Adeline Clerc-Florimond

Adeline Clerc-Florimond
Centre de recherche sur les médiations
Université de Lorraine
F-57000
adeline.florimond-clerc[at]univ-lorraine.fr

Les promenades littéraires et historiques. Entre discours amateurs et logiques professionnelles


Dispositifs de médiation en augmentation, les balades, promenades ou encore itinéraires littéraires ont pour objectif de faire découvrir des auteurs à travers les lieux où ils ont habité ou encore à travers les lieux qu’empruntent les personnages de leurs fictions. En France, ces parcours sont très nombreux et les routes d’écrivains[1] commencent à rivaliser avec celles du vin. À l’initiative d’associations culturelles, adossées à des événements littéraires ou encore pris en charge par les offices de tourisme, les balades littéraires prouvent que la vie littéraire peut être un excellent moyen pour promouvoir un territoire[2]. Ainsi existe-t-il de nombreux guides touristiques les recensant[3]. À ce titre, la collection « Sur les pas des écrivains » aux éditions Alexandrines propose « de découvrir des lieux par la littérature et la littérature par les lieux en suivant le parcours biographique et littéraire d’un auteur »[4]. Par exemple, le guide Balade dans le Var (Sagaert, 2010) invite les touristes et les habitants à re(découvrir) Saint-Tropez en suivant les pas de Colette ou encore le Lavandou en sillonnant les lieux qui ont marqué la vie d’André Gide. À l’étranger, les balades littéraires sont également en croissance[5]. Par exemple, devant le succès inattendu de la trilogie Millénium de Stieg Larsson (2005), le musée d’histoire de la ville de Stockholm organise une visite de la capitale sur les pas de Mikael Blomkvist et de Lisbeth Salander, les deux héros du livre (« Millenium Tour »).

Seulement, en région Lorraine, cette activité de médiation littéraire est encore marginale. Certes des promenades littéraires existent, mais sont souvent adossées à un autre événement (à l’occasion d’un salon du livre par exemple), mais ne sont jamais des actions pérennes. Il semblerait, selon nos recherches, qu’une seule balade littéraire durable existe en région Lorraine. Il s’agit des promenades littéraires et historiques qui ont lieu chaque été dans la ville de Toul (département de Meurthe-et-Moselle) et qui sont le fruit de bénévoles passionnés par la littérature et l’histoire. À l’initiative de cette action, un homme, André R.[6] président de l’association culturelle locale « Le Claveau ». Cette association a été créée dans un but : l’animation d’un lieu historique à Toul, l’Hôtel de Pimodan, ancien hôpital des bourgeois aujourd’hui propriété privée d’André R. L’ancien hôtel est devenu un lieu d’activités culturelles en tout genre : représentation théâtrale, bourse aux livres, conférences, etc. C’est dans ce cadre associatif qu’a été organisée la première promenade littéraire et historique de Toul il y a maintenant une dizaine d’années[7]. Celle-ci se déroule deux fois par an, en période estivale. Quatre passionnés d’histoire et de littérature l’organisent. Dans cette petite équipe, chacun tient un rôle particulier : André R. orchestre l’événement, propose le thème annuel de la balade, Philippe M. s’occupe de la partie historique, Josette C. de la partie littéraire et Jean-Pierre Z. des intermèdes contés qui ponctuent la promenade (mise en voix des textes littéraires).

Chaque année, le thème de la balade change, allant d’Émile Moselly (prix Goncourt en 1907 qui séjourna dans le canton toulois) aux bourgeois des XVI et XVIIe siècles en passant par la sorcellerie à Toul ou encore les lieux de prostitution dans la cité. Une manière de (re)découvrir la ville de Toul à partir de son histoire, des auteurs qui y ont vécu ou séjourné ainsi que de son architecture. À l’origine de chaque promenade, il y a un livre de référence qui fait office de fil conducteur, les faits historiques et les extraits de textes littéraires viennent ensuite s’y greffer.

Après avoir posé ces quelques éléments contextuels, nous souhaitons axer nos propos sur le constat suivant : le maintien et la réussite d’une telle activité culturelle portée à bout de bras par une équipe de passionnés dans une ville de 16 000 habitants dont la configuration socio-démographique ne semble pourtant pas propice à ce type d’événements. Pour cela, nous nous intéresserons dans un premier temps à la ville de Toul à travers ses variables socio-démographiques. Dans un second, nous axerons nos propos sur le regard critique que portent les quatre organisateurs sur leurs propres pratiques et notamment sur les raisons qui, selon eux, font le succès de ces promenades littéraires. C’est donc bien le discours des acteurs, nécessitant un travail d’introspection pas toujours facile à effectuer, qui nous intéresse. De ce travail découle une donnée constante que l’on retrouve tout au long de l’étude, celle de la revendication d’une démarche que l’on qualifiera d’« amateur ». En effet, nous le verrons, d’après les organisateurs, le succès des promenades littéraires (près de 80 visiteurs présents à chaque édition) repose essentiellement sur le côté « amateur » de cette animation qu’ils revendiquent avec force. Ce dispositif de médiation littéraire est le fruit de passionnés qui aiment à rappeler qu’ils sont avant tout des « bénévoles » J. Godron). Or, nous verrons que la frontière entre le statut de l’amateur et celui du professionnel est parfois très poreuse. Les nombreux travaux menés sur des univers non professionnels montrent que « ces identités secondes […] constituent pour les individus des ressources très importantes » (Weber, Lamy, 1999). Sur ce point, l’origine de notre réflexion est à chercher dans le numéro spécial de la revue Réseaux (2009) intitulé « Passionnés, fans et amateurs » qui propose de rendre compte de la diversité des formes d’engagement passionné dans le domaine culturel.

Des entretiens semi-directifs menés auprès des acteurs de l’événement (pendant l’été 2016) et plusieurs phases d’observations réalisées en amont de l’activité (phase de préparation de la promenade), pendant l’activité et après celle-ci permettront de nourrir notre argumentation. Avant de traiter le cœur de notre sujet, quelques éléments contextuels concernant la ville de Toul sont nécessaires pour la suite de l’argumentation.

« Toul les boules » ?

Toul est une ville fortifiée de plus de 16 000 habitants située à environ 20 kilomètres de Nancy. Le taux de chômage global des Toulois est assez élevé par rapport à la moyenne nationale. Le dernier chiffre de l’INSEE est de 17,3 %[8]. Le chômage touche essentiellement les plus jeunes (âgés de 15 à 29 ans). C’est d’ailleurs cette tranche d’âge qui est la plus représentée dans la ville avec un taux de 21,7 % comme mentionné dans le tableau ci-dessous :

Tableau 1. Chiffres clés de la ville de TOUL. INSEE. Exploitations principales. 2013. Source : https://www.insee.fr/fr/statistiques/1405599?geo=COM-54528, consulté le 28/01/17

Clerc1La lutte contre la précarisation (le taux de pauvreté en 2013 est de 20,3 %) est le cheval de bataille de la municipalité depuis de nombreuses années. Comme le précise le Contrat de ville 2014-2020, les principaux axes de travail portent sur l’aide au logement (diversification de l’offre de logements, réhabilitation de logements insalubres), le développement de l’activité économique et de l’emploi (lutter contre la fermeture des commerces de proximité et la concurrence des zones commerciales, soutenir l’insertion socio-professionnelle des habitants), la lutte contre les risques de délinquance (vols, cambriolages et trafics de drogue régulièrement dénoncés). Ce portrait dressé, on peut comprendre les raisons pour lesquelles la ville de Toul souffre d’une mauvaise presse et d’un fort déficit d’image. Très souvent décriée, elle est dans l’esprit de beaucoup assortie d’une expression de mauvais goût qui se passe de commentaires : « Toul les boules »[9].

La culture, bien qu’essentielle, n’est donc pas l’axe de développement prioritaire pour cette commune. Pourtant, en termes de patrimoine et d’offre culturels, Toul n’est pas en reste. Citons la présence d’une salle de cinéma, d’un centre culturel (Centre Vauban), d’une médiathèque, d’une salle de spectacle (l’Arsenal) et d’un musée d’art et d’histoire labellisé Musée de France. Mais c’est surtout pour sa cathédrale de style gothique classée monument historique que la ville de Toul est connue. En termes de programmation culturelle, nous pouvons citer le festival Bach de Toul (musique classique). Le monde associatif culturel est quant à lui assez riche avec plusieurs associations bien connues des Toulois (le cercle d’études locales du toulois[10], Phil’arts[11], le groupe photo Malraux, les jeunes amis du musée de Toul, etc.). Ancienne cité médiévale aujourd’hui encore encerclée par des remparts, Toul est perçue comme une ville d’histoire « bénéficiant d’un statut particulier » d’après Josette C. En effet, selon elle – et les autres membres de l’équipe à l’initiative des promenades littéraires la rejoignent sur ce point –, les Toulois seraient particulièrement « friands de l’histoire de leur ville » engendrant un « attachement particulier » au territoire. Cela justifierait donc l’engouement pour un type d’activités culturelles mettant en valeur la ville à travers son patrimoine historique et littéraire. Pour étayer ses propos, Josette C. compare l’offre culturelle nancéienne – plus dense – à celle de Toul : « À Nancy, on offre tout. À Toul, on ne donne pas tout, alors dès qu’il y a quelque chose, on y va. Il y a une démarche ». Ainsi, une offre culturelle plus réduite aurait pour conséquence une large fréquentation et une curiosité plus accrue de la part des habitants. À croire que la population touloise irait à l’encontre de tous les résultats issus des enquêtes menées en sociologie de la culture. Pourtant, dans les faits – et comme partout ailleurs – le poids des déterminants sociaux est bien présent. Les principaux acteurs des promenades le constatent, non sans une pointe de regret[12]. Josette C. remarque par exemple, que les publics présents aux promenades littéraires et historiques sont en fait, pour beaucoup, des « têtes connues » que l’on retrouve dans d’autres associations culturelles touloises (citées ci-dessus). Ainsi, le public des promenades est essentiellement un public local – d’abord toulois – ayant déjà développé une certaine appétence pour la culture au sens large. Le bouche-à-oreille étant le meilleur moyen de communication entre ces associations, il va de soi que les publics sont toujours « un peu les mêmes ». La question des publics qui a été posée à chacun des quatre organisateurs des promenades littéraires est ici intéressante parce qu’elle cristallise un certain nombre de questions plus générales sur la posture que les acteurs de l’événement veulent adopter. Ici, par exemple, on observe un va-et-vient constant entre une réalité fantasmée (Toul, l’exception) et un sursaut d’objectivité (« soyons honnêtes, ce sont toujours les mêmes. Il y a un noyau culturel à Toul bien connu qui tourne autour de l’histoire, du patrimoine, de la littérature, des Beaux-arts, etc. » confirme Philippe M.). Dans ce cas, c’est aussi la question de la « bonne » distance que doit trouver le chercheur vis-à-vis de son objet de recherche qui est interrogée (Le Guern, 2009). En effet, il s’agit de discuter et de mettre constamment en perspective le discours réflexif des personnes interrogées.

Ce qui pouvait apparaître, de prime abord comme un paradoxe heureux ou une particularité propre à la ville de Toul (une ville marquée par la précarité avec des habitants qui ont d’autres préoccupations que la culture versus un engouement massif pour des promenades littéraires et historiques et qui plus est, les seules de la région Lorraine) n’en est finalement pas un. En tout état de cause, le cœur de cible des publics est en fait un même noyau qui se déplace d’une activité culturelle à l’autre. Cela n’enlève rien à la pertinence et au succès de cette activité, mais cela modifie le regard qu’on peut lui porter et cela donne une orientation particulière aux idées que nous allons développer.

Revendiquer le statut amateur

Après avoir fourni quelques éléments explicatifs concernant la ville de Toul, ses habitants et ses publics culturels, concentrons-nous sur les propos tenus par les organisateurs des promenades littéraires et historiques. Ces derniers, pourtant interrogés séparément, tiennent tous un discours identique quand il s’agit d’évoquer les raisons du succès et de longévité de leur action. Outre le présupposé (démenti plus haut) d’une ville à la population particulière, c’est le côté amateur de l’activité qui serait gage de réussite.

L’objectif est donc de réfléchir, de l’intérieur, sur les pratiques de « passionnés » qui revendiquent ce statut secondaire, sans jamais parler d’amateurisme – terme dépréciatif, supposant l’absence de compétences. En effet, malgré la revendication d’une passion partagée, libérée du monde professionnel et des contraintes qui lui sont associées, la qualité et le sérieux des promenades littéraires n’en sont pas moins un impératif. Nous le verrons, tout au long des entretiens, la frontière entre un statut amateur revendiqué et des logiques professionnelles non perçues comme telles, passées sous silence, voire niées est parfois extrêmement mince.

À l’image des recherches menées par Christian Bromberger (1998) sur les passions ordinaires, celles d’Antoine Hennion (1993 ; Hennion, Maisonneuve, Gomart, 2000) sur la passion musicale ou encore celles, plus larges, d’Olivier Donnat (1996) qui interroge les activités artistiques des Français, c’est donc bien le discours réflexif de passionnés qui guide notre réflexion.

Les principaux intéressés se présentent tous comme étant des « passionnés » (Philippe M.), passionnés d’histoire et/ou de littérature. Comme Olivier Donnat (2009) l’a déjà souligné, l’influence sociale joue souvent un rôle important dans l’ancrage des passions culturelles. Il suffit de regarder la profession des quatre membres de l’équipe d’animation pour comprendre que les promenades littéraires sont des activités qui résonnent parfaitement avec leur carrière professionnelle et leurs goûts culturels. Josette C. qui est en charge de partie « littéraire » des promenades littéraires, a été professeure de français dans le secondaire et a fait du théâtre dans sa jeunesse. Elle écrit pour son plaisir[13], a déjà publié plusieurs livres, lit beaucoup, en priorité des essais et des romans classiques français. Elle écoute France Culture tous les jours, est abonnée au théâtre de la Manufacture à Nancy et se rend plusieurs fois par an à l’opéra. Elle déclare avoir la télévision chez elle mais ne l’allumer que très rarement. Philippe M. qui s’occupe de la partie « historique » des promenades est chargé d’enseignement en histoire à l’Université de Lorraine. Il lit beaucoup, fréquente largement les musées, écoute des émissions culturelles radiophoniques, n’a pas de télévision chez lui et est investi dans un certain nombre d’associations culturelles locales comme le CELT dont il occupe la présidence depuis 2015. Jean-Pierre Z. a exercé pendant très longtemps le métier d’instituteur. Maintenant à la retraite, il partage son temps libre entre sa passion pour la musique (joueur d’orgue de barbarie), la composition (il compose ses propres musiques et chante) et la peinture. Il a pendant très longtemps joué au théâtre ce qui lui vaut le rôle de « conteur » lors des promenades littéraires. Quant à André R., médecin à la retraite et initiateur des promenades, c’est un grand collectionneur de livres anciens, passionné de cinéma qui fréquente de manière assidue les musées mais aussi les théâtres. Chez lui, il n’y a pas de poste de télévision. Ainsi, les carrières professionnelles et les trajectoires de goûts expliquent donc l’appétence de ces quatre personnes pour une activité associant les « passions ordinaires » de chacun (littérature classique, histoire, patrimoine et partage de ce savoir au plus grand nombre).

Ces déterminants sociologiques posés, nous verrons, dans un premier temps, quels sont les indices – puisés dans le discours des acteurs – qui témoignent d’un statut qualifié d’amateur et dans un second, nous verrons comment, a contrario, des réflexes que l’on pourrait qualifier de « professionnels » se dessinent, mais sont sans cesse minimisés, voire repoussés par les principaux intéressés.

À aucun moment, la préparation de ces promenades littéraires n’est et ne doit être associée de près ou de loin à une contrainte, quelle qu’elle soit. Si cela venait à le devenir, les organisateurs pensent tous à l’unisson que l’activité se mourrait. Car en effet, ce qui revient systématiquement dans les discours, ce sont précisément tous les avantages que l’on peut retirer d’une passion et non d’une profession, à savoir l’absence de contraintes, l’absence de hiérarchie, l’absence d’impératif de résultats, l’absence de stress[14], etc. En bref, c’est une certaine liberté et désinvolture qui sont recherchées. Un rapport décomplexé à l’activité qui justifie, selon les organisateurs, le choix du terme « promenade » plutôt que celui de « visite » qu’ils réservent aux professionnels, comme les guides de l’office de tourisme par exemple. « Le terme est choisi à dessein. On avait peur de proposer quelque chose qui aurait pu être perçu et pensé comme un peu élitiste. On voulait marquer la singularité du concept et ne pas effrayer le public. Promenade, ça faisait un petit peu balade. On ne veut pas que ce soit pompeux, formel et mondain » déclare Philippe M.

Selon eux, le fait que leur activité ne soit pas prise en charge par une institution et demeure gratuite, les autorisent à être « moins exhaustifs » dans leurs propos et à prendre le risque d’« improviser » (Josette C.). Ainsi opposent-ils souvent le statut du professionnel (figure incarné du savoir expert, rémunéré pour cela et dont les connaissances se monnaient[15]) à celui de l’amateur qui s’adonne à sa passion, en fait profiter les gens gratuitement et qui, pour ces raisons, a droit à l’erreur. Josette C. le formule ainsi : « Il n’y a pas de titre ici ». Raison pour laquelle, avant chaque promenade, André R. veille toujours à introduire les organisateurs par leur prénom, sans jamais préciser leur fonction. Dans un autre cadre, cette mention aurait donné crédit à la prestation mais ici elle n’est pas une information nécessaire, pire elle pourrait desservir l’image souhaitée de l’activité.

L’absence apparente de cadrage – propre au monde de l’amateur – est également à chercher lors du montage de l’activité. Pour préparer les promenades littéraires et historiques – qui dépassent régulièrement les 2h30 – seules deux à trois réunions collectives sont prévues, une au mois de juin et une au mois de juillet. Alors que le thème de la promenade est généralement proposé par André R. début janvier, les premiers contacts formels n’arrivent que six mois après. Pendant ce laps de temps, chacun des quatre membres de l’équipe s’approprie le sujet et entame ses propres recherches documentaires de manière assez aléatoire, sans réelle « concertation ». Josette C. explique par exemple qu’elle glane une partie de ses idées à l’occasion d’émissions radiophoniques. Ce rapport qui semble très détendu et distancié par rapport à l’activité proposée donne l’impression que tout se fait un peu par hasard, de façon « bricolée » et surtout sans aucune « stratégie » pour reprendre le lexique de Michel de Certeau (1980). Autre exemple, la seule raison invoquée justifiant le choix du calendrier des promenades serait une plus grande disponibilité des membres de l’équipe à cette période de l’année. À aucun moment n’est envisagée la question de la disponibilité des publics. Le choix du thème de la promenade est présenté lui aussi comme étant le fruit d’un heureux hasard (au gré des lectures d’André R). Or, en creusant, on apprend que le thème choisi est puisé dans un livre souvent peu connu et très rare appartenant à sa collection privée[16]. De même, une fois le thème communiqué, on apprend au cours des entretiens qu’il occupe en permanence une place dans leur esprit. Au cours de leurs lectures personnelles, au gré de leurs pérégrinations dans les rues de Toul, chaque moment est propice au recueil de données. En outre, la qualité des informations et des commentaires communiqués au cours des promenades est digne d’un travail de professionnels. Par exemple, Philippe M. dépouille régulièrement les archives départementales pour nourrir ses propos. Il s’agit de « la même exigence que pour un article scientifique en somme. On se fait plaisir, mais ça prend du temps[17]. Même si on fait des visites qui se veulent accessibles, on a à cœur que les informations qu’on délivre soient les plus exactes, précises, sérieuses possibles. C’est relativement tacite, mais là-dessus on est tous d’accord » (Philippe M.). La richesse et la pertinence des textes et des commentaires historiques ne passent pas inaperçues aux yeux du public. Il n’est d’ailleurs pas rare que des étudiants, notamment en histoire, assistent à ces promenades et prennent contact avec les organisateurs pour obtenir des informations supplémentaires afin de compléter un article scientifique par exemple. Outre l’exactitude et la richesse des données, c’est aussi l’exclusivité des[18] informations communiquées lors de ces promenades qui est soulignée. Puisque le livre qui est à l’origine de la thématique est souvent un livre rare, certains éléments cités sont pour beaucoup de véritables découvertes. Ainsi, ce qui oppose la figure de l’amateur à celle du professionnel ce n’est pas tant la question de la compétence ou du sérieux avec lequel on accomplit une action, mais le statut, la posture que l’on souhaite se donner et donner à voir.

Communication et discrétion

Un autre espace où se matérialise la posture de l’amateur face à celle du professionnel est celui de la communication de l’événement. Il semblerait que pour préserver cette posture la communication doit être limitée. Comme si le simple fait de communiquer sur ces promenades littéraires revenait à prendre le risque d’être jugés en tant que professionnels. Autrement dit, communiquer sur l’événement les engagerait, de fait, sur la voie de la professionnalisation, voie qu’ils se refusent d’emprunter. De fortes réticences ont ainsi été perçues à ce sujet. Quand on demande aux organisateurs quels sont les moyens mis en place pour faire connaître leur promenade littéraire et historique, la première réaction est tout d’abord la surprise : « Pourquoi communiquer ? », « je n’en parle pas, même autour de moi » (Josette C.). Dans les faits, il est vrai que le chemin numérique permettant de trouver l’existence de ces promenades est extrêmement complexe. Le blog de l’association « Le Claveau » n’est pas bien référencé, les informations n’y sont pas mises à jour. Aucun autre site, y compris celui de la ville de Toul, ne renvoie à cette activité et les articles dans la presse locale sont noyés dans la rubrique « activités ». Une activité a priori placée sous le sceau de la discrétion, avec un public nombreux, en partie familier et fidèle, autant de conditions favorables à une prise de parole rassurante pour les organisateurs. Pourtant, chaque année André R. a le réflexe « professionnel » d’entamer des démarches de relations presses auprès des journalistes locaux. Philippe M., de son côté, tente de faire passer l’information sur une petite radio locale. Une affiche est réalisée pour l’occasion, mais très peu diffusée. Toutefois, tous se rejoignent pour dire que c’est le bouche-à-oreille qui fonctionne le mieux. À chaque fois, il s’agit de trouver le bon dosage permettant de respecter le statut amateur d’une activité culturelle – qui se dit sans prétention aucune – tout en affichant un certain professionnalisme, gage de sérieux.

Toujours pour préserver ce statut « amateur », nous pouvons mentionner l’absence de formes de restitution de ces promenades littéraires[19]. En effet, alors qu’André R. demande un compte-rendu écrit réalisé par Josette C. et Philippe M. de chaque promenade littéraire, le blog qui est censé le rendre visible n’est pas mis à jour. Les extraits de textes, les références historiques, mais aussi les parcours de ces dix dernières années sont, semble-t-il « quelque part dans les archives personnelles » du président de l’association. « Quelques découpes de presse » (André R.) sont sans doute conservées au fond d’un tiroir, mais non exploitées. Ainsi la trace de ces promenades littéraires et historiques uniques en région Lorraine est à chercher dans la mémoire des acteurs et des publics, raison pour laquelle personne n’a pu donner l’année exacte de lancement de l’activité. De même, Josette C. qui, chaque année, remplit un classeur complet de textes littéraires, de découpes d’articles, de citations, de références bibliographiques, confie le jeter systématiquement à la poubelle. Philippe M. qui reconnaît lors d’un entretien que les recherches réalisées pour les promenades pourraient tout à fait servir ses intérêts propres, dans un cadre professionnel (pour ses enseignements à l’Université, pour la rédaction d’articles dans des revues scientifiques ou locales, pour donner du grain à moudre à ses conférences données au CELT) déclare ne jamais les réutiliser. Ces gestes, qui symbolisent l’absence de besoin de conservation d’une telle matière intellectuelle, entrent encore une fois en parfaite cohérence avec la volonté affichée de ne pas formaliser l’activité.

L’impertinence de l’évaluation

Après la programmation et la communication de l’activité culturelle, une autre étape cristallise la dialectique amateur/professionnel. Il s’agit de l’évaluation de l’action, perçue comme un attribut du monde professionnel. Celle-ci porte sur trois points, premièrement la connaissance du dispositif « promenade littéraire », deuxièmement celle des publics et enfin l’autoévaluation.

Tout d’abord, trois membres de l’équipe[20] ont déclaré s’être lancés dans le projet sans savoir auparavant ce que recouvrait le dispositif « promenade littéraire ». Plus, ils n’ont jamais fait la démarche de se renseigner sur la forme que cela pouvait recouvrir dans d’autres villes ou régions. Sans aller jusqu’à parler de benchmarking ou d’univers concurrentiel – lexique professionnel rejeté –, le simple fait de regarder ailleurs est un non pensé. Ils ont d’ailleurs été particulièrement étonnés d’apprendre qu’ils étaient les seuls à proposer de façon pérenne ce type d’activité en région Lorraine.

Deuxièmement, lorsque la question des publics leur est posée, les quatre membres de l’équipe organisatrice ont une réaction unanime, encore une fois en parfaite cohérence avec l’image qu’ils souhaitent véhiculer de leur activité : « On n’a pas besoin de connaître nos publics ». Aucun outil évaluatif n’est mis en place. Ils savent « à peu près », « à la louche » qu’il y a entre 50 et 80 personnes à chaque promenade. Le comptage n’est pas systématique et les données chiffrées relèvent du ressenti personnel. Pourtant, alors qu’ils donnent l’illusion de porter un regard très éloigné sur ce type de questions, on apprend rapidement qu’ils connaissent malgré tout parfaitement leur public et sont en mesure d’en dresser un portrait très précis[21]. Nous l’avons dit, la plupart des personnes sont des habituées d’autres associations culturelles touloises qui connaissent déjà les organisateurs. « Ce sont des fidèles qu’on retrouve au cercle d’études, dans Phil’arts ou encore au club de bridge » constate Josette C. qui réussit à qualifier son auditoire avec finesse : « C’est un public avec une grande qualité d’écoute, sérieux, attentif, participatif, demandeur d’informations et attaché à la ville de Toul ».

Enfin, la question de l’autoévaluation conduit au même constat d’ambiguïté relevé dans les discours. Les acteurs déclarent ne jamais faire réellement de debriefing à la suite des promenades, ni prêter grande attention aux retombées médiatiques. D’ailleurs, quand un article paraît, ils ne s’autorisent aucun commentaire et constatent simplement que « le journaliste a fait son travail » (André R.). Paradoxalement, lorsqu’ils sont invités à parler de leur action, de leur « prestation » (Josette C.), ils sont assez critiques et tiennent un discours réflexif parfois très poussé, indice qu’ils intériorisent des mécanismes là aussi relevant du monde professionnel[22]. Toutefois la capacité de remise en question et de prise de recul est en fait, pour eux, un moyen supplémentaire de souligner leur appartenance à l’univers amateur. C’est précisément parce qu’il y a beaucoup d’améliorations à apporter au dispositif que celui-ci ne relève pas du domaine professionnel. Même si les critiques ne sont pas formalisées sous la forme d’un debriefing ou d’un compte rendu, chacun se pose des questions quant à l’avenir des promenades littéraires (épuisement des thématiques, réduction de la durée du parcours, renouvellement des itinéraires, notamment extra-muros[23], capacité d’accueil, etc.) et se fixe une ligne de conduite à suivre impérativement (trouver des textes et des références historiques toujours en lien avec la ville de Toul, ne « jamais tricher » sur les références, ne pas proposer de « thèmes artifices ou tirés par les cheveux », conserver un niveau d’exigence élevé, etc).

Sur la voie du professionnalisme : la médiation

L’espace où se matérialise avec le plus de force les logiques professionnelles est précisément dans la façon dont les organisateurs pensent leur relation avec le public. Ce qui importe dans cette partie, ce n’est pas tant l’objet de la promenade que la relation qui se crée (Caune, 2006)[24] à travers elle. Pour le prouver, plusieurs éléments seront mis en exergue : le statut des médiateurs, la temporalité (le rythme de l’activité), la circulation dans la ville et l’échange avec le public.

Tout d’abord, rappelons que les rôles sont parfaitement bien répartis entre les quatre membres en fonction des compétences et appétences de chacun. André R., en tant que « chef d’orchestre » (Jean-Pierre Z.) supervise et joue l’agent de contrôle de l’événement. Toujours un œil sur sa montre, il veille au rythme de la balade, fait signe d’accélérer si besoin et sécurise le déplacement dans les rues de la ville. Jean-Pierre Z. qui a fait beaucoup de théâtre, et a la « voix qui porte » assure la partie contée qui, entre chaque explication historique et littéraire permet, selon ses propos, de « ralentir le rythme », de « souffler un peu ». Josette C. et Philippe M. s’occupent de la partie « intellectuelle » (Jean-Pierre Z.) de la promenade et avouent que leur profession les aide « considérablement » (Josette C.) dans la partie qu’ils apprécient le plus : la relation au public. Chacun a donc une expérience plus ou moins accrue dans la transmission de savoirs, le partage de connaissances avec un public. Ici, l’expérience d’enseignement leur permet d’endosser avec une certaine facilité le rôle de médiateur culturel, à la grande différence qu’il faut ici résumer un « Caractère de la Bruyère en trois minutes alors que, devant une classe, cela se fait en une heure » (Josette C.), qu’il faut parler dans un mégaphone pour se faire entendre de tous et qu’il faut adapter son discours à un public moins discipliné qu’en salle de classe, au niveau de connaissances plus hétérogène.

Une attention toute particulière est donc portée au rythme de la promenade, au même titre qu’une séquence de cours. Puisqu’il s’agit d’une balade, la lenteur propre à la déambulation est nécessaire, mais il faut veiller à ne pas dépasser une durée raisonnable et trouver la bonne allure[25]. Les temps d’arrêt se font toujours en fonction de la pertinence d’un lieu pour éclairer un passage historique ou littéraire. C’est bien le discours qui s’ajuste à la géographie et non l’inverse. Les acteurs veillent particulièrement aux possibilités offertes par la géographie urbaine, octroyant un certain confort au public et instaurant des « moments de pause » (André R.) nécessaires pour conserver l’attention du public (présence d’un trottoir plus large dans une rue parallèle, présence d’un banc ou d’un poteau sur lequel s’appuyer, des rues dégagées et si possibles non encombrées par les containers à ordures, des rues « mal fréquentées » évitées, etc.). Heureux hasard ou montage parfait du circuit[26], lorsqu’on chronomètre les temps de prise de parole et les temps de déplacement, le rythme semble idéal, comme le montre le tableau ci-dessous réalisé à partir de la promenade datée du 23 juillet 2016 :

Tableau 2. Promenade littéraire et historique du 23 juillet 2016 avec temps de trajet (T) et temps de commentaires (C).

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Temps de parole, temps de déplacement et distance à parcourir semblent parfaitement maîtrisés, alors même qu’une seule répétition de l’activité est prévue. D’après les acteurs de l’activité, les ajustements semblent se faire à la dernière minute, voire en cours d’activité.

Enfin, plus que l’attention accrue portée au bien-être du public et à ses modalités de déplacement, c’est l’adaptation du discours à ce même public[27] qui confirme la maîtrise et la compétence en termes de médiation des quatre acteurs de l’événement. « On essaie de faire des visites qui restent à la portée de tout le monde. Pas de textes trop longs, ni trop ardus. On mixe l’anecdote avec la partie littéraire afin d’être le plus digeste possible. Sinon ça décrocherait » précise André R. Les textes doivent immédiatement faire écho au public (« faire en sorte de citer des auteurs connus »). Josette C., en charge de la sélection des textes, va dans le même sens : « Scarron et Furetière ont parlé des bourgeois dans leurs écrits, mais je vais citer La Bruyère et La Fontaine pour que ça fasse écho aux gens ». Il ne faut surtout pas que le discours et la sélection des textes laissent à penser que c’est « un truc intellectuel » enchaîne-t-elle. Sur ce point, les quatre sont unanimes et semblent vouloir se justifier : « Ce n’est pas condescendant de dire qu’on se met à la portée de tous » précise Josette C. L’expérience en tant qu’enseignant est ici encore un avantage considérable comme le remarquent Philippe M. et Josette C. : « Il faut être pédagogue parce qu’on livre des infos qui sont scientifiques. Il faut savoir s’exprimer, regarder les gens, avoir la voix qui porte. Vous faites un cours, c’est exactement la même chose ». « C’est comme le souci d’un enseignant pour se faire comprendre ». De fait, chaque textes littéraires cités, chaque référence historique évoquée sont replacés dans leur contexte et donnent lieu à un exercice d’herméneutique (genre, courant littéraire, titre du livre, petite biographie de l’auteur, période historique, etc.). Par là, les quatre acteurs mettent un point d’honneur à ne jamais donner l’impression d’occuper une position supérieure à leur auditoire. La notion même de hiérarchie que l’on prête très facilement au monde professionnel[28] est en cela systématiquement évacuée. Les expressions allant dans la logique de l’accompagnement, du partage, de la transmission horizontale, mais aussi du plaisir font florès dans les entretiens (« adapter son propos au public », le « rassurer », « rendre la visite conviviale »).

L’excuse de l’amateur

L’expression de Philippe M. résume assez bien la posture des membres de l’association : « on fait les choses sérieusement, mais sans se prendre au sérieux ». Cette ligne de conduite – pour ne pas dire cette « stratégie » – à laquelle chacun tente de rester fidèle place les organisateurs des promenades dans une position assez confortable. Certes, ils proposent une activité de qualité (en termes de contenu et d’accompagnement des publics) mais, en niant toute prétention, ils pensent se dédouaner, se désengager, se déresponsabiliser et donc se protègent de toute critique. Non pas qu’ils ne se sentent pas potentiellement soumis au jugement, mais la revendication de leur statut d’amateur rend toute forme de critique déplacée. Comme si le fait de proposer une activité non prise en charge par des professionnels entraînait, de fait, un regard bienveillant de la part du public. Raison pour laquelle les acteurs s’autorisent un côté « improvisé » (Josette C.), une certaine « légèreté » (Philippe M.) qu’ils ne se seraient peut-être pas autorisés dans un autre cadre. Rendre les choses trop formelles, trop professionnelles, c’est prendre le risque d’endosser un rôle soumis à un regard plus critique, moins conciliant et plus exigeant. « Les gens ne viennent pas le couteau entre les dents pour nous assassiner si jamais il y avait un petit couac » résume Philippe M. On comprend alors pourquoi le partenariat avec des instances institutionnelles (musée de la ville de Toul ou office de tourisme) n’est pas à l’ordre du jour. Non par peur d’être dépossédés de leur activité, mais surtout par peur d’un changement de statut. Ainsi, Josette C. ne voit pas forcément d’un bon œil le succès que rencontrent ces promenades[29]. Le nombre de participants ne faisant qu’augmenter chaque année, se pose la question de la gestion et de la maîtrise d’un tel effectif. Ceux qui se revendiquent comme étant des passionnés, des bénévoles, des amateurs auront-ils les épaules suffisamment larges pour continuer ? La taille du groupe ne va-t-elle pas nuire à la convivialité de l’activité ? L’inscription préalable pour assister à la promenade est actuellement au cœur des discussions. Cependant, s’inscrire suppose un engagement de la part des publics, formalise le dispositif et s’oppose à l’image qu’ils souhaitent véhiculer.

Références

Bromberger C., dir., 1998, Passions ordinaires. Du match de football au concours de dictée, Paris, Bayard.

Caune J., 2006, La Démocratisation culturelle, une médiation à bout de souffle, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble.

Certeau M. de, 1980, L’Invention du quotidien. 1. Arts de faire, Paris, Gallimard, 1990.

Donnat O., 1996, Les Amateurs. Enquête sur les activités artistiques des Français, Paris, DEP/Ministère de la Culture-DAG.

Donnat O., 2009, « Présentation », Réseaux, 153, pp. 9-16.

Fabre D., dir., 1997, Par écrit. Ethnologie des écritures quotidiennes, Paris, Éd. de la Maison des sciences de l’homme.

Hennion A., 1993, La Passion musicale. Une sociologie de la médiation, Paris, Métailié, 2007.

Hennion A., Maisonneuve S., Gomart É., 2000, Figures de l’amateur. Formes, objets, pratiques de l’amour de la musique aujourd’hui, Paris, Éd. La Documentation Française.

Larsson S., 2005, Millénium, Stockholm, Norstedts.

Le Guern P., 2009, « “No matter what they do, they can never let you down…”. Entre esthétique et politique : sociologie des fans, un bilan critique », Réseaux, 153, pp. 19-54.

Réseaux, 2009, « Passionnés, fans et amateurs », 153.

Sagaert M., dir., 2010, Balade dans le Var, Paris, Ed. Alexandrines.

Weber F., Lamy Y., 1999, « Amateurs et professionnels », Genèses, 36, pp. 2-5.


[1] Généralement, ce sont les maisons d’écrivain qui donnent lieu à des routes d’écrivains. Citons par exemple la « route historique des maisons d’écrivains ». Il s’agit d’un circuit touristique de France couvrant l’Île de France et la vallée de la Basse-Seine. Il permet de visiter les demeures de treize écrivains dont celle du couple Aragon-Triolet.

[2] « On a désormais compris que Ronsard était un bon moyen d’attirer les visiteurs en Vendômois, de même que l’on essaie de donner envie aux lecteurs de Mauriac de découvrir le Bordelais ou à ceux de Balzac de venir en Touraine. Même un poète comme Racan, que plus personne ne lit, est utilisé pour faire la promotion du terroir qui entoure sa maison natale et son château patrimonial. Hors de nos frontières, il en va de même, et on peut citer, entre beaucoup d’autres, le pèlerinage Shakespeare à Stratford, le pèlerinage au presbytère des sœurs Brontë à Haworth, ou le pèlerinage Tchekhov en Crimée, aux portes de Yalta… » (Jean-François Nivet. Accès : http://www.bude-orleans.org/lespages/34etud/pelerinages.html, consulté le 09/12/16)

[3]Le lecteur pourra se référer au portail de l’association « Terres d’écrivains ». Accès : http://www.terresdecrivains.com/, consulté le 09/12/16.

[4] Accès : http://www.alexandrines.fr/, consulté le 09/12/16.

[5] Les auteurs ne sont pas les seuls artistes à susciter un tel engouement. Il en est de même pour les peintres, les sculptures, les musiciens…

[6] Médecin à la retraite, André R. réside à Toul depuis 1975.

[7] La date exacte étant incertaine, y compris lorsqu’on demande au premier intéressé, André R. Nous verrons que cette imprécision participe pleinement à l’image que les acteurs de l’événement souhaitent donner à leur action.

[8] Chiffres de 2013. https://www.insee.fr/fr/statistiques/1405599?geo=COM-54528, consulté le 28/01/17.

[9] Notons que l’expression est devenue pour certains artistes une source d’inspiration et d’autodérision, à l’image de l’artiste bédéiste Niko Lefebvre qui a publié en 2015 un livre Le Petit toulois illustré. Toul les boules que l’on peut trouver en vente à l’Office de tourisme.

[10] Le CELT publie également une revue culturelle locale trimestrielle Études Touloises.

[11] Phil’arts est une association qui propose des activités culturelles variées : conférences et débats philosophiques, lecture de textes, expression musicale et poétique.

[12] Tous émettent le souhait de drainer un public plus large. En effet, capter un public plus diversifié qu’il ne l’est en réalité entrerait en parfait cohésion avec le discours qu’ils souhaitent véhiculer : une activité culturelle qui ne veut, en aucun cas, laisser penser qu’elle serait destinée à un public d’érudits. Voir infra pour plus de précision sur ce point.

[13] Pour en savoir plus sur la pratique de l’écriture en amateur, voir l’ouvrage de Daniel Fabre (1997).

[14] « Je n’ai pas le trac. Il n’y a pas de rituel, contrairement à la salle de classe » (Josette C.). « Je n’ai pas le trac pour ça » (Philippe M.).

[15] Soit 5 euros pour la visite de la ville de Toul réalisée par un guide professionnel de l’office de tourisme.

[16] Par exemple, le livre qui a servi de fil rouge pour la promenade littéraire de 2016 est un livre publié à une centaine d’exemplaires seulement.

[17] Dans cette phrase sont réunies les deux conditions d’une passion : plaisir et temps.

[18] « On prépare toujours les choses avec beaucoup de sérieux » (Jean-Pierre Z.).

[19] Alors que les guides littéraires proposant des parcours touristiques font florès, ni la volonté, ni même l’idée de transposer cette somme d’informations sur un autre support ne se fait ressentir.

[20] André R. à l’initiative des promenades avait déjà participé à une promenade littéraire en Alsace.

[21] Ils sont d’ailleurs capables de déterminer s’il y a de nouvelles têtes par rapport aux éditions précédentes.

[22] Non pas que la capacité de remise en question soit l’apanage du monde professionnel, mais celle-ci est détournée à leur avantage.

[23] Jusqu’à présent, la configuration circulaire de la ville de Toul (centre historique se trouvant à l’intérieur des remparts) permettait de réaliser l’intégralité du circuit intra-muros. Cette géographie circulaire facilite les courts déplacements et permet d’emprunter de nombreuses rues et ruelles qui mènent toutes vers le centre-ville évitant en cela de lasser le public. Après dix années de promenades avec, pour chacune, des thématiques différentes et des parcours originaux, se pose la question d’élargir les circuits extra-muros, dans des lieux encore inexploités.

[24] « Se focaliser sur le phénomène de médiation, c’est mettre l’accent sur la relation plutôt que l’objet. » (Caune, 2006 : 132).

[25] « Parfois il nous est arrivé de laisser tomber une partie au moment de la visite parce que le temps tournait et on voyait bien que les gens commençaient à être un peu fatigués. On s’adaptait sur le parcours » (Philippe M.).

[26] Bien évidemment, pour les organisateurs, le rythme parfait n’est que le fruit du hasard.

[27] Philippe M. qui a été guide professionnel pendant un an en fait sa priorité : « Ce qui fait la qualité d’un guide, c’est pouvoir s’adapter au public. On peut très bien avoir des universitaires en goguette ou le club du temps libre de telle ou telle commune ».

[28] Voir les travaux français en sociologie du travail.

[29] Pour montrer encore une fois que rien n’est stratégique, les organisateurs ont toujours l’air surpris du succès que rencontrent les promenades à l’image de Philippe M : « On a réussi sans le vouloir ». Ils ont par ailleurs tous été étonnés de l’intérêt scientifique que nous leur avons porté.