Sunsiaré de Larcône

On connaît par cœur cette histoire : Roger Nimier qui se tue en Aston Martin DB 4 GT aux portes de Paris, sur l’autoroute de l’Ouest, le 28 septembre 1962, sous la pile d’un pont de Garches, et c’est un coup dur pour les Hussards, et Nimer entre dans la légende, James Dean de la littérature (de droite) française, bla bla bla, bla bla bla.

A ses côtés, il y avait une jeune femme. Elle venait de publier son premier roman, La Messagère, à la NRF.
Elle avait 27 ans.

Cette femme, une “beauté peu commune” a écrit Marie Nimier, dans La Reine du Silence, c’était Sunsiaré de Larcône.

Dégustez les syllabes : Sunsiaré de Larcône.

Sunsiaré s’appelait pour de vrai Suzy. Suzy Surupt, née le 28 juin 1935 à Rambervilliers, dans les Vosges, d’un père mécanicien automobile et d’une mère coiffeuse, remariée à un militaire Pied-noir, Diego Larcone – d’où le patronyme, avec accent circonflexe.

Suzy avait grandi à Oran, puis avait débarqué à Paris ; elle avait 17 ans.

Là, elle se fiance très rapidement, et épouse un jeune homme de bonne famille, dont elle se sépare aussi sec. Ensemble, ils ont eu le temps de concevoir un enfant, un garçon, Caryl, qui naît en 1954. L’enfant sera placé en nourrice. Suzy-Sunsiaré est ambitieuse, audacieuse, libre. Elle s’inscrit à des cours d’art dramatique, rue Blanche. Elle est mannequin chez Balenciaga et Boussac. Séductrice (escort-girl dira-t-on aujourd’hui) au Club des Escholiers. Elle joue Hermione dans Andromaque, puis obtient un petit rôle dans La mariée est trop belle de Pierre Gaspard-Huit, et aussi dans Passeport pour un entracte de Jean-Paul Rappeneau.

En 1958, elle épouse Ariel Bernard Casalis.

Mais Sunsiaré est belle, et ambitieuse. Elle séduit Julien Gracq, qui bave devant elle. Et Mandiargues. Et Raymond Abellio. Les vieux n’en peuvent plus de frôler cette fille. La littérature, comme une solution ; comme une élévation sociale. Alors il y a La Messagère, que d’aucuns jugent un peu lourd ; mais. Et puis apparaît Nimier, flamboyant.

Le 28 septembre, c’est Sunsiaré qui conduit le bolide (dira Antoine Blondin) et Roger bande presque. Erreur fatale. Virage, Garches.

A la morgue, il  y eut ces photos, “les gisants des anciens tombaux” – dira Gracq.

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