9tection) conduira le d\u00e9tective vers la r\u00e9solution de l\u2019enqu\u00eate, ce qui ne manquera certainement pas d\u2019inciter le jeune lecteur messin \u00e0 aller v\u00e9rifier au pied de la porte des Allemands, \u00ab\u00a0pr\u00e8s du lit de la rivi\u00e8re, dans un endroit compl\u00e8tement recul\u00e9, tr\u00e8s loin de l\u2019\u0153il des passants\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 93), s\u2019il n\u2019apercevrait pas l\u2019entr\u00e9e d\u2019un myst\u00e9rieux tunnel\u2026<\/p>\n<p>\u00c0 la cartographie \u00ab\u00a0du dessus\u00a0\u00bb sera ainsi clairement associ\u00e9e la d\u00e9couverte du \u00ab\u00a0monstre urbain\u00a0\u00bb (pour reprendre le titre de l\u2019exposition sur le Graoully du Mus\u00e9e de la Cour d\u2019or de 2009-2010), et donc de l\u2019identit\u00e9 messine, alors que la cartographie sous-terraine invitera plut\u00f4t \u00e0 une descente dans le monde de l\u2019imaginaire et des frissons, \u00e0 la recherche du terrible dragon de la l\u00e9gende qui \u00ab\u00a0[d]epuis des si\u00e8cles [\u2026] repos[e] sous ses fondations\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.\u00a0: 105).<\/p>\n<p>Ces promenades litt\u00e9raires dans l\u2019univers du Graoully, bien que versant parfois un peu trop dans le didactisme ou la mise en tourisme, montrent ainsi comment une l\u00e9gende traditionnelle souvent rel\u00e9gu\u00e9e au simple folklore peut servir de tremplin \u00e0 la d\u00e9couverte ou \u00e0 la r\u00e9appropriation, par de jeunes lecteurs, d\u2019un patrimoine local fortement li\u00e9 \u00e0 l\u2019identit\u00e9 d\u2019une communaut\u00e9. Comme le soulignent aussi Jean-Marie Privat et Marie-Christine Vinson (2000\u00a0: 114), la l\u00e9gende permet, nous l\u2019avons vu, d\u2019articuler \u00ab\u00a0culture locale, collectes de terrain, savoirs sur le monde et interrogation personnelle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p>Autain C., 2014, <em>La R\u00e9surrection du Graoully<\/em>, Metz, \u00c9d. Serpenoise.<\/p>\n<p>Bastien R., Laurendin, B., Laurel, 2012, <em>Le Graoully<\/em>, Metz, \u00c9d. Serpenoise.<\/p>\n<p>Bonnery S., 2010, \u00ab\u00a0Les mod\u00e8les sociaux du rapport \u00e0 la culture v\u00e9hicul\u00e9 par la litt\u00e9rature de jeunesse\u00a0\u00bb, <em>Enfance &amp; Cultures<\/em>, Actes du colloque international, Minist\u00e8re de la Culture et de la Communication \u2013 Association internationale des sociologues de langue fran\u00e7aise, Paris, Universit\u00e9 Paris Descartes, 9<sup>es <\/sup>Journ\u00e9es de sociologie de l\u2019enfance. Acc\u00e8s\u00a0: <a href=\"http:\/\/enfanceetcultures.culture.gouv.fr\/actes\/bonnery.pdf\">http:\/\/enfanceetcultures.culture.gouv.fr\/actes\/bonnery.pdf<\/a>.<\/p>\n<p>Caps G., 2012, \u00ab\u00a0La place originelle du Graoully\u00a0\u00bb, <em>101 vues de la Cath\u00e9drales,<\/em> Les carnets de Mediamothi, Revue des Biblioth\u00e8ques-m\u00e9diath\u00e8ques de Metz.<\/p>\n<p>Chazan M., 2000, \u00ab\u00a0Le dragon dans la l\u00e9gende de saint Cl\u00e9ment, premier \u00e9v\u00eaque de Metz\u00a0\u00bb, pp.\u00a017-36, <em>in\u00a0:<\/em> Privat J.-M., dir., <em>Dans la gueule du dragon<\/em>, Sarreguemines, Pierron.<\/p>\n<p>Davallon J., 2002, \u00ab\u00a0Comment se fabrique le patrimoine ?\u00a0\u00bb, <em>Sciences Humaines<\/em>, 36, pp.\u00a074-77.<\/p>\n<p>Delpech F., 1989, \u00ab\u00a0La l\u00e9gende\u00a0: r\u00e9flexions sur un colloque et notes pour un discours de la m\u00e9thode\u00a0\u00bb, <em>in\u00a0<\/em>: <em>La L\u00e9gende\u00a0: anthropologie, histoire, litt\u00e9rature,<\/em> Actes du colloque tenu \u00e0 la Casa de Vel\u00e0squez, Universidad Complutense, Madrid.<\/p>\n<p>Dorny A., 1953, <em>L\u00e9gendes lorraines<\/em>, Paris, \u00c9d. de l\u2019\u00c9cureuil.<\/p>\n<p>Dumont L., 1951, <em>La Tarasque. Essai de description d\u2019un fait local d\u2019un point de vue ethnographique, <\/em>Paris, Gallimard.<\/p>\n<p>Goullet M., coord., 2006, \u00ab\u00a0Les saints du dioc\u00e8se de Metz (SHGX)\u00a0\u00bb,<em> in<\/em>\u00a0: Goullet M., Heinzelmann M., dirs,<em> Miracles, vies et r\u00e9\u00e9critures dans l\u2019Occident m\u00e9di\u00e9val<\/em>, Ostfildern, Thorbecke.<\/p>\n<p>Haury I., 2016, <em>Sur les traces du Graoully<\/em>, Vanves, \u00c9d. du Bout de la rue.<\/p>\n<p>Jarrige O., 2016, \u00ab\u00a0On a retrouv\u00e9 les sept souterrains nazis de Metz\u00a0\u00bb, <em>Le R\u00e9publicain lorrain<\/em> (\u00c9dition de Metz), 14 ao\u00fbt. Acc\u00e8s\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.republicain-lorrain.fr\/edition-de-metz-ville\/2016\/08\/13\/on-a-retrouve-les-sept-souterrains-nazis-de-metz\">http:\/\/www.republicain-lorrain.fr\/edition-de-metz-ville\/2016\/08\/13\/on-a-retrouve-les-sept-souterrains-nazis-de-metz<\/a>.<\/p>\n<p>Kempf Damien, 2013, \u00ab\u00a0Introduction\u00a0\u00bb, <em>Paul the Deacon\u00a0: Liber de episcopis Mettensibus<\/em>, Paris, Leeven, Walpole, Peeters, p. 1-40.<\/p>\n<p>Larchev\u00eaque L., 2011, <em>Cl\u00e9mentine et le Graoully<\/em>, Metz, \u00c9d. Feuilles de menthe.<\/p>\n<p>Lazzarini N., 2009, <em>Contes et L\u00e9gendes de Lorraine,<\/em> Rennes, \u00c9d. Ouest-France.<\/p>\n<p>Malingr\u00eby R., \u00c9liane P., 1990, <em>Martin et le Graoully<\/em>, Dommartemont, \u00c9d. du Chat Sauvage.<\/p>\n<p>Meunier Chr., 2014, <em>Quand les albums parlent d\u2019Espace. Espaces et spatialit\u00e9s dans les albums pour enfants<\/em>, Th\u00e8se en g\u00e9ographie, \u00c9cole normale sup\u00e9rieure de Lyon.<\/p>\n<p>Meunier Chr., 2016, <em>L\u2019Espace dans les livres pour enfants<\/em>, Rennes, Presses universitaires de Rennes.<\/p>\n<p>Na\u00efma, Mahler A., 2015, <em>Radegonde et la Grand\u2019goule<\/em>, Urmatt, Ed. du P\u00e8re Fouettard.<\/p>\n<p>Nauman-Villemin C., Anc\u00e9-Pereira E., 2004, <em>Le Graoully<\/em>, Bouxwiller, \u00c9d. du Bastberg.<\/p>\n<p>Picard J.-Ch., 1990, \u00ab\u00a0Le recours aux origines. Les Vies de saint Cl\u00e9ment, premier \u00e9v\u00eaque de Metz, compos\u00e9es autour de l\u2019an Mil\u00a0\u00bb, pp.\u00a0367-384, <em>in<\/em>\u00a0: Picard J.-Ch., dir., <em>\u00c9v\u00eaques, saints et cit\u00e9s en Italie et en Gaule. \u00c9tudes d\u2019arch\u00e9ologie et d\u2019histoire<\/em>, Rome, Publications de l\u2019\u00c9cole fran\u00e7aise de Rome, 1998. Acc\u00e8s\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.persee.fr\/doc\/efr_0223-5099_1998_ant_242_1_5749\">http:\/\/www.persee.fr\/doc\/efr_0223-5099_1998_ant_242_1_5749<\/a>.<\/p>\n<p>Privat J.-M., Vinson, M.-Chr. 2000, \u00ab\u00a0Quand les enfants lisent la l\u00e9gende du Graoully\u00a0\u00bb, pp.\u00a099-118, <em>in\u00a0:<\/em> Privat J.-M., dir., <em>Dans la gueule du dragon<\/em>, Sarreguemines, Pierron.<\/p>\n<p>Soriano, M., 1975, <em>Guide de litt\u00e9rature pour la jeunesse<\/em>, Paris, Delagrave, 2002.<\/p>\n<p>Wagner, 2000, \u00ab\u00a0Le Graouilly, chronique d\u2019une folklorisation\u00a0\u00bb, pp. 79-08, <em>in\u00a0:<\/em> Privat J.-M., dir., <em>Dans la gueule du dragon<\/em>, Sarreguemines, Pierron.<\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\">[1]<\/a> Le projet d\u2019\u00e9tablissement Figures de Metz \u00a9 \u00ab\u00a0se fonde sur un d\u00e9veloppement de la culture de l\u2019image racontant l\u2019histoire interculturelle de Metz et des personnalit\u00e9s qui ont jalonn\u00e9 son pass\u00e9 et forg\u00e9 l\u2019avenir\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref2\" name=\"_edn2\">[2]<\/a> C\u2019est d\u2019ailleurs aussi l\u2019expression qu\u2019utilisait le quotidien <em>Le Lorrain<\/em> le 31\u00a0janvier 1951 pour annoncer la reprise des activit\u00e9s carnavalesques li\u00e9es au Graoully que l\u2019on mettait ainsi au service de la promotion de la ville\u00a0: \u00ab\u00a0la r\u00e9surrection du Graoully sera la grande attraction de la saison\u00a0\u00bb (Wagner, 2000\u00a0: 94).<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref3\" name=\"_edn3\">[3]<\/a> Voir l\u2019utilisation des l\u00e9gendes dans le programme du cycle 2 mettant l\u2019accent sur la structuration du temps et la prise de conscience d\u2019\u00e9v\u00e9nements et de r\u00e9alit\u00e9s du pass\u00e9. Soulignons qu\u2019il y a 15\u00a0ans, Jean-Marie Privat et Marie-Christine Vinson regrettaient que les l\u00e9gendes ne soient pas \u00e9tudi\u00e9es dans les \u00e9coles (Privat, Vinson, 2000). Nous ne traiterons pas ici de deux albums plus vieux et maintenant \u00e9puis\u00e9s\u00a0: <em>Le Graoully<\/em> (Nauman-Villemin, Anc\u00e9-Pereira, 2004) et <em>Martin et le Graoully<\/em> (Malingr\u00eby, \u00c9liane, 1990).<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref4\" name=\"_edn4\">[4]<\/a> \u00ab\u00a0Ce nom serait issu du mot germanique Graus signifiant en ancien comme en moyen haut allemand\u00a0: sinistre, \u00e9pouvantable, affreux, effroyable\u00a0\u00bb (Wagner, 2000\u00a0: 82).<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref5\" name=\"_edn5\">[5]<\/a> Le nom \u00ab\u00a0Taison\u00a0\u00bb aurait en fait pour \u00e9tymologie le mot latin <em>statio<\/em> (Wagner, 2000\u00a0: 87, n. 28).<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref6\" name=\"_edn6\">[6]<\/a> On lira par exemple le recueil d\u2019Andr\u00e9 Dorny (1953).<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref7\" name=\"_edn7\">[7]<\/a> Le Pape envoie Cl\u00e9ment \u00e0 Metz, Mansuy \u00e0 Toul et Sanctin \u00e0 Verdun.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref8\" name=\"_edn8\">[8]<\/a> La foire de Saint-Cl\u00e9ment (mai) \u00ab\u00a0avait lieu au XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle sur le Champ-\u00e0-Seille. Le Champ-\u00e0-Seille \u00e9tait une des grandes places de Metz. C\u2019\u00e9tait, \u00e0 l\u2019origine, un espace situ\u00e9 entre les murailles de la ville et la Seille, puis ensuite enferm\u00e9 dans l\u2019enceinte de la ville au XIII<sup>e <\/sup>si\u00e8cle. Cette place carr\u00e9e s\u2019entoura de maisons soutenues par des arcades. Il s\u2019y accomplissait certains actes de la vie publique\u00a0: grandes assembl\u00e9es populaires, f\u00eates, ex\u00e9cutions de criminels, etc.\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0La foire internationale de Metz et ses origines\u00a0\u00bb, <a href=\"http:\/\/documents.irevues.inist.fr\/bitstream\/handle\/2042\/34113\/ANM_1964_1965_143.pdf\">http:\/\/documents.irevues.inist.fr\/bitstream\/handle\/2042\/34113\/ANM_1964_1965_143.pdf<\/a>).<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref9\" name=\"_edn9\">[9]<\/a> L\u2019illustratrice s\u2019est clairement inspir\u00e9e d\u2019une repr\u00e9sentation de la porte aux environs de 1900. (<a href=\"https:\/\/commons.wikimedia.org\/wiki\/File:Metz_Porte_des_Allemands.jpeg\">https:\/\/commons.wikimedia.org\/wiki\/File:Metz_Porte_des_Allemands.jpeg<\/a>).<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref10\" name=\"_edn10\">[10]<\/a> Dans la collection \u00ab\u00a0Le Th\u00e9 aux histoires\u00a0\u00bb, collection de livres pour enfants \u00ab\u00a0aux parfums d\u2019Alsace et de Lorraine\u00a0\u00bb (<a href=\"http:\/\/letheauxhistoires.blogspot.ca\/p\/qui-sommes-nous.html\">http:\/\/letheauxhistoires.blogspot.ca\/p\/qui-sommes-nous.html<\/a>).<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref11\" name=\"_edn11\"><sup><sup>[11]<\/sup><\/sup><\/a> Cette mention appara\u00eet dans l\u2019album juste avant le dossier p\u00e9dagogique (l\u2019album n\u2019est pas pagin\u00e9).<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref12\" name=\"_edn12\">[12]<\/a> Les plus grands pourront m\u00eame aller sur le site des Figures de Metz et entreprendre d\u2019autres jeux de pistes \u00ab\u00a0sur les traces du Graoully\u00a0\u00bb\u00a0: <a href=\"http:\/\/en.calameo.com\/read\/00065793437967ab0e9fa\">http:\/\/en.calameo.com\/read\/00065793437967ab0e9fa<\/a>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref13\" name=\"_edn13\">[13]<\/a> La collection compte actuellement 32 num\u00e9ros, \u00e9crits par des auteurs diff\u00e9rents.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref14\" name=\"_edn14\">[14]<\/a> Lire \u00ab\u00a0Histoires et l\u00e9gendes souterraines de Metz\u00a0\u00bb, Groupe BLE Lorraine, <a href=\"http:\/\/blogerslorrainsengages.unblog.fr\/2009\/05\/11\/histoires-et-legendes-souterraines-de-metz\/\">http:\/\/blogerslorrainsengages.unblog.fr\/2009\/05\/11\/histoires-et-legendes-souterraines-de-metz\/<\/a>; <em>Le R\u00e9publicain lorrain<\/em> du 14 ao\u00fbt 2016 (\u00c9dition de Metz) atteste aussi de l\u2019existence de telles galeries\u00a0: Olivier Jarrige, \u00ab\u00a0On a retrouv\u00e9 les sept souterrains nazis de Metz\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.republicain-lorrain.fr\/edition-de-metz-ville\/2016\/08\/13\/on-a-retrouve-les-sept-souterrains-nazis-de-metz\">http:\/\/www.republicain-lorrain.fr\/edition-de-metz-ville\/2016\/08\/13\/on-a-retrouve-les-sept-souterrains-nazis-de-metz<\/a>.[\/vc_column_text][\/vc_column][\/vc_row]<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[vc_row][vc_column][vc_column_text]Sylvie Rosienski-Pellerin Universit\u00e9 York, Coll\u00e8ge universitaire Glendon CA-M4N 3M6 rosienski[at]glendon.yorku.ca Le Graoully dans la litt\u00e9rature de jeunesse\u00a0d\u2019aujourd\u2019hui\u00a0: entre v\u00e9rit\u00e9 historique, anachronismes et mise en tourisme \u00ab\u00a0Le Graoully,<\/p>\n<p> <a class=\"more-link\" href=\"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/it\/sylvie-rosienski-pellerin\/\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-3876","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/it\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/3876","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/it\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/it\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/it\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/it\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3876"}],"version-history":[{"count":4,"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/it\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/3876\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4565,"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/it\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/3876\/revisions\/4565"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr\/it\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3876"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}