Georges Périn

Georges_Périn_Georges Périn naît à Metz le 1er novembre 1873, d’un père pâtissier-traiteur et hôtelier, au 15 de la rue du Palais. Il passe ses 7 premières années dans la cité annexée. En 1880, sa famille s’installe à Reims afin que Georges bénéficie d’une éducation française. Rebuté par la discipline sévère du lycée, il se passionne pour la poésie et pour les autres arts comme la musique. Il est attiré en particulier par le symbolisme de Verlaine et par la prose de Zola et de Maupassant.

A 19 ans, en 1892, il rencontre Cécile Martin. A 21 ans, il écrit une première pièce de théâtre, Le Nid, comédie en 1 acte versifiée, représentée au Grand Théâtre de Reims en mars 1895.

Etudiant en droit à Paris, sans conviction, il suit parallèlement des études de littérature et philosophie à la Sorbonne. Il fréquente les cafés et les réunions littéraires où chacun peut lire ses propres vers. En janvier 1896, il participe au cortège funèbre de Paul Verlaine dont il est un grand admirateur. A l’issue de sa licence en droit, il obtient un poste de commis à l’Assistance publique, condition sine qua non pour son mariage avec Cécile Martin qu’il épouse en 1898. Leur fille Yvonne naît l’année suivante rue de Cluny. Puis le foyer s’installe dans le 5e arrondissement.

Son travail, très moyennement rémunéré, lui permet de s’adonner à la poésie et de faire la connaissance d’autres personnages de la vie littéraire d’alors, comme celle d’Edmond Pilon et de Fernand Dauphin dont il est le collègue. Vers 1898, Georges Périn est intronisé dans certains cercles littéraires parisiens. Avec Cécile, il se lie d’amitié avec plusieurs écrivains et leurs épouses. Parmi leurs amis, citons Charles Vildrac, Georges Duhamel, René Arcos. En 1902 Georges Périn publie Les Emois blottis dans La Plume, recueil salué par la critique.

Son domaine en poésie sont les possibles, les sensations volatiles, l’inaccompli, les instants fragiles, la lisière entre l’imaginaire et le réel. Sa principale source d’inspiration est la nature, à laquelle il est profondément attaché. Ses recueils de vers sont appréciés par de grands critiques et par des poètes de renom (La Lisière blonde, 1906 par ex.), notamment pour leur sincérité et leur délicatesse. Souvent, on le compare à Verlaine dont il était un admirateur fervent. Ses poèmes reflètent son extrême sensibilité, à la nature et à tout bruissement de vie, mais aussi à la moindre tension entre les individus.

Georges Périn possède un sens de l’humour certain, mais sans la causticité qui lui aurait permis de devenir polémiste. Théoricien, critique et poète, il cultive aussi le roman. Le naturalisme lui inspire des intrigues où les faits sociaux jouent un rôle prégnant, et derrière lesquelles pointe son idéal socialiste et internationaliste. Abhorrant le « sentimentalisme de feuilleton », il oriente ses messages vers le féminisme, et met en scène l’épanouissement personnel, intellectuel et social de la femme. Ce féminisme sincère se traduit par le soutien inconditionnel pour les créations poétiques de son épouse qui est également reconnue parmi les poétesses de son temps.

Au début du siècle, les époux Périn sont activement mêlés à la vie littéraire parisienne. Vie littéraire et sociale se confondent : ne se réclamant d’aucune école en particulier, ils fréquentent les soirées poétiques de La Plume, les récitations du Salon d’Automne, les « samedis poétiques » du Théâtre Antoine notamment. Georges est secrétaire de la Section littéraire du Salon d’Automne pour la poésie et participe aux matinées poétiques de l’Université populaire du Faubourg Saint-Antoine. Ses correspondants et amis sont Apollinaire, Maeterlinck, Verhaeren, Jules Romains. Il fut l’un des premiers à s’associer à l’œuvre des Symbolistes. Dès 1905, il fréquente La Closerie des Lilas, pour des soirées d’échanges d’idées, d’élaborations de théories poétiques animées par Paul Fort, fondateur de Vers et Prose (1905-1914).

Le vers libre, libéré des contraintes de la métrique classique, alors tenu en suspicion par le public, fait l’objet de batailles et de recherches auxquelles Georges Périn participe pleinement. Sensible et mesuré, il est tout autant révolutionnaire que les écrivains les plus exubérants car il prône une poésie régie par le sentiment, sans compromis.

Cette vie littéraire se traduit par de nombreuses collaborations à des revues littéraires : outre pour La Plume, Georges Périn écrit notamment pour Le Festin d’Esope fondé par Apollinaire en 1903 qu’il rencontre la même année, ou pour La Phalange de Jean Royère, revue du néo-symbolisme.

Les époux Périn sont « adhérents externes » (au même titre que Pierre-Jean Jouve, Marinetti et Jules Romains) au groupe de l’Abbaye, phalanstère d’écrivains fondé par Charles Vildrac et son beau-frère Georges Duhamel, vivant dans une propriété de Créteil entre 1906 et 1907.

Dans son œuvre comme dans celle de son épouse, la Grande Guerre introduit la peine. Moralement, le conflit a plongé Georges Périn dans une sorte de détresse, mais il garde espoir. Très affaibli physiquement, il s’éteint de la tuberculose à 49 ans le 17 février 1922. Parmi les personnalités littéraires présentes à l’inhumation au cimetière d’Ivry, figurent Gustave Kahn, Charles Vildrac, Edmond Pilon, Tristan Klingsor, André Fontainas, René Arcos.

Les petites-filles des époux Périn, Lise Jamati et Viviane Isambert-Jamati, ont fait don de la bibliothèque de leurs grands-parents à la BU de l’Université de Metz en 1997. Le fonds intègre également la bibliothèque d’Edmond Pilon qui, sans héritier, l’a léguée à Cécile Périn. La collection est représentative des nombreuses relations littéraires entretenues par les poètes avant la Première Guerre Mondiale, et contient notamment plusieurs titres édités par le phalanstère de l’Abbaye, par La Phalange, les œuvres des écrivains fréquentés par Georges et Cécile Périn mais aussi par Edmond Pilon. Elle est une source d’intérêt certain pour toutes recherches sur la vie et l’actualité littéraires de la Belle Epoque.

Les archives personnelles de Georges et Cécile Périn sont, elles, pour l’essentiel conservées à la BnF.

Œuvres de Georges Périn

(ne figurent pas les collaborations aux revues) :

Pièce de théâtre

Le Nid (1895)
Recueils de poèmes :
Les Emois blottis (1902)
La Lisière blonde (1906)
Le Chemin, l’Air qui glisse… (1910)
Les Fêtes dispersées (1921)
La Nuit brille (posthume, 1922).

Romans

L’Expiation (1905)
Les Rameurs (1911)
Monsieur Benoît et sa Marion (1920)
Main sans bague (1922)
Petite Madame Collomb (posthume, 1923)
Sous un certain jour (posthume, 1932)

Citation

« J’ai quelques fois depuis la guerre des souvenirs de ma première enfance à Metz, des souvenirs que je n’avais jamais eus. Un arbre que je vois tous les ans à Vichy m’a rappelé cette année pour la première fois un arbre sous lequel on m’emmenait ramasser des marrons au Ban-Saint-Martin. Qu’est-ce que je penserais si j’étais resté là-bas ? Quand j’y retournerai, après la guerre, ça me fera plaisir ! Car je pense bien que l’Alsace-Lorraine sera française. Ceci me paraît tout-à-fait nécessaire et c’est ce qui symbolisera mieux la victoire, le droit réparé. », Lettre à Fernand Dauphin du 2 mars 1916, inédite.

Sources :

Catherine Boschian-Campaner, Georges Périn, poète messin. Paris : Messene, 1999.

Daniel Bornemann, “Le fonds Cécile et Georges Périn, témoignage de la vie littéraire du début du XXe siècle”, Catalogue de l’exposition tenue du 27 janvier au 10 février 1997 au Service Commun de la Documentation de l’Université de Metz, BU du Saulcy.

© La Lorraine des écrivains

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